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Date de création : 07.01.2009
Dernière mise à jour : 02.05.2013
123articles


Blackout (suite 1 mariage blanc ?)

Blackout (partie 1)

Publié le 22/02/2010 à 23:57 par danieletbetty
Catégorie: Suspense, humour, romance
Pairings : Danny /OC, Danny/Tess
Résumé : l'agent Taylor a perdu la mémoire et se retrouve dans un lieu inconnu.



Il ouvrit un œil. Puis le second. Difficilement. Il ne savait pas depuis combien de temps le sommeil l’avait emporté, mais il ne se sentait guère reposé pour autant. Un mal de crâne épouvantable lui martelait la tempe. Il posa sa main droite sur son front et put ainsi sentir le bandage qui se trouvait tout autour de sa tête. Étrange. Il ne se souvenait même plus des circonstances de la blessure en question.
Quelques rayons de soleil firent leur apparition entre les volets de la chambre dans laquelle il se trouvait. Il ne reconnaissait pas l’endroit et balaya ainsi la pièce du regard, inspectant les lieux avec attention. La chambre était décorée simplement, avec peu de meubles. Mais malgré sa vétusté, il y avait ce « je ne sais quoi » indéfinissable qui faisait qu’il s’y sentait bien.
Le teint pâle et les yeux encore embués par le sommeil, il s’assit au rebord du lit et posa un pied à terre. Nu comme un ver, il se leva enfin, s’étonnant au passage de ne trouver aucun de ses effets à proximité. Aucun vêtement à l’horizon, même pas une maudite paire de pantoufles ne lui était réservé.

- AAAAaaahhhhHHHH ! Hurla une voix apeurée.

Portant immédiatement un drap sur lui dans le but de cacher les parties les plus intimes de son anatomie au jeune garçon afro-américain qui venait de faire irruption dans la chambre, Danny lui adressa un regard terrifié avant de le voir brusquement claquer la porte derrière lui et dégringoler les escaliers à toute vitesse afin de rejoindre le rez-de-chaussée.

- MAMAN ! MAMAN ! Cria-t-il, en se précipitant en sa direction.

Peinant à reprendre son souffle, l’enfant aux légères bouclettes noires et au regard craintif fit une entrée en trombe dans la cuisine, n’ayant de cesse de tirer sur le long tee-shirt à manches de sa mère.

- respire … respire, mon ange.

La quarantaine révolue, Venus tentait de calmer au mieux sa progéniture en le tenant de chaque côté de ses épaules. Son regard se voulait des plus rassurants.

- qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi t’as crié comme ça ?
- c’est le mort ! Il est réveillé !
- BJ, soupira-t-elle, en levant les yeux au ciel.

Qu’est-ce que cet enfant n’inventerait pas pour lui faire passer une journée des plus animées ? Il ne reculerait décidément devant rien.
Cela ferait une semaine bientôt qu’elle montait tous les matins à l’étage pour voir si le jeune homme qu’elle avait trouvé inconscient sur le bord de la route puis recueillit généreusement dans leur maison familiale avait repris connaissance. Elle gardait toujours au fond d’elle cet infime espoir qu’il revienne enfin à lui un beau jour mais c’était déjà la troisième fois que son fils lui faisait le même coup et elle commençait à se lasser du côté redondant de sa plaisanterie.

- mais si, j’te jure ! Insista-t-il. Monte voir si tu me crois pas !

Elle toisa un instant son fils du regard. Elle connaissait ce côté malicieux chez lui et pourtant, pour une fois, il semblait à la fois sérieux … et sincère.

- ok … mais je te préviens que si c’est encore une de tes mauvaises blagues, tu en entendras parler, crois-moi, dit-elle, en levant un doigt menaçant en sa direction.
- mais c’est pas une blague ! Pesta-t-il.

Elle ne put réprimer un sourire. C’est qu’il finirait par se vexer en plus.
Sans plus tergiverser, elle se dirigea alors vers l’escalier, sa main était déjà posée sur la rampe lorsqu’elle entendit à nouveau la voix de BJ la relancer.

- tu devrais lui passer les habits de papa. Et n’oublie pas de toquer, sourit-il.
- et toi, de mettre la table, répondit-elle, l’air provocateur.

Le sourire sarcastique, elle retrouva aussitôt la mine boudeuse qu’elle connaissait si bien chez son fils puis monta à l’étage afin de prendre quelques affaires sous le coude.
Elle s’arrêta ensuite devant la chambre d’ami, prit une profonde inspiration avant de frapper. Son mari lui reprocherait sûrement de ne pas avoir attendu son retour pour « affronter » cet inconnu, en toute sécurité. À dire vrai, il n’était déjà pas très partant pour le garder ici mais c’était une femme responsable, après tout. En tant qu’ancienne infirmière, elle était tout à fait capable de lui prodiguer les meilleurs soins. Et c’est ce qu’elle avait d’ailleurs fait durant une semaine bientôt.
Ce jeune homme était tellement mal en point qu’elle ne se serait jamais pardonnée d’avoir laissé un être humain dans un tel état de déchéance. Elle aurait été coupable de non assistance à personne en danger.
Et puis, elle ne pouvait nier qu’elle avait été touchée par ce visage angélique. Elle en avait immédiatement déduit que cet homme ne pouvait faire partie que des « gentils ». Elle ne se trompait que très rarement sur les gens et avait à nouveau décidé de faire confiance à son instinct. Pourvu qu’il lui donne raison … une fois encore.

*************

- oui ?

Sur les conseils avisés de son fils, madame Brown avait bien pris soin de frapper à la porte de la chambre de Danny et d’attendre sagement une réponse de la part du jeune homme afin d’éviter de le prendre par surprise cette fois.

- bonsoir, je suis Venus Brown. Comment vous vous sentez ?

Il avait toujours ce mal de crâne épouvantable qui lui martelait la tempe mais ce n’était rien comparé à cette sensation désagréable que sa vie entière venait de lui échapper. Comment avait-il atterri ici ? Quel était son nom ? C’était le trou noir.

- ça va mieux ?
- j’ai mis le verrou, annonça-t-il.

Elle sourit. C’était un homme prévoyant.

- vous avez bien fait.

Toujours le même drap sur lui, Danny s’approcha tout près de la porte afin de mieux distinguer la voix de Venus. Totalement déstabilisé par cette situation et toutes ces questions restées sans réponse, il se devait d’aller à l’essentiel, gérer une chose après une autre.

- où … où sont mes affaires ?

Il ne parlait pas précisément de ses vêtements mais se renseignait aussi sur ses effets personnels.

- vous trouverez un jogging et un sweat-shirt à capuches devant la porte. Mon mari ne fait pas tout à fait la même taille que vous mais ça devrait faire l’affaire. Il s’est toujours plaint que cet ensemble sportswear lui serrait.
- merci … merci beaucoup.

Il lui répondit d’un ton peu assuré. Tout ce dont il était certain, c’est qu’elle n’avait pas répondu franchement à sa question.

- le dîner sera servi dans cinq minutes. J’espère que vous avez faim.

Sans attendre sa réponse, Venus descendit les escaliers et lorsque Danny fut sûr qu’elle se soit éloignée pour de bon, il entrouvrit la porte de la chambre et se saisit des vêtements en question. Ils étaient doux et frais au toucher et dégageaient une odeur agréable de lavande, odeur étrangement familière pour le jeune agent. Il huma ces derniers, en espérant que le moindre de ces souvenirs ne remontent à la surface, même le plus insignifiant … en vain.
Sans se poser plus de questions, il les enfila alors puis sortit de la chambre, non sans une certaine appréhension. Son ventre criait famine alors que son esprit se mettait à vagabonder à toute allure. Qui était ce jeune garçon qui l’avait surpris en tenue d’Adam ? Est-ce que cette femme ne lui voulait que du bien ou était-ce un rôle qu’elle endossait pour mieux pouvoir le berner ensuite ? Il lui suffisait de combler ces quelques mètres qui le séparaient de la cuisine, pour avoir enfin sa réponse.

- installez-vous. Nous avons de la paëlla au menu ce soir.

Dès qu’il fit son entrée dans la pièce, Venus s’empressa de tourner la tête en sa direction et l’accueillit avec un grand sourire alors qu’elle se tenait toujours derrière les fourneaux, sa cuillère en bois encore dans la main.

- j’espère que vous aimez les fruits de mer.

Est-ce qu’il aimait ça ? Bonne question. Il hocha tout de même poliment la tête et prit place aux côtés de BJ qui se servait un autre verre de coca.

- salut, bonhomme.

Il esquissa un léger sourire alors que le jeune garçon le toisait d’un regard inquisiteur.

- tu t’appelles comment ?
- et toi ?
- j’ai posé la question en premier, sourit Danny.

Le jeune agent gagnait du temps, en espérant que le garçon n’y voit que du feu.

- BJ. Ça veut dire Benjamin Junior et mon père, c’est Benjamin Senior Brown. Et toi ?
- …
- aloooors … c’est quoi ton nom ?
- … Manny.

BJ avait perdu patience alors Danny avait prononcé le premier nom qui lui était venu à l’esprit, sans en connaître la raison.

- trop cool, on dirait le surnom d’un type de la mafia, plaisanta BJ. Tu viens d’où ?
- … Dallas. Je … j’ai grandi au Texas.
- je sais encore c’est où le Texas ! On est à Houston !
- Houston ? S’étonna-t-il.
- t’es marié ? T’as des enfants ? T’es divorcé, parce que …
- BJ, ça suffit maintenant ! Intervint Venus, devant les questions pressantes de son fils. Manny, le téléphone est juste là si vous voulez prévenir quelqu’un, dit-elle, en pointant ce dernier du doigt.

Appeler qui ? Pensa Danny. Tous ceux qui pourraient se montrer inquiets à son sujet, il ne soupçonnait même pas leur existence. Mais BJ et Venus ne le quittaient plus des yeux à cet instant, attendant avec impatience, qu’il saisisse une telle opportunité. Il n’avait pas le choix. Alors il se leva de sa chaise, se dirigea tout droit vers le téléphone sans fil qui se trouvait à l’entrée du salon puis s’en empara et s’isola dans un coin tranquille à l’abri des regards indiscrets.

- où tu vas ?

BJ venait de se lever de table, sous l’air surpris de Venus. Elle le retint par le bras et le jeune garçon s’immobilisa.

- j’entends rien. Peut-être qu’il sait pas s’en servir.
- t’en fais pas. Il trouvera bien. Sinon il viendra nous demander. Allez, assis-toi.

À contre-cœur et la mine boudeuse, BJ obtempéra et reprit sagement sa place à table. Danny vint le rejoindre seulement quelques secondes plus tard, juste le temps d’inventer un nouveau mensonge.

- il n’y avait personne. J’ai laissé un message.

Venus sembla se satisfaire de son explication et le jeune agent regagna sagement sa place à table aux côtés de BJ. Il avait une faim de loup.

*************

- bande d’abrutis ! S’exclama BJ, tout sourire. Bon appétit !

Sous le regard contrarié de sa mère, il se reprit hâtivement mais le mal était déjà fait.

- on s’était mis d’accord pour que tu arrêtes avec cette blague. Combien de fois, il faut que je te le répète encore ?

Vexé, le garçon baissa immédiatement la tête. Il faisait la moue.
Après les avoir servi chacun à leur tour, Venus avait pris place en face de Danny qui s’amusait du tempérament jusque-là agité de son jeune voisin. Lorsqu’il porta enfin sa fourchette à sa bouche, il put comprendre l’enthousiasme de ce dernier. Madame Brown était un vrai cordon bleu.

- votre famille va être soulagée d’apprendre que vous allez bien. Ils ont dû se faire un vrai sang d’encre.
- sans doute, confirma Danny, d’un air dubitatif.

Il avala une nouvelle bouchée. Cette conversation le mettait mal à l’aise. Il fuyait le regard de Venus, craignant qu’elle ne se rende compte de son mensonge.

- vous pourrez les rappeler demain. En attendant, restez pour la nuit. C’est plus raisonnable dans votre état.
- je ne sais pas si …
- j’insiste.
- merci, madame.
- Venus, le reprit-elle, dans un sourire.

Elle reposa ensuite son verre d’eau sur la table et fixa Danny d’un air à la fois désolé et révolté.

- ils ne vous ont pas épargné. Vous êtes salement amoché.

Le jeune agent ne savait plus quoi dire. Il n’avait absolument aucun souvenir de l’événement qu’elle évoquait.

- comment peut-on faire ça ? C’est …

Elle ne trouvait plus ses mots. Elle revoyait encore son visage tuméfié et les plaies ouvertes qu’il avait sur tout le corps lorsqu’elle l’avait trouvé, gisant sur le bord de la route. Le pauvre homme avait été battu à sang.

- j’espère que vous comptez porter plainte. Si vous voulez, mon mari peut vous conduire jusqu’au poste dès demain matin.
- c’est gentil, mais …

Il s’arrêta dans son élan et posa sa main droite sur sa tempe, frôlant au passage le bandage qui se trouvait tout autour de sa tête.

- ça vous lance ?

Il opina du chef, une grimace de douleur s’affichant par la même occasion sur son visage.

- tenez, avalez ça.

En peu de temps, qu’il ne fallut pour le dire, Venus lui tendit un comprimé contre les maux de tête ainsi qu’un verre d’eau qu’il avala d’un seul trait.

- il vaut mieux retourner vous coucher. Ça ira bien mieux demain, vous verrez.

Danny s’exécuta sans broncher. Il était bien trop fatigué pour refuser.

- bonne nuit, Manny.

Le jeune agent esquissa un sourire à BJ puis disparut dans les couloirs et monta les quelques marches qui le séparaient de « sa » chambre.

- qu’est-ce que tu fais ? … BJ !

Le jeune garçon venait de se précipiter à grandes enjambées dans le salon et s’était saisi du téléphone sans fil que Danny venait d’utiliser, sous le regard furieux de Venus.

- repose-ça, tout de suite !

BJ n’en fit qu’à sa tête et au lieu d’obéir à sa mère, il pianota sur ce dernier.

- j’ai dit, tout de suite !

BJ lâcha enfin prise et Venus lui arracha immédiatement le téléphone des mains.

- il a prévenu personne.
- BJ, soupira-t-elle. Ne recommence pas avec tous tes mensonges. J’en ai assez.
- mais c’est pas moi ! C’est le mort qu’a menti !
- il reste une part de gâteau au fromage dans le frigo. Retourne t’asseoir.
- mais mam …
- allez, vas-y !

La mine boudeuse, BJ fit quelques pas en avant pour rejoindre la cuisine avant de se retourner quelques instants vers sa mère, le regard triste.

- si tu me crois pas, t’as qu’à vérifier et tu verras c’est qui qui ment !
- file, j’te dis !

BJ s’exécuta et une fois que Venus se retrouva seule dans le salon avec le téléphone sans fil dans sa main droite, elle sélectionna la liste des derniers appels effectués et y reconnut seulement le numéro de portable de son époux ainsi que celui de quelques amis de la famille …
Son fils avait vu juste. Le mort était bien un menteur.

************

- hors de question, tu risquerais encore de t’énerver.

Venus ne put réprimer un sourire face à ce regard de chien battu qui tentait vainement de l’amadouer. BJ avait vraiment de qui tenir. Ce petit était le portrait craché de son père.

- mais je sais rester très calme quand je veux.

La voix rauque, de grandes mains puissantes et des tempes grisonnantes qui lui rappelaient cruellement qu’il approchait de la cinquantaine, Monsieur Brown insistait déjà depuis plusieurs minutes auprès de son épouse pour avoir une discussion sérieuse avec « Manny » et ainsi lui faire avouer tous ses mensonges.

- je préfère m’en charger, trancha Venus.

Le père de famille comptait bien contester cette décision et argumenter en sa faveur mais l’entrée théâtrale de son fils dans la cuisine le stoppa dans son élan.

- … Tada !

Tout sourire et les bras tendus vers l’extérieur, BJ se tenait fièrement debout au milieu de la pièce afin de montrer très clairement à ses parents que pour une fois, il s’était préparé à la vitesse de l’éclair. Venus lui adressa un regard impressionné alors que son père leva son pouce histoire de marquer l’occasion.

- j’ai fait vite, hein ? Se vanta BJ. Chui pile dans les temps !
- pourquoi ? Demanda Benjamin Senior, ne comprenant toujours pas l’entêtement de sa femme.
- pour pas arriver à l’école en retard !
- pourquoi pas ? Rétorqua Venus.
- ben parce que la proviseur va me tuer sinon !

Le visage de Monsieur Brown se détendit aussitôt face au malentendu perçu par son fils. Venus ne se lasserait jamais de ce sourire éclatant, « à la Denzel Washington » comme elle se plaisait à l’appeler et qui illuminait absolument tous les lieux où son cher mari daignait se montrer.

- quoi ?

Son père le fixait le sourire aux lèvres et BJ voulait savoir pourquoi.

- ça va être l’heure, répondit l’intéressé.

Il jeta ensuite un rapide coup d’œil au cadran de sa montre qui lui confirma sa pensée. Il avait juste le temps de déposer BJ à l’école avant de rejoindre son lieu de travail.

- on y va.

Venus le toisa d’un regard contrarié, elle semblait frustrée de ne pas pouvoir finir leur conversation dans l’immédiat.

- on en discutera à mon retour, affirma son mari. Promis.
- on en discutera à mon retour, promis, l’imita son fils.
- je t’aime.
- je t’aime, répéta BJ.
- moi aussi, répondit Venus.

Monsieur Brown déposa un furtif baiser sur la bouche de sa femme alors que BJ continuait à répéter tout ce que ses parents disaient.

- moi aussi.
- BJ, soupira-t-elle.
- BJ, répéta le gamin, dans un soupir volontairement exagéré et d’un air malicieux.

Faussement agacée par son petit jeu, Venus donna une petite tape légère sur l’épaule de son fils.

- allez, file ! Tu vas être en retard !
- allez, file ! Tu vas être en retard !
- BJJJJJJJJJJJJJ !

La poignée de porte déjà dans la main, Monsieur Brown appela son fils qui franchit le seuil de l’entrée en courant sous l'œil amusé de ce dernier. Le trajet jusqu’à l’école promettait d'être animé.

- bonjour.

Sa voix encore rocailleuse du matin, Danny fit son apparition dans la cuisine quelques minutes plus tard, en s’essuyant les yeux. Venus l’accueillit avec un grand sourire et lui fit signe de s’asseoir.

- bien dormi ?
- comme un bébé, bailla-t-il, en s’étirant comme un chat.
- et votre mal de tête ? Ça va mieux ?
- c’est passé. Vos comprimés sont vraiment magiques.

Danny esquissa un léger sourire, imité de peu par Venus.

- café ?
- volontiers.
- combien de sucres ?
- heu … je …

Madame Brown avait très bien perçu l’hésitation du jeune homme mais fit comme si de rien n’était.

- servez-vous. Je vous pose tout là.

Joignant le geste à la parole, elle laissa ainsi le sucrier au centre de la table.

- merci.
- alors, c’est le grand jour, s’enthousiasma-t-elle, en prenant place en face de Danny. Pressé de revoir les siens ?
- … très. BJ n’est pas là ?

Comme à chaque fois qu’on évoquait sa vie personnelle, le jeune agent préférait rester vague sur la question et changer discrètement de sujet.

- c’est si évident que ça ? Plaisanta Venus.
- disons que la maison est plus calme quand il n’est pas dans les parages.
- à qui le dites-vous ! Son père l’a emmené à l’école.
- c’est un gamin adorable.
- un vrai petit monstre, vous vous voulez dire.

Le sourire aux lèvres, Venus reposa sa tasse de café sur la table. Le silence s’installa petit à petit dans la pièce rappelant à chacun d’eux qu’ils n’étaient que deux étrangers l’un pour l’autre.

- le téléphone est toujours à la même place. Si vous vous voulez vous mettre d’accord sur les conditions de transport et votre heure de départ.
- merci.

Sans tarder, Danny se saisit alors du téléphone sans fil et s’isola dans le salon, ne réapparaissant que quelques minutes plus tard dans la cuisine.

- tout va bien ? Vous avez eu quelqu’un ?
- oui … hum … ma sœur... c'est elle qui viendra me chercher à la gare en fin d’après-midi.

Encore un mensonge, devina Venus. Elle se pinça les lèvres pour ne pas lui poser toutes les questions qui lui traversaient l’esprit à ce moment-là. Elle avait promis à son époux d’attendre son retour pour entamer la discussion et c’est ce qu’elle ferait.

- c’est parfait ! Mon mari pourra vous y conduire et BJ sera même là pour vous dire au-revoir. Vous voulez prendre une douche avant de partir ?

Venus n’attendit même pas la réponse de Danny et gravit déjà les quelques marches de l’escalier qui menaient à l’étage.

- la salle de bain est au premier. Je déposerai des vêtements propres sur votre lit.
- merci.

Le jeune agent suivit la maîtresse de maison de bon cœur. Après tout, une bonne douche ne pourrait que lui faire du bien.

**************

- alors, ça s’est bien passé ton contrôle ? Tu as pu répondre à toutes les questions ?
- nan, même pas j’ai eu le temps. Ma calculette, elle marchait pu, déplora BJ, dans un soupir.

Dès qu’il était rentré de l’école, sa mère s’était éclipsée discrètement avec lui jusque dans le salon afin que son mari et Danny puissent avoir une conversation bien au calme dans la cuisine. Ils étaient donc confortablement assis l’un à côté de l’autre sur le divan, avec l’écran du téléviseur pour seul compagnon.

- mamannn …
- oui, mon ange ?
- j’ai faimmmmmm.
- les biscuits sont toujours à la même place.

Joignant le geste à la parole, elle pointa du doigt l’armoire qui se trouvait juste à côté du meuble TV.

- cool ! S’enthousiasma BJ.

Il avait ouvert rapidement la porte de cette dernière et une fois son paquet de biscuits dans la main, il avait regagné sagement sa place sur le canapé à côté de sa mère.

- mmmh.

Il venait de croquer dans un des cookies au chocolat, ses préférés.

- tu as mangé quoi à midi ? C’était bon ?
- j’l’ai déjà dit à papa dans la voiture, répondit le gamin, entre deux bouchées.
- et pourquoi, tu ne me le répéterais pas ? Tu aurais perdu ta langue, jeune homme ?
- de la viande molle.

Une légère pointe d’agacement était perceptible dans la voix de BJ mais Venus ne put réprimer un sourire amusé en entendant la réponse évasive de son fils. Semaine après semaine, c’était toujours la même rengaine. Elle avait beau insister auprès de lui pour qu’il lise consciencieusement le menu de la cantine chaque jour mais encore une fois, le jeune garçon n’en faisait qu’à sa tête.

- y a un noyau de tomate qui est resté coincé entre mes dents.
- un noyau ?
- ouais, juste là.

BJ approcha ainsi son visage à quelques centimètres de celui de sa mère et il ouvrit sa bouche en grand en lui montrant bien du doigt la molaire en question.

- on dit un grain de tomate, chéri. Et où il est ? Je ne le vois pas.
- ben c’est normal, j’ai réussi à l’ôter.

La mine amusée, le visage de Venus se rembrunit aussitôt lorsqu’elle retourna une énième fois la tête en direction de la cuisine. Elle aurait aimé être une petite souris pour savoir ce que Danny et son mari se disaient.

- alors, c’est aujourd’hui qu’y part Manny ?
- je ne sais pas encore, mon ange, répondit-elle vaguement. On verra bien.

En effet, tout dépendrait de l’issue de cette conversation entre les deux hommes. Elle avait d’ailleurs un mauvais pressentiment à ce sujet.

- monsieur Brown ? La dernière personne qui m’est appelé comme ça dans ma propre maison, c’était l’huissier de justice, plaisanta gaiement le père de BJ. Appelez-moi, Ben.

Danny opina du chef puis accepta volontiers la main que ce dernier lui tendit. Il devait avouer que cette famille était tout ce qu’il y a de plus accueillante et chaleureuse à son égard. Dès que le père de BJ avait passé le seuil de la porte, il avait généreusement invité Danny à s’asseoir autour d’un bon café.

- Manuel, c’est ça ?
- c’est bien ça. Mais tout le monde m’appelle Manny.
- comment ?
- Manny, répéta-t-il.
- non, je voulais dire … c’est quoi votre nom de famille ?
- … Mancini.
- et vous êtes originaire de Dallas ...
- oui, c’est là que j’ai grandi et ma sœur y habite toujours. C’est l’aînée de cinq enfants et la seule fille.

Règle numéro 7 : toujours être précis lorsqu'on ment. Le jeune agent avait entendu cette phrase dans une série télévisée pas plus tard que cette après-midi et s’était donc empressé d’appliquer ce conseil qui lui semblait fort judicieux.

- elle s’appelle Violet, ajouta-t-il, fièrement.

Son regard n’avait dévié que quelques secondes vers le bouquet de lilas mauves qui se trouvait au centre de la table, mais ce geste furtif n’avait en rien échappé à la vigilance de Ben qui masqua son sourire en portant sa tasse de café jusqu’à sa bouche.

- vous savez, c’est étrange, mais vous n’avez pas l’accent texan.
- oui, c’est … je voyage beaucoup, en fait.

Monsieur Brown resta perplexe face à cette explication qu’il jugeait peu crédible. Il pouvait lire quelque chose de suspect dans les yeux de son interlocuteur et la constante hésitation de ce dernier le faisait sacrément douter de sa sincérité.

- tu vois, qu’est-ce que je t’avais dit ? Sa calculatrice l’a lâché en pleine interro !

Venus fit une entrée remarquée dans la cuisine alors que BJ restait avachi sur le canapé du salon, son manga préféré n’allait plus tarder à commencer.

- il lui en faut une nouvelle.
- j’irais voir au magasin dès demain matin, répondit Ben, devant l’insistance de son épouse. Votre train est à quelle heure, Manny ?
- cinq heures moins le quart, répondit Venus à sa place.

Danny jeta alors un rapide coup d’œil à l’horloge murale de la cuisine. L’heure du grand départ avait sonné. Un départ vers l’inconnu le plus entier. Il n’avait absolument aucune idée de l’endroit où il se rendrait, sans aucun sous en poche, ni papier d’identité … mais il ne pouvait décemment pas demander à la famille Brown de lui faire la charité. Ils avaient déjà fait tellement pour lui.

- et bien, je crois que c’est l’heure cette fois …merci encore à vous p …
- je ne crois pas.

Danny marqua un temps d’arrêt au moment de se lever de sa chaise, totalement déstabilisé par cette remarque froide et glaciale prononcée par monsieur Brown. Ce dernier le dardait maintenant d’un regard noir alors que Venus posa doucement sa main sur l’avant-bras musclé de son mari.

- Ben …je t’en prie …
- tu lui dis, Venus, ou c’est moi qui le fais.

Son mari lui demandait de faire un choix, un choix qui n’appelait à aucune concession. Le ton employé par le maître de maison était clairement celui du reproche. Mais comme à son habitude, Danny préféra botter en touche.

- écoutez Ben, j’ignore ce que …
- oh que si, Mancini. Vous le savez très bien.
- Venus ? Qu’est-ce qu’il …

Le regard craintif, Danny chercha immédiatement le soutien de la mère de BJ qui lui apporta enfin l’explication qu’il cherchait.

- BJ a regardé dans la liste des appels effectués à partir de notre téléphone et celui de votre sœur ne s’affiche pas.
- il … il doit y avoir une erreur … vous avez dû confondre avec un autre numéro de la liste…
- ma femme n’a confondu avec aucun autre numéro, trancha Ben, d’un ton agacé. Le numéro de votre sœur n’était pas affiché dans cette foutue liste parce que vous n’avez appelé personne ! Voilà pourquoi ! Ni hier soir, ni ce matin d’ailleurs ! N’est-ce pas ? Est-ce que j’ai tort ?
- ………
- est-ce que j’ai tort, Mancini ?

Le jeune agent se tendit immédiatement face à l’insistance de son interlocuteur. Sa langue ne cessait de faire des allers-retours sur ses lèvres sèches, ses yeux roulant nerveusement. Se sentant pris au piège devant ce flux de questions, Danny ne voyait qu’une solution pour faire face à toute cette pression : prendre la fuite.

- j’ai … je dois vraiment y aller. Je vais rater mon train.

Joignant le geste à la parole, le jeune agent s’avança ainsi jusqu’à la porte d’entrée mais lorsqu’il tenta de l’ouvrir, Ben la referma immédiatement d’un bras ferme et musclé. Il prit bien soin au passage de laisser sa main appuyée contre cette dernière afin d’en bloquer l’accès. Venus assistait à toute cette scène, impuissante. Voilà exactement ce qu’elle craignait voir arriver entre ses quatre murs.

- aller où, Mancini ? S’énerva Ben. Est-ce qu’il y a vraiment quelqu’un qui vous attend sur le quai de cette gare ? Où c’est seulement ce que vous voulez nous faire croire depuis le début ?
- c’est … compliqué …
- compliqué, hein ? Répéta le père de BJ, d’un ton moqueur en défiant Danny du regard.
- Manny …

Sentant que les choses pouvaient s’envenimer et déraper à tout moment entre les deux hommes, Venus s’avança calmement en direction de Danny et le fixa droit dans les yeux.

- je sais que vous n’êtes pas quelqu’un de mauvais. Ça se lit tout de suite dans vos yeux.

Son ton se voulait doux et compréhensif. Le jeune agent en fut touché alors que Ben sentait sa colère retomber petit à petit et il finit par retirer ainsi sa main de la porte.

- vous pouvez tout nous dire, vous savez, ajouta Venus, sur ce même ton délicat.
- ………
- racontez-nous, Manny, l’exhorta gentiment Ben.

Il n’y avait plus de Mancini qui tienne. Pour une fois, le père de BJ l’avait appelé par « son » prénom. Le regard de Danny dévia de Ben à Venus en un instant et il put lire une profonde inquiétude dans leurs yeux. Il leur devait la vérité. Toute la vérité.

- quand je me suis réveillé … , commença-t-il, d’une voix tremblante, … ça allait ... je me sentais bien … malgré ce mal de crâne épouvantable … le lit était chaud … douillet … mais …

Sa voix se brisa sous le coup de l’émotion. Pour lui, c’était dur de continuer son récit parce qu’il devrait leur avouer une de ses faiblesses. Il avait cette sensation désagréable qu’il n’était plus vraiment lui-même ces deux derniers jours mais c’est comme s’il avait toujours éprouvé cette difficulté à s’ouvrir aux autres. C’était quelque chose de profondément ancré en lui et il venait maintenant de le comprendre.

- peut-être qu’il y a des personnes qui m’attendent quelque part … mais à l’heure qu’il est, j’ignore qui elles sont … j’ignore même qu’elles existent …

Rien que cette idée lui était insupportable, elle le consumait de l’intérieur. Il restait comme prostré, avec son front reposant contre la porte, peinant à masquer l’émotion qui le submergeait à cet instant.

- vous ne vous rappelez vraiment de rien ? Lui demanda Ben, l’air compatissant.
- j'ai … je n’ai pas le moindre souvenir de l’homme que j’étais … de l’homme que je suis censé être depuis toutes ces années … je ne sais rien … je ne sais plus rien …

Le regard totalement perdu, Danny continuait à faire non de la tête lorsqu’il sentit la main réconfortante de Venus se poser délicatement sur son épaule.

- vous n’êtes pas seul, Manny. Nous allons traverser ça ensemble.
- pourquoi n’avoir rien dit ? Le questionna monsieur Brown.
- je n’aurais pas dû … j’ai eu tort …vous m’avez offert un toit, un repas chaud, des vêtements propres …
- et vous avez tout de même choisi de nous mentir, le coupa Ben.
- je suis désolé, dit-il, le regard fuyant.
- oubliez toute cette histoire, reprit Venus, en balayant ses mensonges d’un revers de la main.
- ça, je peux le faire, ironisa Danny.

Sa remarque fit sourire le couple. C’était le signe qu’il avait repris du poil de la bête s’il trouvait même le moyen de plaisanter sur sa situation.

- ce qu’il vous faut pour l’instant … c’est ré-apprendre à faire confiance … aux autres et à vous-même aussi …

Après ce sage conseil, Venus le guida lentement en direction de la cuisine en posant délicatement sa main dans le creux de son dos. Monsieur et madame Brown prirent ensuite place en face de Danny à table.

- tout va s’arranger, Manny, vous verrez. Nous allons procéder étape par étape.
- vous avez sans doute raison.
- ma femme a toujours raison, se vanta Ben.
- c’est bien vrai, sourit Venus.
- nous irons au poste de police dès demain matin, annonça monsieur Brown. Ils découvriront votre véritable identité et mettront la main sur la vermine qui vous a fait ça, j’en suis persuadé.
- comment … commença Danny, avant de stopper net.
- … c’est arrivé ?

Le jeune agent opina du chef. Venus avait deviné à juste titre que cet homme voulait connaître dans quelles circonstances précises et dans quel état sérieux elle l’avait retrouvé. Cela lui ferait au moins quelques certitudes auxquelles se raccrocher dans cet océan de questions restées sans réponse dans lequel il berçait pour le moment.

***************

Blackout (partie 2)

Publié le 23/02/2010 à 00:04 par danieletbetty
« A little conversation », « Jailhouse rock », « All shook up », « Hound dog », les plus grands tubes du King tournaient en boucle dans le 4X4 de Monsieur Brown, alors que le regard de Danny était totalement perdu vers l’horizon et permettait ainsi à son esprit de faire le vide après une journée des plus riches en émotion.
Comme prévu, il y avait d’abord eu cet arrêt au poste de police du quartier où Venus avait répété à l’officier exactement ce qu’elle avait raconté au jeune agent la veille au soir, sans rien lui cacher cette fois.

When I first saw you
with your smile so tender
My heart was captured,
my soul surrendered

Sa patience aux feux rouges étant mise à rude épreuve depuis un certain temps, elle avait pris l’habitude ces dernières semaines de prendre à dessein les chemins les moins fréquentés pour une circulation plus fluide. Et c’est là, sur ce petit sentier, juste à la sortie de la forêt, qu’elle avait aperçu le corps inanimé de « Manny ». Elle n’en avait pas cru ses yeux d’abord mais elle en eut finalement la confirmation, lorsque, rassemblant son courage à deux mains, elle quitta sa voiture pour s’approcher de l’homme blessé et inconscient en question.
Sa chemise blanche entrouverte était maculée de sang, son visage tuméfié et les plaies ouvertes qu’il avait sur tout le corps ne laissait que peu de doute quant au genre d’atrocités qu’on venait de lui faire subir.
Son passé d’infirmière aidant, Venus eut alors le réflexe immédiat de prendre son pouls. Il était faible et filant, mais bien là. Elle poussa alors un soupir de soulagement et devinant qu’elle ne pourrait pas le transporter toute seule dans sa voiture, elle appela son mari en renfort. Une fois sur les lieux, Ben avait beau eu insister auprès de son épouse pour appeler les secours et laisser l’hôpital du centre s’occuper de lui, Venus n’en avait fait qu’à sa tête. Plus décidée que jamais, elle avait alors réussi à persuader son mari que ce n’était pas un hasard, que le seigneur avait mis ce jeune homme sur leur route et qu’elle n’avait pas l’intention de faillir à sa mission, quelle qu’elle soit. Elle promettait de le remettre sur pied et de le couver comme son propre enfant.

I'd spend a lifetime
waiting for the right time
Now that your near
the time is here at last.

La voix mélodieuse d’Elvis se mélangeait à présent à celle plus rauque de Monsieur Brown, ce qui fit sourire Danny. Il soupçonnait aussi ce dernier de mettre à dessein la musique plus fort dans l’habitacle afin de décourager BJ pour de bon de parler durant tout le trajet, parce qu’une fois que le gamin était lancé, on ne l’arrêtait plus. Un vrai moulin à paroles.

It's now or never,
come hold me tight
Kiss me my darling,
be mine tonight

Une fois le récit de Venus achevé, l’officier chargé de l’affaire de Danny avait alors lancé sans tarder une recherche d’identité dans tout l’Etat et BJ s’était généreusement proposé pour placarder les murs de la ville de tracts fluos avec la photo de « Manny » au centre, bien mise en évidence et le numéro des Brown juste en-dessous. Le gamin avait trouvé cette idée particulièrement amusante.

Tomorrow will be too late,
it's now or never
My love won't wait.

Vint enfin cette visite à l’hôpital du Centre, où Danny s’était rendu à contre-cœur. Un nœud à l’estomac, il avait eu peur que son scanner révèle exactement ce qu’il ne voulait pas entendre, ce qu’il n’était pas encore prêt à entendre : à savoir que ces souvenirs ne reviendraient plus. L’avis du médecin fut moins tranché que cela. Il avait bon espoir que son patient recouvre totalement la mémoire mais se montrait néanmoins réservé sur le temps que cela prendrait. Désormais, le sort en était jeté …

*************

Une nouvelle journée commençait sous le soleil de Houston et Ben avait accepté la proposition de Danny de l’aider au chantier. Le jeune agent trouvait que c’était le moins qu’il puisse faire pour leur rendre la pareille alors que la famille Brown répondait à tous ses besoins et se chargeait de toutes ses dépenses pour le moment.

- enfilez la tenue adéquate et vous pourrez nous rejoindre. Les vestiaires sont juste là, lui indiqua Ben, en pointant l’accueil du doigt.

Danny hocha la tête et suivit les conseils du père de BJ. Il s’avança alors jusqu’au comptoir situé derrière le chantier et aperçut une jeune femme rousse d’une vingtaine d’années, la tête plongée dans un magazine people, ses écouteurs sur les oreilles et ses jambes nonchalamment posées sur l’autre chaise. Amusé par cette image de dur labeur qu’elle renvoyait, et comme elle ne daignait toujours pas relever la tête en sa direction, Danny continua tranquillement son chemin jusqu’aux vestiaires indiqué par Monsieur Brown. Après avoir inspecté les lieux avec attention, il s’aperçut que tous les casiers étaient fermés à clé et qu’aucun espace ne lui était réservé. Il fit donc demi-tour jusqu’au bureau, à l’endroit même où se trouvait la fameuse travailleuse acharnée.

- excusez-moi ?

Pas de réponse. La jeune rousse ne bronchait toujours pas et battait maintenant le rythme avec ses pieds.

- s’il vous plaît ?

Cette fois, Danny toqua brusquement sur le comptoir, ce qui la fit sursauter. La mine à la fois surprise et amusée, elle enleva immédiatement ses écouteurs et ajusta son bonnet noir sur sa tête.

- oups ! S’te honte ! J’t’avais même pas calculé ! Désolée !

Faisant fi du ton des plus familiers sur lequel elle s’adressait à lui, Danny balaya ses excuses d’un revers de la main, préférant aller à l’essentiel.

- je suis Manuel Mancini. Monsieur Brown m’a dit de …
- ah ouais, t’es le p’tit nouveau ! Mister B m’a parlé de toi ! Hailey Haynes, H-A-I-L-E-Y, épela-t-elle, en insistant bien sur le « i » de son prénom. Combinaison, casque, chaussures de sécurité ! Dit-elle, en les posant dans cet ordre précis sur le comptoir. La pause est d’un quart d’heures toutes les trois heures, pour les toilettes, c’est la première porte à ta droite !
- merci.
- c’est moi. Alors, j’étais comment ? Tu trouv’ que ça l’faisait ou pas ? Vas-y, et sois cash’, hein ? C’était la classe, nan ?
- la classe, sourit Danny.

À dire vrai, il trouvait que l’accueil laissait franchement à désirer mais la jeune femme lui paraissait fort sympathique alors il n’avait fait que répéter ce qu’elle voulait entendre.

- c’est clair, confirma Hailey. J’sens que j’assure de plus en plus dans ce taf de fous.
- heu … pour les casiers … ils sont tous pris ou je peux …
- mince, je savais que j’avais zappé queq’chose ! À toi de choiz’ ! Y m’en reste encore six de libre. Le 4, 8, 15, 16, 22 et 42. Le délire, à un près, on aurait dit les chiffres de la trappe dans Lost ! Alors, tu prends lequel ?
- je ne sais pas … n’importe lequel …
- mais nan, y faut qu’t’en choisisses un, obligé !

D’un enthousiaste non dissimulé, elle déposa une petite tape sur l’avant bras de Danny qui ne put masquer sa surprise à cette occasion.

- allez, vas-y, fais-toi plez’ !
- heu …dans ce cas, ce sera le 8.
- très bon choix !

Joignant le geste à la parole, elle tendit la clé du cadenas à Danny qui l’accepta volontiers en la gratifiant d’un sourire poli.

- par contre, fais gaffe, c’est possib’ qu’y soit grav’ crade parce qu’y a un p’tit génie qui s’est amusé à ….
- on parle de moi, chérie ?

Une voix masculine teinté d’un fort accent étranger retentit dans la pièce avant qu’un jeune homme vêtu simplement d’un jean et d’un tee-shirt blanc à manches courtes ne s’approche du comptoir, la démarche nonchalante .

- dans tes rêves, Simplet ! Le rembarra immédiatement Hailey. Et qu’est-ce que tu fiches ici ? J’croyais que t’avais pris ta journée pour glandouiller ?
- ce chantier n’arrive plus à se passer de cette musculature de rêve et quand on a besoin de lui, tu sais que le mâle australien répond toujours présent à l’appel !
- ah ouais ? Et quel appel ? Celui de la bière qui coule à flots, des fêtes en tout genre, des bains de minuit, des massages aux huiles essent…
- quand les temps sont difficiles, rien ne vaut un bon massage exotique, mon chou.

Ses lunettes encore devant les yeux, le jeune homme les fit glisser quelques instants sur son nez, et prit juste le temps d’adresser un clin d’œil ravageur à Hailey avant de les faire remonter rapidement à leur place initiale.

- ne compte pas sur moi pour faire joujou ici et encore moins avec toi, Finn ! ! Et on est toujours le vendredi 13, j’te signale ! Qu’est-ce que tu fous de ta superstition débile, c’est déjà oublié ?
- je ne suis pas superstitieux, amour, je suis un peu stitieux.
- on t’a mit au jus que c’était un adjectif ? Et un seul seul’ment !
- ah bon ? Je pensais qu’on pouvait ajouter ou enlever le super.
- la vach’! J’y crois pas ! C’est à se d’mander comment t’as pu crécher à Yale aussi longtemps.
- j’ai couch…
- tu t’es tapé la doyenne, je sais ! Mince, où il est passé l’autre coco maintenant ?

Totalement obnubilée par sa conversation avec l’australien, Hailey avait fini par oublier la présence de Mancini dans leurs locaux et n’avait même pas remarqué qu’il s’était fait la belle depuis un bon moment déjà.

- encore un pauvre homme victime de mon succès auprès de la gente féminine, plaisanta Finn. Il a préféré s’effacer, c’est plus sage !
- ouais et toi aussi, dégage de ma vue !
- comment ça, mon sucre ? Tu ne veux plus de moi ?
- TOUT DE SUITE !
- j’y vais ! Je cours ! Je voooooole !

D’une manière des plus théâtrales et les bras tendus vers l’extérieur, Finn se dirigea aussitôt vers les vestiaires sous le sourire d’Hailey qui le regardait s’éloigner, l’air franchement amusé. Elle bénissait le ciel que l’australien soit toujours employé dans cet endroit, sinon elle s’y ennuierait à mourir …. GRAVE !

*************

- il a signé son premier contrat junior à 16 ans, tu t’rends compte ? C’est trop géant !

Pour ne pas vexer son interlocuteur, Danny fit mine d’être aussi impressionné par ce nouvel élément « passionnant » de la vie de David Beckham énuméré par BJ. En effet, le jeune garçon lui avait fait une véritable tirade sur son footballeur préféré, depuis que Danny avait accepté de taper le ballon avec lui dans le jardin des Brown.

- bien joué, Nicky !

Le ton enthousiaste, Danny ne retint pas ses applaudissements lorsque le fils de Venus réussit plusieurs jongles d’affilée avec une agilité des plus impressionnantes pour son âge.

- Nicky ? C’est qui, Nicky ?

BJ le sonda d’un œil inquisiteur, visiblement vexé d’être confondu avec un autre.

- mmmh ?
- tu m’as appelé, Nicky ! Moi, c’est BJ !
- je sais, répondit Danny, la mine confuse.

Il n’avait même pas relevé cette erreur, comme si elle était sortie de sa bouche sans qu’il n’ait pu y réfléchir un instant.

- ben pourquoi t’as pas dit BJ, alors ? Et c’est qui Nicky, d’abord ?

Le visage de Danny se rembrunit aussitôt et il se mit à froncer les sourcils. Un sentiment de frustration le gagnait petit à petit en cet instant. Pas envers BJ, mais bien contre lui-même. Il trouvait ce prénom étrangement familier à l’écoute mais se sentait incapable de resituer le visage de cette personne en particulier. Il avait beau se creuser les méninges, ça ne revenait pas. Et cette absence de repères ainsi que de résultats concluants commençaient à l’agacer sérieusement. Il n’avait fait aucun progrès depuis sa visite chez le médecin, aucun !

- vas-y, essaie de m’arrêter, champion !

Au lieu de répondre à la question de BJ, le jeune agent lui chipa alors le ballon et provoqua le gamin juste devant lui. Ne comptant pas se laisser faire aussi facilement et devant les tentatives ridicules de passements de jambes de Danny, BJ réussit à vite reprendre possession du ballon. Sûr de lui, il tenta même le coup du sombrero pour éliminer définitivement son adversaire. Malheureusement pour l’enfant, au lieu que le ballon passe au-dessus de la tête de Danny et lui revienne ainsi dans les pieds, ce dernier partit totalement dans la direction inverse et passa ainsi de l’autre côté des arbustes du jardin, pour finalement atterrir sur la terrasse des voisins.

- merde ! Maman va m’tuer ! Dis, tu vas pas lui rapporter, hein ?

Danny ne put réprimer un sourire face à la mine coupable de BJ. Cet enfant avait vraiment une bouille adorable avec ses petites bouclettes noires qui faisaient ressortir le marron de ses yeux.

- promis.

Afin d’apporter plus de poids à ses mots, Danny s’approcha alors de BJ, lui fit mettre sa main en poing et tapa légèrement contre ce dernier avec le sien en signe de pacte.

- attends, j’saute pour voir où il est le ballon !

Bien décidé à le récupérer, BJ joignit le geste à la parole même s’il peinait à arriver ne serait-ce qu’à hauteur de la moitié des buissons. Mais Danny le laissa faire sans rien dire. Il profitait de la scène, le sourire aux lèvres et un brin moqueur.

- j’arrive pas à voir. Tu m’fais la courte échelle ?
- ne bouge pas, je vais voir s’il y a quelqu’un.

À peine avait-il fait un pas en direction du portail, qu’il entendit BJ protester.

- mais …

Il fit alors les gros yeux à l’enfant qui resta silencieux mais mit néanmoins les bras en croix tout en soufflant exagérément.

- je reviens tout de suite, ok ?
- pfff … j’m’enfiche de tout’ façon !

BJ était resté impassible et c’est seulement lorsqu’il fut certain que Danny se soit assez éloigné pour ne pas l’entendre, qu’il avait grommelé ces quelques mots, la mine boudeuse.

- bonjour.

Lorsque le jeune agent franchit enfin le portail de ses voisins, il ne s’attendit pas à tomber sur cette ravissante brunette aux yeux émeraudes et au sourire éclatant. Elle l’accueillit avec une extrême gentillesse et le jeune agent se perdit instantanément dans l’intensité de son regard.

- … bonjour.
- laissez-moi deviner. C’est ça que vous êtes venu chercher ?

Danny hocha la tête et la jeune femme lui lança le ballon de football de BJ, qu’il rattrapa avec succès … heureusement.

- merci.

Le sourire aux lèvres, Danny s’apprêtait à faire demi-tour lorsqu’il entendit la voix de sa charmante voisine le relancer.

- il est à votre fils ?
- … non, je … je n’ai pas ... je ...

Un brin déstabilisé par cette question, il répondit d’un ton peu assuré, ce qui n' échappa pas à sa jeune voisine.

- désolée. Je ne voulais pas me montrer indiscrète.

Danny balaya ses excuses d’un revers de la main. En réalité, il était particulièrement flatté qu’elle s’intéresse à lui.

- je suis un ami de la famille Brown, expliqua-t-il, vaguement. Je viens d’arriver en ville.
- moi aussi. Enfin, tout pareil, sauf pour la première partie.

Ils échangèrent un sourire amusé. La jeune femme plongea ensuite sa main dans la poche de son gilet blanc cassé et en sortit un paquet de cigarettes avant de le soumettre au regard de Danny.

- non, merci.

Il refusa presque instantanément, comme par réflexe, alors que sa voisine s’allumait maintenant une cigarette sous ses yeux.

- alors, ça vous plaît d’être ici ?
- en fait, je ne suis pas là depuis longtemps.
- c’est un endroit agréable, vous verrez. En tout cas, je n’ai pas eu à me plaindre jusque-là. Les gens sont gentils, le temps est clément et cerise sur le gâteau, ça me permet de moins voir mon ex-mari !

Elle l’avait dit sur le ton de la plaisanterie mais Danny devina immédiatement toute la rancœur qu’elle ressentait encore pour cet homme. Un divorce n’était jamais facile alors il se contenta d’acquiescer en silence à ses propos. À dire vrai, ça l’arrangeait presque qu’elle lui parle de sa vie, puisque même s’il l’avait souhaité, il n’aurait absolument rien pu lui raconter sur la sienne.

- vous comptez rester ?
- je ne sais pas encore.
- il y a quelque chose que vous savez, au moins ?

Un grand sourire moqueur apparut sur les lèvres de la jeune femme, mais lorsque Danny se mit à froncer les sourcils, son visage se rembrunit aussitôt. Elle avait voulu faire un bon mot et au lieu de ça, elle avait mis les pieds dans le plat, encore une fois. L’atmosphère était devenue soudainement pesante, elle devait y remédier.

- je … je plaisantais, précisa-t-elle, comme pour s’excuser.
- j’avais noté.

Le sourire en coin de Danny finit par la rassurer. Il n’était pas contrarié, comme elle l’avait d‘abord pensé. Elle jeta ensuite un rapide coup d’œil sur le cadran de sa montre, elle n’avait pas vu l’heure passer.

- oh mon Dieu ! Je vais être en retard ! Brennan va sortir de son cours de judo d’une minute à l’autre !
- du judo ?
- oui ? Vous en faites aussi ?
- non … enfin, je ne crois pas.

Mais peut-être que ce Nicky en faisait, se mit à penser Danny.

- mon fils adore ça. À six ans, c’est un vrai défouloir !
- je n’en doute pas.

Il lui faisait les yeux doux sans même s’en apercevoir, mais pour le plus grand plaisir de sa voisine qui le trouvait vraiment séduisant.

- ça a été un vrai plaisir de discuter avec vous …
- Manuel … Mancini.

La jeune femme proposa alors sa main à Danny qui l’accepta volontiers.

- Blair … Bishop.

Le regard perdu dans celui de l’autre, ils n’avaient pas remarqué qu’ils se serraient encore et toujours la main.

- au revoir, Manuel.

Ce fut Blair la plus prompte à réagir et elle lâcha nerveusement la main de Danny alors qu’elle sentait ses joues rosir petit à petit en cet instant.

- à la prochaine, j’espère.
- moi aussi, répondit Danny, en la dévorant des yeux.

Le ballon de football de BJ toujours sous le coude, il quitta ensuite le jardin de sa voisine, un sourire béat sur ses lèvres. Le hasard faisait peut-être finalement bien les choses. Il sentait à présent qu’il y avait de grandes chances pour qu’il s’attache à cette ville beaucoup plus vite qu’il ne l’avait prévu au départ.

*************

- toi, beauté, c’est quand tu veux pour me mettre la fessée, dit Finn, la voix suave et en humidifiant ses lèvres avec sa langue.

Les cheveux complètement en bataille, la chemise entrouverte en haut de son torse et les manches retroussées au niveau de ses avant-bras, l’australien resta bouche bée devant la page centrale du dernier numéro de Sports Illustrated Swimsuit Issue où une pulpeuse jeune femme rousse posait en bikini marron et or.

- ayé ! J’ai tout fini ! S’exclama BJ, visiblement fier de lui.

Finn sursauta sur sa chaise et posa sa main sur son torse lorsque l’enfant lui présenta sa copie sous le nez.

- ne refais jamais ça, p’tit ! Les australiens ont le cœur fragile, c’est bien connu ! Ça va de paire avec les kangourous !
- désolé.

Voyant que le garçon le fixait d’un regard anxieux, Finn le rassura en déposant une petite tape sur son épaule d’un air enthousiaste.

- vérifions ça !

Joignant le geste à la parole, l’australien se saisit ainsi du cahier de brouillon du garçon et parcourut avec attention l’exercice de maths que BJ venait d’achever. Au fur et à mesure de sa lecture, le fils de Venus le voyait froncer les sourcils et commençait à se tendre petit à petit.

- alors ? J’ai tout juste ? Demanda-t-il, avec appréhension.

Son impatience avait eu raison de lui. Il ne pouvait plus attendre. Il devait absolument savoir qu’elles étaient ses lacunes pour pouvoir augmenter sa moyenne rapidement et ainsi recevoir comme promis par son père, le maillot numéro 7 flanqué du nom de Beckham.

- oui … oui … c’est parfait BJ, répondit Finn, l’air peu convaincu.

Bon sang ! Qu’est-ce qu’il lui avait pris de se vanter auprès de Monsieur Brown d’être « l’as des as » pour ce qui concerne n’importe quel problème posé en mathématiques ? Il aurait mieux fait de s’abstenir ou d’être plus attentif en cours d’algèbre au lieu de loucher de manière éhontée sur le décolleté de sa prof, parce que ces quelques lignes s’avéraient être un véritable casse-tête chinois pour lui.

- alors, vous vous en sortez ?

La mine surprise, Finn ne vit pas arriver Danny dans la cuisine des Brown. Ni une, ni deux, il s’empressa de cacher son magazine « sportif » en dessous du livre de mathématiques de BJ comme si de rien n’était. Le jeune agent prit ensuite place juste en face d’eux et heureusement pour l’australien, son geste était passé totalement inaperçu.

- il est doué, ce p’tit. Très doué. À son âge, je ne pensais qu’à faire la fête, coucher et … ah nan, en fait, ça n’a pas changé, affirma Finn, avec humour.
- tu m’en vois ravi.

Le ton de Danny se voulait sarcastique mais son regard était réprobateur. L’australien reçut le message cinq sur cinq. Il s’abstiendrait à l’avenir de narrer ses « exploits » et les garderait ainsi à l’abri des oreilles encore innocentes de BJ.

- ne bougez pas, j’y vais.

La sonnette de l’entrée venait de retentir dans la pièce et Danny quitta sa chaise pour retrouver Blair devant « sa » porte, pour son plus grand plaisir.

- bonjour, Manuel.

Encore une fois, elle lui offrit son plus beau sourire et le jeune agent se sentit défaillir. Il ne cessait de penser à elle depuis leur rencontre de la semaine passée. Et comme un gamin amoureux pour la première fois, il s’était surpris lui-même à l’espionner à plusieurs reprises depuis la fenêtre de « sa » chambre alors qu’elle accrochait le linge dans son jardin.
Pathétique. Il se trouvait vraiment pathétique mais ne pouvait s’en empêcher. Cette femme avait un effet quasi hypnotique sur lui. Elle l’attirait comme un aimant.

- … bonjour.
- ça va … depuis la dernière fois ?
- bien, très bien même.

Surtout maintenant qu’il la voyait dans cette longue jupe fondue et ce cache-cœur bordeaux légèrement décolleté, pensa-t-il, sans oser lui avouer.

- est-ce que je peux vous aider ?
- en fait, je suis un peu gênée de vous demander ça mais …

Son cœur battant fort dans sa poitrine, Danny la dévorait des yeux et buvait chacune de ses paroles.

- … je viens de m’apercevoir que je manquais de gruyère pour terminer mes nouilles au gratin, je pensais que j’en avais assez mais …
- entrez, je vais voir s’il nous en reste.
- merci.

Blair s’exécuta et suivit ainsi Danny jusque dans la cuisine des Brown.

- boudiou … lâcha Finn. Quel beau spécimen …

Blair avait à peine fait un pas dans la pièce que l’australien laissa glisser son regard coquin sur elle de haut en bas, son fameux sourire charmeur au coin des lèvres. Et visiblement, il appréciait ce qu’il voyait.

- vous faites de la gym, amour ? Pour avoir ce corps de déesse, je parie que oui. On m’a offert un abonnement l’année dernière mais je n’y ai jamais mis les pieds. J’aurais peut-être dû …

Surprise qu’on s’adresse à elle sur un ton aussi familier, Blair haussa un sourcil en direction de l’australien qui lui fit un clin d’œil des moins subtils au passage.

- qui … qui êtes-vous ?
- si je le savais, chérie, je pourrai annuler tous mes rendez-vous chez ma psy … mmmh … un pur canon, dit-il, l’air pensif.
- ne faites pas attention à lui. Finn aide seulement BJ en maths, répondit Danny, en pointant le fils de Venus du doigt. Bébé Ours doit se faire un peu d’argent de poche pour s’acheter un nouveau jouet.

Le ton du jeune agent se voulait moqueur mais Finn ne se laissa pas démonter pour autant.

- papa Ours a raison. Est-ce que voulez être mon nouveau jouet, mon cœur ?

N’y tenant plus, l’australien se leva de table et se colla tout contre la jeune femme qui se recula immédiatement et se mit à froncer les sourcils. Mais sur quel genre d’homme venait-elle de tomber ?

- je … c’est… c’est une blague, c’est ça ?
- je sais, bouton d'or, les femmes raffolent de mon humour ravageur. Ou c’est ça, ou c’est l’accent, mais elles craquent toutes à la fin.
- je ne pense pas non, protesta Blair.
- ne reniez pas vos sentiments, mon chou. Je pourrai décrocher la lune pour vous et faire le plein d’étoiles pour les mettre dans vos yeux.

Totalement emporté par sa fougue habituelle, l’australien se saisit des deux mains de Blair et les serra entre les siennes. Son sachet de gruyère à présent dans la main, Danny assistait à cette scène plus amusé que réellement menacé par une quelconque compétition entre Finn et lui.

- est-ce que … est-ce qu’il a bu ?

Blair interrogea Danny du regard tout en lâchant les mains de Finn et ce fut ensuite au tour du jeune agent de sonder l’australien d‘un œil inquisiteur.

- de la limonade seulement. Je lui ai demandé mais le p’tit ne sait pas où ses parents cachent tout leur alcool.
- assieds-toi, Finn.
- pourquoi ? Parce que c’est moi le plus grand ?

Danny ne prit même pas la peine de répondre à une attaque qu’il considérait digne d’un gamin de l’âge de BJ et se contenta de sourire avant de donner son sachet de gruyère à sa voisine.

- venez, Blair. Je vous raccompagne.

Joignant le geste à la parole, Danny prit bien soin de poser sa main dans le creux du dos de la jeune femme qui se mit à frissonner à ce simple contact et à l’entente de son nom dans la bouche de l’agent du FBI.

- quoi ? Vous m’abandonnez ? Déjà ? Déplora Finn.

Il posa alors théâtralement sa main sur son cœur en feignant un air dévasté.

- au revoir, Finn.
- j’y compte bien.

Il haussa les sourcils comme un jeu, ce qui fit sourire Blair avant qu’elle ne quitte définitivement la pièce sous le regard apparemment triste de l’australien.

- c’est un sacré phénomène, dites-moi.
- c’est certain, confirma Danny dans un sourire, en repensant au numéro du frivole australien.
- merci encore pour …

Elle ne termina pas sa phrase et lui montra le sachet de gruyère qu’elle tenait toujours dans les mains.

- il n’y a pas de quoi. Je suis sûr que ça va être une vraie réussite, affirma Danny en la dévorant des yeux.

Sentant ses joues rosir petit à petit face à ce regard des plus intimidants, Blair baissa la tête un moment avant de la relever. Elle devait prendre son courage à deux mains. Elle allait le faire. Elle allait oser.

- vous … vous voulez venir ?
- … pardon ? S’étonna Danny.
- Brennan est chez son père durant tout le week-end et je n’aime pas manger seule. Enfin, si vous ne pouvez pas, c’est …
- d’accord !

Il n’allait pas manquer une si belle occasion et bénissait le ciel qu’une pareille chance s’offre à lui.

- ok, on fait comme ça, sourit Blair, l’air ravi. On dit 20 heures alors ?
- 20 heures, c’est parfait, lui assura Danny.
- je pense qu’il est inutile que je vous donne l’adresse, plaisanta-t-elle.
- en effet, je crois pouvoir m’en sortir seul pour le coup, répondit-il en entrant dans son jeu.

Maintenant que le rendez-vous était pris, ils se regardaient tous les deux l’air gêné et un sourire crispé sur les lèvres, se demandant nerveusement qui mettrait fin le premier à cette conversation.

- bon et bien … je vous laisse … à ce soir, Manuel.
- à ce soir.

La démarche à la fois lente et assurée, Blair regagna ainsi la direction de sa maison et le regard de Danny s’arrêta instantanément sur la chute de reins de la jeune femme qui se retourna à ce moment précis. La mine peu fière d’avoir été pris en flagrant délit de « matage intensif », il ne s’attendit pas à la réaction amusée de Blair qui lui adressa un grand sourire, flattée d’être « désirée » ainsi. Cette soirée s’annonçait vraiment des plus prometteuses, c’était certain. Il aimerait déjà y être.

**********

- alors, Manuel, dites-m’en plus sur vous, l’exhorta Blair avec entrain.

Elle savait déjà qu’il ne buvait pas d’alcool, si elle considérait la vitesse à laquelle il l’avait stoppée, comme par réflexe quand elle avait voulu lui servir un verre de vin.

- d’où venez-vous ? Que faites vous ? Je veux tout savoir.

Le ton enthousiaste, la jeune femme esquissa un léger sourire avant de porter une nouvelle fois sa fourchette à sa bouche.

- ... honneur aux dames, dit-il galamment, en accompagnant ses paroles d’un petit geste de la main.

Sa voisine le toisa d’un œil inquisiteur. Est-ce qu’il venait de se faire repérer ? Il en avait bien l’impression.

- pourquoi est-ce que vous cherchez à vous défiler à chaque fois qu’on aborde une question d’ordre privé ?
- je fais ça ? Vous êtes sûre ? Plaisanta innocemment Danny, entre deux bouchées.

Son interlocutrice se mit à sourire. Encore une fois, son humour lui avait permis de botter en touche. Pour combien de temps encore ? Il l’ignorait. Mais il n’était pas prêt à se livrer. Pas encore.
Leur dîner fut des plus agréables. En tant qu’illustratrice de livres pour enfants, Blair lui avait parlé avec enthousiasme de sa passion pour son métier et son intérieur à la fois stylé et empreint d’originalité, montrait à quel point la jeune femme avait du goût en matière d’art contemporain.

- c’était délicieux, la félicita Danny.

À présent confortablement installés sur le divan, histoire de prendre un dernière verre, Blair posa au centre de la table basse, le vase qui contenait le bouquet de fleurs que le jeune agent lui avait offert en début de soirée.

- je n’y suis pour rien, c’est ton fabuleux gruyère qui a tout fait, plaisanta-t-elle.
- je me disais aussi, confirma-t-il, en entrant dans son jeu.

Ils échangèrent un sourire amusé et Danny ne la quitta plus des yeux. Cette robe anthracite à petites manches bouffantes et au décolleté discret en V drapé lui allait vraiment à ravir.

- elles sont magnifiques, dit-il, en la dévorant du regard.

Signe de sa nervosité patente, Blair venait de replacer une des ses mèches rebelles derrière son oreille, laissant ainsi apparaître de splendides créoles parsemées de diamants.

- j’ai décidé de m’accorder une petite folie, reconnut-elle. Regarde, il n’y a même pas besoin de fermoir.

Elle approcha ainsi son visage de celui de Danny pour lui montrer le lobe arrière de son oreille. Sentir le souffle chaud du jeune agent dans son cou, la rendait toute chose. Elle le trouvait si craquant avec sa chemise blanche à col ouvert et ce fameux regard ténébreux qu’elle ne put lui résister plus longtemps. Il était temps qu’elle prenne des risques ...
N'y tenant plus, elle vint doucement coller ses lèvres contre celles de son voisin. Danny fut surpris par son geste mais encore plus par cette vague d’émotion qui le submergea quand il répondit à son baiser. Il n’était pas préparé à ça. C’est comme si le temps venait de s’arrêter. Il se sentait si vivant en cet instant.
Leurs langues commencèrent tout juste à s’entremêler lorsque Blair mit fin à ce baiser. Si elle continuait, elle n’arriverait bientôt plus à respirer. Elle baissa immédiatement les yeux et Danny lui releva le menton puis d’un geste tendre, il dégagea cette même mèche rebelle brune qui l’empêchait d’admirer la beauté de son doux visage.

- alors, tu ne veux toujours pas m’en dire un peu plus sur toi ?

D’un geste tendre, Blair essuya délicatement les quelques traces de gloss qu’elle avait laissées sur les lèvres du jeune agent avant de sourire.

- tu n’arrêtes jamais, n’est-ce pas ?
- non, mais c’est ce que tu aimes chez moi, rétorqua-t-elle, l’œil coquin.
- continue et ensuite ce sera mon tour.

Blair lui fit les gros yeux. Elle n’en croyait pas un mot.

- c’est promis.
- ok, céda-t-elle. Et bien, tu es déjà au courant pour mon fils.
- Brennan, six ans, affirma Danny, en hochant la tête.

Il s’en était souvenu, pensa-t-elle. C’était bon signe.

- jusque-là, nous avions toujours vécu à Livingston et même si c’est seulement à deux pas d’ici, il accepte difficilement la situation.
- c’est un enfant. Il a besoin d’un peu plus de temps pour s’adapter.
- tu as raison. Après tout, ça ne fait que quelques semaines. Ses parents viennent de se séparer et avec ce tout nouvel arrangement, il y a de quoi être déboussolé, c’est sûr.

« Séparer » ? Ce verbe résonnait dans la tête du jeune agent avec insistance. Est-ce qu’il avait bien entendu ?

- hey … ça va ?

Blair posa délicatement sa main sur la cuisse de Danny qui opina du chef mais affichait toujours cet air contrarié, au grand dam de sa voisine.

- t‘es sûr ? Insista-t-elle.

Elle posa son autre main sur l’avant-bras du jeune agent afin de l’inviter à se confier.

- j’ai cru … je ... je pensais que le divorce était déjà prononcé, tu m’as dit que c’était ton ex-mari …
- j’ai dit ça ?
- heu … oui ! Lâcha Danny, totalement pris au dépourvu.
- ex-mari … futur ex-mari, c’est pareil, non ? Plaisanta-t-elle.

Il n’en croyait pas ses oreilles. Comment pouvait-elle se montrer aussi légère sur un sujet pareil ? Refroidi par sa réponse, il préférait encore mettre un terme à cette soirée dans le but de digérer la nouvelle.

- il … il se fait tard, dit-il, en jetant un rapide coup d’œil sur l’heure du réveil du salon. Je vais rentrer.

Joignant le geste à la parole, Danny quitta rapidement sa place sur le divan sous les yeux effarés de Blair qui le suivait avec angoisse vers la sortie, craignant que leur soirée ne s’achève beaucoup plus vite que prévu à son goût.

- pour … pourquoi ?
- merci pour l’invitation. J’ai passé un bon moment.
- qu’est-ce qui se passe, Manuel ? Je …
- il … il vaut mieux que je parte, répondit Danny, en se passant nerveusement une main dans les cheveux. J’accompagne les Brown à l’office demain matin et je préfère me coucher tôt.
- tu vas à la messe ? S’étonna-t-elle, le ton moqueur.
- je ne vois pas ce qu’il y a de drôle.

Danny fronça immédiatement les sourcils. Elle ne l’avait jamais connu aussi froid et distant à son égard et marqua un temps d’arrêt de surprise alors que le jeune agent tenait maintenant la poignée de porte dans sa main.

- … bonsoir.
- bonsoir, si tu veux, on pourra remettre ça à l’occ …

Trop tard. Le jeune agent n’avait même pas daigné attendre la fin de sa phrase et s’en était allé rejoindre la maison voisine. La mine défaite, Blair laissa alors reposer sa tête sur sa porte fermée, elle ne voyait vraiment pas ce qu’elle avait fait ou dit de mal.

************

Blackout (partie 3)

Publié le 23/02/2010 à 00:08 par danieletbetty
- mais nan ! Tu m’as dit « pas aujourd’hui parce que c’est férié, mais demain » ! Et comme tu m’as appelé hier, demain c’est aujourd’hui et plus demain ! … oh arrête Bonnie, tu m’soûles ! … tu m'as encore mis la carotte ! … ouais, allez, c’est ça … ciao !

Agacée par cet énième rendez-vous manqué avec son amie, Hailey raccrocha son portable et le glissa dans la poche de son pantalon baggy alors qu’elle venait déranger pour la première fois de l’après-midi, Danny et monsieur Brown sur le chantier.

- oui ? Il te faut quelque chose ? Lui demanda immédiatement Ben, en haussant un sourcil en sa direction.
- George Clooney dans un jacuzzi, vous avez ça en stock ?

La jeune femme rousse accompagna ses paroles d’un regard à la fois joueur et taquin, ce qui fit sourire Danny mais laissa totalement de marbre le père de BJ. Elle reprit alors aussitôt son sérieux. C’est fou comme l’œil inquisiteur de monsieur Brown avait tendance à lui faire retrouver rapidement le sens des priorités.

- un appel pour vous, mister B. C’est votre femme. Elle dit que c’est urgent.
- j’en ai pas pour longtemps.

Ben s’en alla ainsi directement au bureau, laissant Hailey observer Danny en plein travail. Le soleil tapait, il régnait une chaleur étouffante sur les lieux mais malgré cela, la vue de ses mâles virils se tuant à la tâche, était loin de lui déplaire.

- alors, ça roule, mon coco ? Tu tiens la forme ?
- je suis déshydraté et tout en sueur … c’est le pied, ma cocotte, ironisa-t-il.
- mmmh … j’adore quand tu causes de ton corps tout en sueur. T’as un jacuzzi chez toi ?
- je peux m'en construire un dès demain, plaisanta-t-il, en entrant dans son jeu.
- si tu fais ça, j’te promets de m’faire tatouer Manuel 4ever sur les fesses. Tu préfères la gauche ou la droite ?

Hailey lui adressa un clin d’œil coquin au passage et Danny secoua la tête, l’air amusé, alors que Ben venait tout juste de les rejoindre.

- Haynes ?

L’époux de Venus n’eut pas besoin d’en dire plus, rien qu’à son regard réprobateur, la jeune femme avait saisi le message et elle retourna ainsi sans tarder à son poste.

- elle t’a fait le coup du tatouage, hein ? Devina Ben.

Danny hocha la tête et les deux hommes échangèrent un sourire complice avant de se remettre au travail.

- Venus m’organise une vraie réception ce week-end, se confia le père de BJ, sans que Danny ne lui demande quoique ce soit. Elle me répète que la cinquantaine, ça se fête et j’ai beau lui dire que je préfère qu’on reste à la maison et en famille pour l’occasion, je n’arrive pas à lui faire entendre raison. C’est bien simple, elle m’appelle pour me demander le numéro de tous les gens que j’ai croisés jusqu’à aujourd’hui.
- 50 ans ? Vous n’êtes plus tout jeune, le taquina Danny.
- on en reparlera quand tu auras mon âge, plaisanta Ben. Toi aussi, tu passeras ce cap.

Les pensées de Danny se mirent à vagabonder en cet instant. Elles lui rappelaient cruellement qu’il ne connaissait même pas sa propre date de naissance.

- tu peux emmener quelqu’un à la réception si tu veux … Manny ?

Blair Bishop. C’est le premier nom qui vint en tête au jeune agent pour l’accompagner à cette soirée. Sa ravissante voisine ferait une cavalière idéale mais il préférait encore ne pas la revoir avant d’avoir trouvé une excuse valable pour sa réaction épidermique de l’autre soir. Il ne savait pas lui-même ce qui lui avait pris. Leur baiser avait été des plus parfaits sur le moment mais une sensation de malaise s’était emparé de lui peu après. Ce sentiment étrange de ne pas se trouver à la bonne place, que rien n’aurait jamais dû se passer entre eux. Alors il avait préféré prendre la fuite, se sentant incapable de s’expliquer. C’était beaucoup plus simple de cette manière.

- qu’est-ce que tu fais ?

Lorsqu’il rejoignit le bureau d’accueil en fin de journée, Danny fut surpris de voir un miroir de poche cacher le doux visage de sa collègue. Hailey Haynes était du genre à « glander » au travail, mais sûrement pas à se pomponner.

- tu veux sucer ?

Danny fit non de la tête alors qu’Hailey lui présenta une sucette à la fraise sous le nez.

- j’ai la langue toute rose maintenant.

Elle se mit à sourire et le jeune agent en fit de même. Il comprenait mieux le coup du miroir à présent.

- qu’est-ce qu’y a ? pourquoi tu me mates comme ça ?

Il ne la quittait plus des yeux. Peut-être qu’il pourrait l’inviter à la réception de Venus en l’honneur de son mari, après tout. Au moins, il était sûr de ne pas s’ennuyer avec elle.

- monsieur Brown fête ses cinquante ans ce week-end et …
- sans déconner ? Il a un demi-siècle ? ‘tain, il est vach’ment bien conservé !
- sa femme organise une grande réception pour l’occasion. Ça te dit de venir ?
- sérieux ? S’étonna-t-elle.
- sérieux, confirma Danny. Alors … qu’est-ce que tu décides ? Tu viens ?
- un peu mon n’veu que j‘vais v’nir ! Grâce à toi, j’verrais enfin la baraque de mister B ! Merci, mon coco !

Hailey lui tapa chaleureusement sur l’épaule avec un enthousiasme non dissimulé et face à ce débordement de joie, Danny n’eut pas le courage de lui annoncer que la réception ne se déroulerait pas dans la maison familiale ... peu importait, elle s’en rendrait compte tôt ou tard.

*************

Le sourire aux lèvres, Danny regardait avec attention les photos de la chienne d'Hailey, que cette dernière lui montrait fièrement sur son portable depuis quelques minutes.

- il est mignon tout plein, hein ? C’est un bébé pitbull, alors j’l’ai appelé Shiloh, avoua-t-elle, la mine amusée.
- ça fait une semaine que BJ tanne ses parents pour avoir un saint-bernard, il veut l’appeler Beethoven depuis qu’il a vu le film.
- hé ho ! S’énerva-t-elle, après son collègue parce qu’il venait d’ignorer sa remarque. Un bébé pit qui s’appelle Shiloh ! Tu captes pas la blague ou quoi ?
- … non.
- pfff …

La jeune femme rousse se mit à souffler avec désespoir et secoua ensuite la tête d’un air navré.

- il faudrait vraiment qu’tu sortes un peu plus, mon coco parce que là … sérieux, tu crains trop !

Elle posa ensuite une main réconfortante sur l’épaule de son collègue puis s’en alla tranquillement chercher un autre verre au bar.

Love me tender,
love me true,
all my dreams fulfilled.
For my darlin' I love you,
and I always will.

- mon dieu … que la terre est basse, soupira Ben.

Son genou droit encore posé sur la piste de danse, le père de BJ venait de se pencher avec difficulté pour ramasser le mouchoir en tissu qui était tombé de la poche de son costume.

- fais attention, chéri, je vais finir par croire que tu les fais vraiment tes cinquante ans.

L’air moqueur, Venus passa à nouveau ses bras autour du cou de son mari pour qu’ils achèvent leur langoureux slow, leurs deux corps collés l’un à l’autre, en parfaite harmonie. Leur soirée se déroulait vraiment sous les meilleures auspices. L’ambiance était des plus chaleureuses et leurs invités semblaient s’amuser, ce qui était bon signe à leurs yeux. Et même si BJ n’avait pas encore mis un pied sur la piste de danse, les époux Brown ne doutaient pas qu’il se joindrait sûrement à eux une fois qu’il aurait fini de lécher de fond en comble son assiette remplie de gâteau au chocolat.

Love me tender,
love me long,
take me to your heart.
For it's there that I belong,
and we'll never part.

- la plupart des filles choisissent les ciseaux en premier, alors que les garçons ont tendance à préférer la pierre, déclara fièrement Finn.

Sa tentative d’impressionner une ravissante rousse qu’il avait croisée juste devant les toilettes pour dames de la salle des fêtes resta vaine. En effet, fatiguée d’avoir à écouter les banalités qui pouvaient sortir de la bouche de l’australien, elle préféra lui fausser compagnie.

- hé mais … où tu vas, mon chou ? C’est scientifiquement prouvé !

Son verre à la main, Hailey qui avait assisté à toute la scène vint le rejoindre et se mit à soupirer face à son comportement.

- seigneur …
- des anneaux, plaisanta Finn.

Toujours ce même sourire carnassier accroché aux lèvres, il fut étonné de voir la mine contrariée de sa collègue. On était pourtant sensé s’amuser dans ce genre de fête où l’alcool coulait à flot.

- qu’est-ce qui ne va pas ? Je te sens tendue, amour.
- je t’interdis de me sentir.

Elle lui adressa un regard noir, ce qui le fit sourire de plus belle.

- tu sais, j’ai fait un rêve bizarre cette nuit.
- ah oui ? S’étonna Finn. Et alors, j’étais comment ?
- mmmhhhhh …

Faisant mine de réfléchir, Hailey posa son index sur son menton et leva les yeux au ciel durant quelques secondes avant de lui répondre.

- tu t’es comporté en vrai triskaidekaphobe.
- en vrai quoi ? C’est un compliment, j’espère !

Wise men say only fools rush in
But I cant help falling in love with you
Shall I stay
Would it be a sin
If I cant help falling in love with you

- désolée…

La mine surprise, Danny fit face à la superbe brunette aux yeux émeraudes qui venait de le bousculer par accident. Il n’en revenait pas. Elle était là, elle était venue, pour son plus grand plaisir. Il jeta alors un regard inquisiteur à Venus qui lui adressa un sourire malicieux. Décidément, cette mère de famille était son véritable ange gardien.

- je ne regardais pas où j’allais, lui expliqua sa voisine.
- c’est rien.

Le jeune agent balaya ses excuses d’un revers de la main puis la toisa d’un regard circonspect, alors que la jeune femme semblait légèrement déstabilisée en sa présence. Malheureusement, il croyait bien être le responsable de son humeur.

- tout va bien ?
- j’ai … je viens de croiser la petite rouquine avec qui tu parlais tout à l’heure. Tu sais, celle avec le tee-shirt I love … enfin, tu as vu son tee-shirt comme moi.
- j’ai vu.

Danny esquissa un léger sourire, ayant toujours du mal à y croire. Sa collègue rousse n’avait en effet pas hésité à parader dans la salle et aux yeux de tous les invités avec un tee-shirt blanc où il y avait d’imprimé la phrase : I SEXTONIK en lettres majuscules. Il se souvenait encore de la réaction choquée des Brown en tout début de soirée lorsqu’ils avaient croisé sa collègue, il n’avait jamais ri autant devant pareille scène.

- elle passe ses journées à sniffer des marqueurs au bureau, ça doit lui monter à la tête à force, plaisanta-t-il.

Mais sa tentative pour alléger l’atmosphère n’eut pas l’effet escompté, sa voisine semblait toujours ailleurs, perdue dans ses pensées.

- Blair ?
- écoute, tu vas sûrement me prendre pour une vraie folle mais j’aurais juré qu’elle m’avait fait de l’œil tout à l’heure au bar.

Danny manqua de s’étouffer au passage avec son verre de jus d’orange. La révélation de sa voisine déclencha l’hilarité du jeune agent.

- très drôle.
- non, sérieusement, Manuel. Elle buvait son verre en silence mais les regards qu’elle m’a lancés … je lui plais, ça ne faisait aucun doute.
- Hailey ?

Blair fit oui de la tête.

- Hailey Haynes ?

Cette fois, elle opina du chef plusieurs fois de suite.

- tu es sûre ?
- OUI ! Puisque je te le dis !
- non, c’est … ça m’étonnerait … elle n’est pas … tu as dû confondre.
- bien sûr, j’ai confondu ! C’est vrai qu’il y a une dizaine de filles qui se promènent avec ce genre de tee-shirt, ce soir !

Blair semblait tellement certaine de ce qu’elle avançait que le jeune agent commençait à la croire. Il croisa alors le regard d’Hailey de l’autre côté de la salle, elle était en pleine discussion avec ce cher Finn. Il lui fit un petit signe de la main et elle lui sourit chaleureusement, laissant traîner avec insistance son regard sur sa voisine. Un regard à la fois charmé et charmeur.

- tu vois ? Qu’est-ce que je te disais ?

Danny en resta bouche bée. Si quelqu’un lui avait dit qu’en invitant Hailey à cette soirée, ils seraient tous les deux sur les rangs pour séduire Blair, il lui aurait ri au visage. Mais maintenant …

- tu … tu veux …

Afin de se changer les idées, Danny montra la piste de danse du doigt à son interlocutrice mais elle répondit par un signe négatif de la tête à son invitation. Il sentait qu’il allait devoir ramer après sa fuite à l’anglaise de l’autre soir.

- je suis content de te voir.
- vraiment ?
- vraiment. Tu m’as l’air en pleine forme.

Il lui faisait à présent les yeux doux sans même s’en rendre compte. C’était plus fort que lui. Il la trouvait absolument radieuse dans cette robe de soirée à la fois courte et sexy, et au décolleté en dentelle fine. Blair Bishop appartenait clairement à ce genre de femmes qui illuminaient une pièce par leur simple présence dans les lieux.

- c’est curieux que tu dises ça, parce que je pensais justement que tu aurais pu venir vérifier par toi-même ou que tu aurais appelé au moins, pour mettre les choses au clair, même si elles le sont parfaitement maintenant.
- écoute, Blair, je …
- non, c’est rien. J’oubliais que tu avais un long chemin à faire jusqu’à chez moi. Traverser le jardin, ça revient à se perdre dans la forêt amazonienne.

Il esquissa une légère grimace après cette remarque des plus sarcastiques. Ça ne faisait jamais plaisir à entendre mais il ne l’avait pas volée. C’était mérité.

- est-ce qu’on peut discuter de ça … calmement … s’il te plaît, la pria-t-il, à voix basse.
- oh mais je suis très calme, très très calme. Je suis le calme personnifié. Seulement je n’aime pas quand un homme en vient à me faire douter de moi. J’ai déjà connu ça avec mon ex-mari et il me semble que j’ai assez donné !

Elle venait de mettre les bras en croix et le fixait d’un regard noir. Son débit rapide ainsi que le tremblement de sa voix trahissait sa colère.

- je comprends, Blair. Laisse-moi juste …
- non, tu ne comprends pas. Tu n’as aucune idée de ce que ça fait de se faire rejeter ainsi, Manuel.
- je ne t’ai p …
- quand tu es parti, j’ai tourné et retourné une centaine de fois la question dans ma tête, repensé à chaque moment de notre soirée, pour savoir ce que j’avais bien pu dire ou faire de si horrible à tes yeux pour que tu …
- tu n’y es pour rien. C’est moi qui …
- oui, c’est toi ! Un peu que c’est toi ! Et le pire dans tout ça, c’est que j’étais loin de m’attendre à une telle réaction de ta part ! Je ne pouvais même pas la devancer parce que tu ne me laisses aucune chance de le faire ! Tu ne m’en laisses pas le droit ! Je ne te connais pas, Manuel ! Je ne te connais pas parce que tu refuses de me dire quoique ce soit sur toi ! C’est vrai que la carte de l’homme mystérieux, ça marche bien au début mais on s’en lasse vite, crois-moi ! Et quand monsieur daigne enfin se réveiller, il est trop tard et on est déjà passées au suivant !

La jeune femme avait sérieusement haussé la voix et presque tous les regards des invités venaient de se converger dans leur direction, ce qui mettait Danny très mal à l’aise.

- Blair … je t’en prie …calme-toi, dit-il, dans un murmure.
- ne me dis pas … ne me dis surtout pas ce que je dois faire.

La voix métallique, elle leva un doigt menaçant en sa direction et le fusilla du regard avant de rejoindre rapidement les toilettes pour dames. Un sourire crispé apparut aussitôt sur les lèvres du jeune agent alors que les invités le toisaient d’un regard compatissant.
Il comptait bien laisser au moins cinq minutes à sa furie préférée pour se calmer avant de la rejoindre, c’était plus sage. Il tenait encore à la vie, même si la majorité des souvenirs qui jalonnaient celle-ci lui échappaient toujours.

************

- BLAIR ! Hurla Danny.

Il frappait pour la énième fois à la porte des toilettes, toujours sans succès.

Like a river flows surely to the sea
Darling so it goes
Some things are meant to be
Take my hand, take my whole life too
For I can’t help falling in love with you

- BLAIR !

Pas de réponse. Il perdait patience.

- très bien … j’entre ! La prévint-il.

Joignant le geste à la parole, il se saisit alors de la poignée de porte et poussa la clenche.

- qu’est-ce que … qu’est-ce que tu fais là ?

Sa voisine se tenait devant l’évier, ses mains prenant appui de chaque côté de celui-ci.

- j’avais prévenu.
- ce sont les toilettes pour dames, je te signale ! Lâcha-t-elle, d’un ton peu avenant.
- je ne m’en irai pas avant de t’avoir tout expliqué.
- très bien, vas-y, je t’écoute ! L’invectiva-t-elle sèchement, un bras tendu vers lui. Si ça peut te faire partir plus tôt !

Le jeune agent fut pris de court. Maintenant qu’il avait toute son attention, il ne savait plus quoi dire.

- bravo, Manuel ! Ironisa-t-elle. C’était vraiment passionnant !

Elle accompagna sa remarque sarcastique en applaudissant le silence de Danny. Décidément, elle ne lui rendrait pas la tâche facile.

- je suis désolé.
- pas autant que moi.
- tu avais raison, pour tout ce que tu as dit.
- un peu que j’avais raison !

Son assurance le fit sourire. Elle restait sur ses positions et il aimait cela.

- si je ne t’ai rien raconté sur ma vie, c’est parce qu’il n’y a rien à en dire.

Il croisa le regard toujours aussi furieux de la jeune femme. Il avait le sentiment que ce n’est pas en restant aussi vague qu’il se ferait pardonner.

- ma vie a commencé il y a trois semaines, ajouta-t-il, quand les Brown m’ont accueilli chez eux.

Blair le toisa d’un œil inquisiteur. Visiblement, elle voulait en savoir en plus.

- c’est une longue histoire.
- j’ai tout mon temps.
- on est toujours dans les toilettes pour dames, je te signale, sourit-il.
- je sais, rétorqua-t-elle, mutine.

Voyant qu’elle ne comptait pas céder, il lui raconta toute l’histoire. À savoir dans quel état pitoyable Venus l’avait trouvé au bord de la route ce jour-là, tout ce que la famille Brown avait fait pour lui jusqu’à aujourd’hui, sans oublier leur visite respective au poste de police ainsi qu’à l’hôpital. Et bien sûr, il se confia également sur sa perte de mémoire.

- tu sais, tu aurais pu tout inventer pendant notre dîner.

Elle s’avança enfin de quelques pas vers lui et posa délicatement sa main sur le bras musclé du jeune agent.

- c’est facile de s’inventer un passé quand on veut fuir le sien, Manuel.
- je ne voulais pas te mentir. Pas à toi.

La voix suave et le ton sincère, Danny entoura le visage de Blair de ses deux mains puissantes avec douceur. Son regard à la fois pénétrant et intense la rendait toute chose en cet instant. Elle se sentait succomber petit à petit et ne pouvait que céder face à tant de désir … alors elle lui sauta au cou. Spontanément.
Elle le poussa contre le mur et dévora sa bouche avec envie. Elle sentit la surprise du jeune agent et fut soulagée lorsqu’il répondit à son baiser. Il était encore mieux que celui de l’autre soir. Il passa un bras musclé autour de sa taille. Leurs langues dansaient maintenant l’une avec l’autre. Il répondait vraiment, vraiment à son baiser cette fois et elle se demandait encore pourquoi elle n’avait pas fait le premier pas plus tôt. Elle mit fin à leur étreinte seulement quand le manque d’oxygène se fit sentir, ce n'était pas franchement le moment adéquat pour faire un malaise.

I don't wanna be a tiger
Cause tigers play too rough
I don't wanna be a lion
cause lions ain't the kind
You love enough.

Les lèvres de Danny se posaient maintenant sur son cou. Elle bascula légèrement la tête en arrière en fermant les yeux. Elle se sentait défaillir sous le poids de ses caresses. Il en sourit. Elle aimait ça. Elle aimait vraiment ça.
Elle sentit ensuite ses mains descendre le long de son dos, caressant le creux de ses reins du bout des doigts et dessinant avec sensualité le galbe de ses fesses.
Elle ne pouvait plus tenir et lui, non plus, d’ailleurs. Il sentait l’excitation monter, son membre se durcir peu à peu dans son pantalon. Il avait envie d’elle. Faim de son corps. Ici. Et maintenant.

Just wanna be, your teddy bear
Put a chain around my neck
And lead me anywhere
Oh let me be
Your teddy bear.

Il referma la porte des toilettes derrière eux et la fit immédiatement tourner sur elle-même afin de la plaquer contre le mur d’en face. Il n’attendit pas qu’elle le fasse de sa propre initiative. Ce soir, c’est lui qui menait la danse.
Il reprit aussitôt ses caresses là où il les avait laissées. Cette fois, il titilla ses lèvres du bout de sa langue avant de l’embrasser passionnément. Un baiser des plus fougueux. Elle le débarrassa ensuite de sa chemise. Un bouton après l’autre. Il appréciait de la voir faire. Son regard se voulait coquin, animal. Elle passa une main douce sur son torse chaud et bronzé. Elle jouait avec ses cheveux en pétard. Encore et toujours.
Il caressa alors tendrement sa joue du bout des doigts puis traça le contour de ses lèvres. Elle lui offrit le plus beau des sourires. Elle était entièrement à sa merci. Et il le savait.
Sa main passa de son torse à son boxer en quelques secondes. Elle s’attarda longuement sur l’objet de son désir. Il sentait son plaisir grimper. Sa respiration se faisait de plus en plus rapide et bruyante. Ses grognements étaient sourds. Une nouvelle vague de plaisir le submergea.

Baby let me be, around you every night
Run your fingers through my hair,
And cuddle me real tight

Il glissa ses mains expertes sous la robe à la fois courte et sexy de Blair et finit par se frayer un chemin jusqu’à sa petite culotte, jouant avec l'élastique de cette dernière. Elle commença à se balancer doucement. Il appréciait le geste. Ses doigts s’agitèrent alors de plus en plus vite et son bassin avait suivi la cadence. Des ondes de chaleur lui envahirent tout le corps. Le savoir-faire de Danny lui arracha même de petits cris. Elle le voulait en elle. Et elle l’incitait maintenant à venir.
Il lui agrippa alors les hanches, sentant que Blair venait se coller de plus en plus avidement contre son érection. N’y tenant plus, il lui souleva une jambe avant de pénétrer avidement en elle.
Il tenait ses poignets de chaque côté de sa tête. Ils étaient tous les deux à bout de souffle, se donnant l’un à l’autre, sans aucune retenue. Ses va-et-vient étaient puissants et réguliers. Il contrôlait chaque coup de rein, ses cuisses avaient agrippé le contour de ses hanches. Il la soutenait maintenant par les fesses. Son dos tout plein de sueur collait au mur. Des gouttes perlaient aussi sur son torse brûlant de désir.
Il accéléra encore le rythme et elle s’accrocha à son dos musclé de toutes ses forces. Leur jouissance n’était plus très loin. Ils échangèrent un long regard. Totalement perdus dans les yeux l’un de l’autre, se donnant du plaisir mutuellement.

**************

« question à 8000 dollars maintenant. En 1984, Willie Nelson interprète la chanson "to all the girls I’ve loved before" en duo avec A) Lionel Richie B) Kenny Rogers C) Luther Vandross D) Julio Iglesias.»

Lovés dans les bras l’un de l’autre sur le divan, Danny et Blair suivaient avec plus ou moins d’attention l’émission de jeu télévisé qui défilait sur l’écran.

- je dirais Julio Iglesias. Et toi, bébé ?
- …
- Blair ? Insista Danny.
- mmmmh ?

La jeune femme tourna enfin la tête en sa direction, en haussant un sourcil au passage. Apparemment, il venait de la faire sortir de sa rêverie.

- un penny pour tes pensées.
- je me disais que t’étais peut-être un millionnaire qui s’ignore, dit-elle, tout sourire.
- ou un serial killer, qui sait ? Plaisanta-t-il, à son tour.
- tu devrais peut-être aller voir un voyant.
- ils prédisent l’avenir, ma belle. Pas le passé.
- dans ce cas, un hypnotiseur.
- tu regardes trop d’émissions télés, rétorqua-t-il, l’air moqueur.

Faussement vexée par sa remarque, Blair déposa une petite tape sur l’épaule de son facétieux amant avant d’apporter de l’eau à son moulin.

- je suis sérieuse, Manuel. Mon ancien voisin a hypnotisé mon mari sous mes yeux alors qu’il est aussi épais qu’un cure-dent. Notre voisin pesait presque le double mais quand il s’est assis sur lui, le cure-dent n’a rien senti et n’a pas bougé un cil.
- et tu penses que c’est ça qui va m’aider à retrouver la mémoire ?
- mais non ! Je dis seulement que j’y crois ! Il faut que tu essaies de te replonger dans ton passé. Ça pourrait t’aider.
- je ne sais pas. Peut-être bien.

Le visage de Danny se rembrunit aussitôt. Ce sujet le mettait toujours aussi mal à l’aise. Il avait peur des conséquences qui en découleraient. Autant en cas d’échec, que de réussite.

- tu n’ as pas l’air convaincu.

Blair l’invita silencieusement à se confier en prenant son menton entre ses doigts et en le forçant à la fixer droit dans les yeux.

- c’est juste que … je ne suis plus certain d’en avoir envie … de tout savoir. Je me sens bien comme ça. J'ai tout ce qu'il me faut ici.

Elle savait que le compliment lui était destiné et en fut touchée. Un sourire timide passa sur ses lèvres puis elle déposa un furtif baiser sur la bouche de Danny avant de reporter toute son attention au déroulement de ce célèbre jeu télé.
Son voisin en fit de même, en revanche, son esprit se mit à vagabonder seulement quelques secondes plus tard. Bien que Danny désirait plus que tout savoir qui il était vraiment, il en avait assez de se faire de faux espoirs. Voilà presque un mois qu’il avait atterri à Houston, et il n’avait toujours obtenu aucun renseignement sur sa vie passée. Absolument rien de concret sur sa véritable identité. S’il était franc avec lui-même, il devait admettre qu’il en était arrivé au point où il ne voulait plus quitter cette ville. Pas après sa formidable rencontre avec la famille Brown et ce tout nouvel élan que lui apportait sa relation avec Blair. Mais il savait qu’on ne pouvait pas échapper à son passé bien longtemps. Quoiqu’on fasse, il nous rattrape tous un jour ou l’autre.

- allô ?

La sonnerie de son téléphone portable le fit sursauter du canapé et il décrocha en urgence.

- salut, mon coco.
- Hailey, dit-il, dans un soupir agacé.
- mmmh … quelle voix sexy … qu’est-ce que tu portes ?
- qu’est-ce que tu veux ?
- avoir un seul enfant de toi …
- bye !
- nan, attends ! Devine où j’suis ?
- je n’ai pas le temps de jouer à ça.
- allez, devine !
- dans un club échangiste ? Plaisanta-t-il.
- naaaan, j’reviens de chez mon psy là et t’sais ce qu’il a osé m’sortir cet idiot ? Tu sais quoi ?
- non. Écoute, Hailey, je …
- y m’sort que j’souffre d’anxiété réactionnelle ! Nan, mais tu l’crois ça ? Alors histoire de me détendre, parce qu’il m’avait bien mis les nerfs, j’suis allée faire un tour vite fait en ville et du coup, j’me suis fait un petit plez'. Nan, en fait deux p‘tits plez',mais c’est pas ce qu’tu crois. J’me suis fait faire un percing à l’arcade et quand j’suis passée devant l’animalerie de mon quartier, j’ai pas pu résister devant un cochon d’Inde trop chou. Même qu’à un moment, j’savais pu où était sa tête ou son cul, le délire ! Je l’ai appelé Yume, ça veut d…
- Hailey …
- ça veut dire rêve en japonais. Par contre, pour le tatouage que j’ t’avais promis, je crois que ..
- Hailey, je …
- je crois que ce sera sur la fesse gauche, parce que je suis tombée dans la douche ce matin, c’qui fait que …
- Hailey, je raccroche.
- j’ai un gros hématome sur la fesse droite, tu verrais ça ! Et en plus, ça fait un putain de mal de chien ! T’imagines même pas ! Allô ? T’es toujours là, mon coco ?

Le sourire aux lèvres, Danny posa son portable sur la table basse du salon de Blair qui le regardait d’un air amusé.

- laisse-moi deviner. C’était Hailey.
- en personne. Elle m’appelle tous les soirs durant le week-end pour me raconter sa journée.
- Brennan fait pareil. Il rentre demain de chez son père … quoi ? Pourquoi tu souris comme ça ?
- je me disais que ça pourrait être sympa si vous veniez manger chez les Brown demain soir. Venus serait ravie de te voir et je suis sûr que BJ et lui s’amuseraient bien tous les deux.
- je ne crois pas que ce soit une bonne idée, lâcha-t-elle, sans tarder.
- tu sais que ça me ferait très plaisir de rencontrer ton fils.
- je sais, Manuel, je sais mais … il a déjà du mal à accepter la situation avec son père, je ne pense pas … enfin, je préfère lui laisser un peu plus de temps, tu comprends ?
- d’accord.

La jeune femme voyait bien que Danny ne pensait pas un mot de ce qu’il disait et qu’il semblait plutôt contrarié par ce refus.

- hey … ça n’a rien à voir avec toi, ok ?

Elle se serra encore plus contre lui et put lire un sentiment de soulagement immédiat sur le visage de son amant.

- viens déjeuner chez nous dans ce cas. Et tu dîneras le soir avec lui.

Blair semblait toujours indécise mais Danny ne comptait pas céder aussi facilement. Il voulait que les Brown voit quelle femme exceptionnelle elle était.

- allez, tu as dit toi-même que tu n’aimais pas manger seule.

Il lui faisait à présent les yeux doux et Blair peinait à rester de marbre.

« Kenny Rogers. La réponse B. C’est mon dernier mot. »

Danny jeta un rapide coup d’œil à l’écran de télévision. Il avait trouvé la solution idéale.

- si j’ai la bonne réponse, tu viens.
- tu es sûr de toi, hein ?

Il ne l’était pas du tout mais fit comme si.

- alors ?

Blair céda enfin et cette fois, totalement concentrés par ce qui se passait sur l’écran de télévision, Danny et la jeune femme vit la lumière orange sélectionner la réponse B et après quelques secondes, la lumière verte confirma la réponse D pour le grand plaisir du jeune agent et au grand dam du malheureux candidat qui retomba au palier des 1000 dollars et quitta le jeu, le visage complètement dépité. Danny ne put réprimer un sourire à cet instant. Il l’avait gagné son rendez-vous en famille !

**************

- bande d’abrutis ! S’exclama BJ, tout sourire.
- ne fais pas attention à lui, il nous fait le coup à chaque fois. Ça équivaut à un bienvenue dans son langage, plaisanta Danny, en posant délicatement sa main sur celle de Blair.

Ils échangèrent un nouveau sourire complice. Rien qu’à leurs œillades incessantes durant le début du déjeuner et cette lueur dans les yeux de Manny, Venus devinait qu’il était bel et bien tombé amoureux de leur chère voisine.

- t’as vu, j’ai pu mes amygdales ?

Joignant le geste à la parole, BJ approcha son visage de celui de Blair et ouvrit la bouche en grand, très très grand.

- BJ, on est entrain de manger, lui rappela Venus.
- mais je lui montre justeUUU !
- écoute, ce que ta mère te dit, intervint Ben dans la conversation.

En entendant le ton ferme employé par son père, l’enfant reprit sa fourchette en main, la mine boudeuse. Blair le fixa avec insistance, un sourire attendri passa sur ses lèvres au même moment.

- tout va bien ? Demanda Danny, l’air soucieux.
- oui, mon fils me manque, c’est tout.
- Manuel m’a dit que Brennan faisait du judo, c’est bien ça ?
- oui, ça va faire deux ans bientôt, répondit Blair à la question de Venus.
- il est quelle ceinture ? L’interrogea le père de BJ.
- ceinture blanche avec deux bandes horizontales jaune. C’est un sport où il peut se dépenser. Depuis qu’il est inscrit, je le trouve beaucoup moins agité.
- faudra que vous me donniez l’adresse, plaisanta Venus.

Les rires se mirent à fuser dans toute la salle à manger et tous les regards convergèrent au même moment vers BJ qui toisa sa mère d’un air sceptique.

- quoi ?
- rien, répondit innocemment sa mère. Mange, ça va être froid.

L’enfant s’exécuta et porta une nouvelle fois sa fourchette à sa bouche. Il s’amusait maintenant à faire sortir de la purée entre ses dents et à sourire aux invités, au lieu de manger.

- BJ, souffla Venus, dans un soupir d’exaspération.

La sonnerie du téléphone portable de Danny se fit entendre dans toute la pièce au même moment et le jeune agent coupa ce dernier aussitôt.

- laisse-moi deviner, entama Blair. C’était encore Hailey qui voulait te parler de Yume ?

Danny n’eut même pas le temps de lui répondre par l’affirmative que BJ prit la parole à son tour.

- c’est qui Yume ?
- un cochon d’Inde, répondit le jeune agent.
- elle s’est achetée un cochon d’Inde ? Je l’ignorais, avoua Ben.
- attends, lundi, au bureau, tu n’y échap…
- ben Desmond y l’a un lapin nain. Y s’appelle Godizlla.
- ce ne serait pas Godzilla plutôt ?
- ben c’est c’que j’ai dit ! Lâcha BJ, d’un ton peu avenant, ne supportant pas que Blair le corrige. Moi aussi, j’en voudrais un mais maman elle veut pas.
- papa non plus, ajouta Venus.
- après le saint-bernard, c’est le lapin nain et la semaine prochaine, ce sera autre chose, expliqua calmement Ben. Je me souviens que mes parents m’avaient offert un poisson rouge quand j’avais dix ans et …
- et ça t’a fendu le cœur quand tu as dû t’en séparer, le coupa sa femme. On connaît tous l’histoire, chéri, ça fait cinquante fois que tu la racontes.
- peut-être mais je suis sûr que Blair aimerait l’entendre.
- j’en serais ravie, affirma poliment l’intéressée.

Monsieur Brown s’apprêtait ainsi à raconter à nouveau sa fameuse histoire de poisson rouge lorsqu’il vit son fils profiter de l’occasion pour se lever de table.

- où tu vas ?
- chercher la feuille du lapin où y a marqué tout c’qui faut faire dessus.
- on verra ça plus tard. Pour l’instant, c’est ici que ça se passe.

Ben pointa la table du doigt et l’enfant confronta son père du regard un instant avant de baisser les yeux et de regagner sagement sa place. Monsieur Brown n’avait pas besoin d’élever la voix pour que son fils lui obéisse, tout se trouvait dans le ton qu’il employait.

- allez, termine ton assiette, mon ange. Tu nous montreras ta feuille après, sourit Venus.
- promis ?
- c’est promis, répondit Ben.

Leur déjeuner fut des plus savoureux et agréables. Tous avaient soigneusement évité les sujets sensibles comme la séparation de Blair d’avec son mari ou la perte de mémoire de Danny. Ce dernier n’avait donné aucune consigne particulière aux Brown, il savait qu’ils avaient pour habitude de réserver un accueil chaleureux à tous leurs invités.

- je peux ? Demanda Blair, d’un ton peu assuré.

Venus hocha la tête et sa tasse de café fumant devant elle, la jeune femme s’alluma une cigarette. BJ rejoignit la salle à manger au même moment, le sourire aux lèvres et sa fameuse liste dans la main.

- fais voir, bonhomme.

L’enfant passa sa feuille de papier à Danny de bon cœur, et ce dernier la lut avec attention.

- et bien, on peut dire que c’est complet. Mâle ou femelle ? Quelle cage choisir ? Comment le nourrir ? Mange-t-il ses crottes ?
- son copain a dû la photocopier d’un site spécialisé sur Internet, supposa Blair.
- pose moi une question ! Vas-y !
- d’accord, sourit Danny, en voyant l’enthousiasme du gamin. Alors, pour commencer, vaut mieux prendre un mâle ou une femelle ?
- femelle ! Les mâles sont plus agités et … et caractériels à leur maturité sexuelle.

Venus manqua de s’étouffer avec son verre de vin.

- tu as appris la liste par cœur ?
- ouais ! Répondit fièrement BJ à sa mère.

La fin de leur déjeuner se déroula dans cette même ambiance bon enfant jusqu’à ce que Blair ne regagne ses quartiers en fin d’après-midi pour dîner avec son fils comme prévu. Quant à Danny, il était heureux d’avoir pu présenter Blair à sa famille, cette femme exceptionnelle qui avait réussi à voler son cœur.

- bonne nuit, Manny.
- bonne nuit.

La nuit venait de tomber sur Houston. BJ était déjà dans les bras de Morphée et après un nouveau dîner en famille, monsieur Brown s’apprêtait à rejoindre son lit à son tour. Une nouvelle journée éreintante l’attendait au chantier.

- tu viens ?
- je te rejoins dans cinq minutes, répondit Venus.

Elle déposa un furtif baiser sur la bouche de son mari puis le vit quitter la cuisine en baillant. Danny se réjouissait de la voir rester quelques instants. Il adorait leur discussion en tête-à-tête jusque tard dans la nuit. Venus avait toujours des choses intéressantes à raconter et elle faisait preuve d’une honnêteté à toute épreuve.

- et dire qu’il aura fallu que tu entres dans notre vie pour la connaître mieux. Le hasard fait bien les choses.

Venus esquissa un léger sourire amusé puis avala une nouvelle gorgée de sa tisane. Pendant ce temps, Danny jouait nerveusement avec le briquet que Blair avait oublié dans l’après-midi, en le faisant tourner entre ses doigts.

- vous devriez organiser une tournée des voisins avec Ben, plaisanta-t-il.
- il va être ravi ! C’est tout à fait son genre !
- ça peut être amusant.
- fais attention, je lui dirais que c’est ton idée !

Venus leva un doigt menaçant en direction du jeune agent, ce qui le fit sourire de plus belle.

- je plaide coupable.

Danny reposa le briquet de Blair sur la table de la cuisine, juste à côté de son paquet de cigarettes et posa sa main sur son cœur. Venus trouvait son expression vraiment adorable, et ses yeux, digne d’un vrai regard de cocker.

- merci pour ce déjeuner, et votre accueil.
- ça n'avait rien d'une corvée. Blair est une femme bien. Elle m’a l’air d’avoir la tête sur les épaules.
- elle l'a. Ça compte beaucoup pour moi que toute la famille l’apprécie.
- c'est le cas. Nous l’aimons déjà beaucoup.

Le silence s’installa dans la pièce. Danny semblait ému par les derniers propos de la mère de BJ.

- alors, dis-m'en plus, ça semble bien se passer entre vous, dit-elle, avec entrain.
- c’est vrai. Ça se passe très bien.

Il lui offrit son plus beau sourire. Il avait l'air sur un petit nuage.

- je suis contente de l’entendre.
- mais ?

Il haussa un sourcil en direction de Venus. Il la connaissait bien. Elle ne lui disait pas tout ce qu’elle avait sur le cœur et ils avaient pris l’habitude de discuter de tout, à cœur ouvert.

- je ne voudrais pas que tu souffres de la situation, c’est tout.
- pourquoi est-ce que j’en souffrirai ? Tout va très bien entre nous, Venus. Je t’assure.
- et j’espère que ça va continuer encore longtemps ainsi. Mais est-ce que tu as déjà réfléchi à ce qui se passera quand viendra le jour de repartir là d’où tu viens ?

Danny fronça immédiatement les sourcils. Est-ce qu’elle attendait son départ avec autant d’impatience que ça ? Venus balaya aussitôt ses doutes en posant délicatement sa main sur l’avant-bras du jeune homme et en lui parlant avec douceur.

- ce n’est pas ce que je voulais dire, Manny. Tu sais que tu es ici comme chez toi et ce sera le cas aussi longtemps que tu en auras besoin. Rien que de penser au jour où …

Sa voix se brisa sous le coup de l’émotion. Elle n’arrivait pas à envisager son départ prochain, même si elle avait conscience que ce jour arriverait forcément.

- je sais, Viv. Et j’aviserai à ce moment-là.
- Viv ? S’étonna Venus. Tu m’as appelé, Viv. Tu connais quelqu’un qui s’appelle comme ça ? Ou Vivian ? Ou Viviana peut-être ?
- non … enfin, je ne crois pas.

Danny était déstabilisé par ce nouveau prénom qui était sorti de sa bouche sans qu’il ne s’en rende compte. Il avait pensé à Venus et pourtant, ce n’est pas son nom qu’il avait dit.

- réfléchis bien, Manny. C’est important. Si elle n’est pas d’ici, c’est sûrement une personne qui appartient à ton passé.

Le jeune agent ferma les yeux un instant, en essayant tant bien que mal de rassembler ses pensées. En vain. C’était le trou noir. Encore et toujours.

- Manny ?

Il ouvrit les yeux et trouva Venus debout devant lui. Il lui répondit par la négative, déçu par lui-même.

- je ne vois pas. Désolé.

Cette situation le frustrait de plus en plus et Venus s’en rendait bien compte.

- tu n’as pas à t’excuser. C’est pas grave.

Elle posa une main réconfortante sur l’épaule du jeune homme et le rassura avec douceur.

- ne te mets pas la pression, ça viendra tout seul.

La mère de BJ lui souhaita ensuite de passer une bonne nuit avant de s’éclipser. Le jeune agent resta seul jusque tard dans la nuit, à ruminer ses pensées. Il était nerveux et s’était saisi du paquet de cigarettes de Blair qui traînait sur la table avant de fumer plusieurs cigarettes. Une fois, le cendrier vidé dans la poubelle, il monta les escaliers jusqu’à sa chambre et alla se coucher. Encore une fois, c’est Venus qui avait raison. Il devait prendre son temps, même s’il estimait qu’il en avait déjà assez perdu comme ça.

************

Blackout (partie 4)

Publié le 23/02/2010 à 00:12 par danieletbetty
Sa gorge était sèche. Son ventre criait famine. Sa chemise entrouverte était couverte de sang. Son sang.
Il ressentait un très fort engourdissement dans les deux bras. Ses pieds ne touchaient presque plus terre. Il était suspendu par une corde attachée au plafond. Des cernes lui mangeaient tout le visage. Il peinait à garder les yeux ouverts.
Sa joue droite était maintenant brûlante. Une chaussure en cuir dur venait de le heurter violemment. En plein visage.

- HÉ ! C’est pas l’heure de pioncer, chico !

C’est comme si son bourreau n’avait pas de visage. Mais il avait l’accent hispanique. Le jeune agent en mettrait sa main à coup … non, ça pourrait encore lui donner des idées.
Il s’approcha de lui. Danny se recroquevilla sur lui-même. Il en avait assez. Il voudrait déjà en finir. Mais pas son tortionnaire. Il avait le sourire aux lèvres. Un sourire sadique.
Sa main s’insinua dans les cheveux de sa victime sans douceur. Il les lui tira avec férocité et l’obligea à le regarder. Le jeune agent n’avait plus la force de lutter. Il soutint le regard hautain de son persécuteur. Mais le sien était vide à présent.

- JIANGXI !

Danny reconnut l’homme en costard cravate noir qui venait d’entrer. C’était « le chinois ». En personne. Il posa sa mallette noire sur la table qui se trouvait au centre de la pièce plongée dans l’obscurité. Est-ce qu’il allait appliquer du sel sur ses plaies ouvertes ? Non. Aujourd’hui, c’était le versé de baril d’eau glacée qui était au programme.
Cinq, quatre, trois, deux, un … Danny tremblait. Le froid s'insinua le long de son corps. Son esprit préféra s’évader. Il atterrit dans un désert africain. Le jeune agent se répétait qu’il avait chaud. Mais il frissonnait toujours.
Des manches de pioche, plusieurs matraques en caoutchouc. Le chinois exposait fièrement son attirail sur la table. Tout se trouvait dans l’élégance de son geste. Son visage ne laissait transparaître aucune émotion.
Son dos, ses hanches, ses jambes. Le chinois frappait fort. Les perles d’eau glacée se mélangeaient aux larmes du jeune agent. Le chinois frappait très fort. La respiration de Danny se coupa. Il suffoquait.
Cette sensation d'étouffement, d’écrasement de sa trachée ne le quittait plus. Il se réveilla en sursaut, la bouche ouverte, peinant à reprendre son souffle. Le retour à la réalité fut rude et éprouvant. Cette scène effroyable lui avait semblée tellement réelle pourtant.
Il passa ses mains sur son visage histoire de rassembler ses pensées et de se calmer, essuyant au passage les quelques perles de sueur sur son front mouillé. Il sentait encore son cœur cogner fort dans sa poitrine.
Tout irait bien, se répéta-t-il comme pour s’en assurer. Il se trouvait en sécurité dans la chambre de Blair, sans aucun chinois à l’horizon. Juste une superbe brunette à ses côtés. Mais à sa plus grande surprise, il remarqua la place laissée vide à côté de lui.
Sa bouche était sèche. Il lui fallait un verre. D’urgence. Il quitta le lit de sa compagne puis en prenant le chemin de la cuisine, il tomba nez à nez dans le couloir avec Blair, qui ne put retenir un air étonné sur son visage.

- Manuel !
- hey … ça va ?

Danny frotta délicatement le bras de sa compagne. Elle tremblait. Ses yeux étaient gonflés, comme si elle venait de pleurer toutes les larmes de son corps.

- très bien, oui, répondit-elle, entre deux reniflements.

Il n’en croyait pas un mot. Elle était peu convaincante et avait l’air bouleversé.

- qu’est-ce qui se passe, bébé ?
- rien, je te dis. Je vais me recoucher.

En prenant bien soin de fuir son regard, elle déposa un furtif baiser sur le torse nu de Danny et regagna la chambre. Les sourcils froncés et l’œil inquisiteur, le jeune agent se demandait ce que sa compagne pouvait bien lui cacher.
La pièce qui se trouvait derrière son dos et d’où il avait entraperçu Blair sortir, attira son attention. Piqué dans sa curiosité, il poussa la poignée mais la porte était fermée à clef. La seule de tout l’appartement de sa voisine à part celle de l’entrée. Ça ne faisait aucun doute. Il y avait quelque chose qu'elle ne lui disait pas. Et il comptait bien lever le voile sur ce mystère. Dès demain.

*************

Danny avait eu un mal de chien à fermer l’œil après son affreux cauchemar de la veille. Ce fut aussi le cas de Blair qui n’avait réussi à trouver le sommeil que très tard ce vendredi soir. Il l’avait sentie s’agiter à plusieurs reprises à ses côtés et lui donner même quelques coups de pieds tout en marmonnant des phrases incompréhensibles. Une charmante nuit en somme.
Le jeune agent fit irruption le lendemain matin dans le salon de Blair sous les coups de sept heures et ne put réprimer un sourire lorsqu’il retrouva sa compagne assise en peignoir sur le canapé.

- qu’est-ce que tu regardes ?

Elle ne l’avait pas entendu venir et éteignit rapidement la télévision alors que Danny s’essuyait encore les yeux et finit par s’installer tranquillement à ses côtés sur le divan. Il l’embrassa tendrement sur la tempe et la fixait maintenant d’un œil coquin.

- c’est un porno ? Plaisanta-t-il.
- gagné !

Elle se força à sourire alors qu’elle n’avait franchement pas le cœur à ça. Pas après ce qu’elle avait vu sur cet écran. Elle ne supporterait pas de le perdre. Pas lui. La télécommande toujours dans la poche de son peignoir, Blair se leva avec hâte afin de rejoindre la cuisine, priant pour que Danny en fasse de même au lieu de rallumer la télévision. Heureusement pour elle, il la suivit sagement. Il ne fallait pas qu’il sache. Elle refusait qu’il reparte loin de cette ville, loin d’elle.

- café ? Lui proposa-t-elle, tentant de faire abstraction des images qu’elle venait de voir.

Le jeune agent hocha la tête et elle lui servit une tasse du précieux liquide alors qu’il prenait place à table.

- bien dormi ?
- comme un bébé. Et toi ?
- pareil, répondit-elle, d’un air peu convaincant.
- vraiment ? S’étonna Danny, alors qu’elle s’installait en face de lui. Ce n’est pas ce que disent les bleus sur mes jambes.

Il se leva, toujours en boxer et tee-shirt à manches et Blair put ainsi voir qu’il disait vrai.

- c’est moi qui t’ait fait ça ? Lâcha-t-elle, surprise.

Il fit oui de la tête, un léger sourire en coin passant sur ses lèvres au même moment.

- désolée, bébé.
- j’en ai vu d’autres, tu sais.

Il balaya ses excuses d’un revers de la main et reprit place à table.

- ça va mieux ?

Il posa délicatement sa main sur celle de sa compagne, qui la retira tout de suite pour porter sa tasse de café à ses lèvres.

- pourquoi, mieux ?
- hier soir. Tu n’avais pas l’air bien.
- c’est rien, dit-elle, en fuyant son regard.

Il sentait que ça n’allait pas être chose aisée de lui faire avouer le problème. Mais il n’allait pas renoncer aussi facilement.

- qu’est-ce qu’il y a dans la pièce du fond ?
- comment ça ? Quelle pièce ? Demanda-t-elle, innocemment.
- j’ai essayé de l’ouvrir, elle est fermée à clef.
- quoi ? Faut pas te gêner surtout ! Fais comme chez toi !
- je voulais savoir ce qui avait pu te mettre dans un état pareil ! Excuse-moi de m’inquiéter pour toi !

Elle semblait aussi surprise que lui qu’ils aient haussé le ton l’un après l’autre et se radoucit aussitôt.

- désolée. Je suis désolée. Bien sûr, tu es comme chez toi ici.
- dans ce cas, dis-moi ce qu’il y a dans cette pièce, Blair.
- c’est une pièce rien qu’à moi.
- tu as toute la maison pour toi, sourit-il.
- tu sais ce que je veux dire. Il me faut un endroit pour me ressourcer, où je peux faire le vide si besoin. Tu comprends ?

Son ton se voulait des plus doux. Elle venait de prendre la main de Danny et le fixait droit dans les yeux.

- ça a l’air de marcher, ironisa-t-il.
- ça fait du bien de pleurer parfois.
- sur quoi ? Pleurer sur quoi ?

Elle lâcha sa main, visiblement agacée qu’il insiste sur le sujet.

- est-ce qu’il y a quelque chose que tu ne me dis pas, ma puce ? Je peux tout entendre, tu sais.

Il vit l’émotion la gagner petit à petit et les larmes perler au coin de ses yeux. Le silence s’installa dans la pièce jusqu’à ce que la sonnerie de son téléphone portable ne la fasse sursauter.

- c’est un client potentiel. Je dois répondre.

Elle décrocha et Danny se mit à soupirer, frustré d’avoir été si près du but sans pour autant réussir à l’atteindre. Elle se tenait debout devant l’évier et il lui fit signe qu’il se servait dans son paquet de cigarettes. Ce n’était pas vraiment le samedi matin idéal qu’il avait imaginé. Loin de là.

************

Comme chaque samedi matin chez les Brown, Ben était confortablement installé dans son fauteuil pour regarder son émission sportive favorite à la télévision. Et comme à son habitude, à chaque coupure pub, il se saisissait de sa télécommande pour zapper sur toutes les chaînes.

- VENUS ! VIENS VOIR ! VITE !

Se levant brusquement de son siège, il s’était arrêté en particulier sur la chaîne locale new-yorkaise où la photo d’un homme qui apparaissait plein écran avait retenu toute son attention. Un avis de recherche ainsi qu’une bande avec un numéro de téléphone défilait continuellement en bas de l’écran.
La voix rauque de monsieur Brown se faisant entendre jusque dans la cuisine, Venus se précipita en urgence pour le rejoindre. Elle haussa un sourcil en direction de son mari puis le vit pointer le téléviseur du doigt en retour.
La mère de BJ n’en croyait pas ses yeux et compatissait à la détresse de cette jeune femme bouleversée qui était entrain de parler de son mari, face caméra. Les yeux embués de larmes et la voix tremblante, elle priait les ravisseurs du père de ses enfants, de lui laisser la vie sauve. Elle vivait un enfer. Un véritable enfer depuis trois mois bientôt.
Plusieurs photos de famille accompagnaient son poignant appel. Celle de la dernière née du couple, ainsi qu’un joli portrait où leur cher Manny, portait son petit garçon dans les bras et tenait sa femme par la taille alors que deux adolescents posaient à côté d’eux, le sourire aux lèvres.

- Vite, chéri ! Note le numéro ! Vite ! Vite ! Vite !

Monsieur Brown s’empara ainsi d’un bout de papier et d’un stylo juste à temps avant que le programme habituel de la chaîne ne se substitue à cet appel à témoins. Émue jusqu’aux larmes, Venus posa ses deux mains sur son visage, essayant tant bien que mal de se donner une contenance.

- je vais le prévenir !

Elle ne tenait plus en place et après avoir arraché le bout de papier en question des mains de son mari, elle se dirigea avec précipitation vers l’entrée dans l’intention de frapper à la porte de leur voisine, lorsqu’elle sentit la main de ce dernier se poser sur son bras.

- il est encore tôt.
- tu as raison. J’irais lui donner cette après-midi. Je vais appeler ce numéro en attendant !
- chérie, c’est à lui de prendre cette décision.
- de quelle décision tu parles ? Tu l’as entendu comme moi, ça fait trois mois, Ben ! Trois mois ! Ses enfants ne savent même pas s’il est vivant ! Je dois prévenir sa femme ! Si j’étais à sa place, je voudrais savoir !

Il était quasiment impossible de faire changer Venus Brown d’avis quand elle avait cet air décidé et qu’elle employait ce ton. Ben ne pipa plus mot et son épouse se saisit ainsi du téléphone sans fil de la maison, composa le numéro tout en se mordillant nerveusement la lèvre inférieure.

- allô, bonjour, je ...
- Bureau Fédéral d'Investigation de New York. Que puis-je faire pour vous madame ?
- c’est le FBI ! Chuchota Venus à son mari, l’air totalement paniqué.
- madame ? Vous êtes toujours là ?

Ben lui donna un léger coup de coude pour lui rappeler qu’elle était en ligne.

- heu … oui. Désolée. Je … je viens de voir votre avis de recherche sur la chaîne locale et j’aurais des informations à vous d…
- ne quittez pas, je vous transfère au service des personnes disparues.

Venus se mit à soupirer alors que son mari haussa un sourcil en sa direction.

- alors ? Demanda-t-il, dans un murmure.
- ils m’ont mise en attente. Ça fait trois mois qu’un petit garçon attend désespérément que son père rentre à la maison, et eux, qu’est-ce qu’ils font ? Ils me mettent en attente ! Tu le crois, ça ? C’est vraiment le monde à l’envers !
- du calme, chérie. Calme-toi.

Monsieur Brown esquissa un sourire crispé en voyant la nervosité de sa femme. Il savait qu’elle avait du mal à gérer la situation et le futur départ de son petit protégé mais elle se contentait de faire ce qu’il fallait. Comme toujours.
Il la voyait s’impatienter de plus en plus au bout du fil et tapoter avec ses doigts sur le radiateur du salon jusqu’à ce qu’une voix masculine se fasse enfin entendre en ligne. Cet homme se présenta comme l’agent Malone.

************

Ils avaient vraiment passé une charmante soirée dans ce restaurant grec, abordant chaque sujet avec légèreté, aucun d’entre eux n’ayant osé faire référence à leur légère brouille de la matinée. Par ailleurs, Danny s’était promis à lui-même de ne pas brusquer Blair et d’attendre patiemment qu’elle se confie à lui, de sa propre initiative.
Leur dîner avait été des plus savoureux. Le jeune agent s’était même découvert une passion inattendue pour le giros et avait appris en même temps que celle de Brennan concernait tout ce qui avait attrait au monde des mammifères marins. Blair lui avait ainsi raconté avec enthousiasme, leur visite de l’été dernier, dans un Marineland au Canada. Elle gardait d’ailleurs précieusement dans son sac à mains, une photo de cette petite tête blonde totalement émerveillée à l’idée de découvrir ce parc thématique. Danny avait tout de suite remarqué que Brennan avait des yeux émeraudes d’un vert intense, aussi beaux que ceux de sa mère.

- tu sais quoi, bébé ?
- non, mais tu vas me le dire.
- j’ai encore faim, avoua Blair, se voulant charmeuse.

De retour à la maison, elle le dévorait du regard, lui laissant tout deviner, de ce qu’elle attendait de lui à présent. Danny comprit clairement le message lorsqu’il sentit la bouche de la jeune femme s’arrêter à la base de son cou et y tracer de nombreux petits baisers. Il vint mordiller légèrement son oreille en retour. Il la sentait frissonner par anticipation à chacun de ses gestes. Les yeux fermés, elle se délectait de ses baisers doux et tendres, de sa lenteur, de ses frôlements du bout de ses lèvres. Elle passa ensuite ses mains autour de son cou puis ouvrit quelques boutons de sa chemise noire afin de caresser son torse chaud et bronzé.

They tell you where you need to go
They tell you when you'll need to leave
They tell you what you need to know
They tell you who you need to be

Elle sentait ses baisers s’approfondir de plus belle. Il ne quittait plus sa taille, l’encerclant fermement de ses mains si habiles. Et elle n’allait pas l’arrêter en si bon chemin. Non, surtout pas. Alors qu’il titillait allègrement son mamelon droit comme il l’avait fait précédemment avec le gauche, se débarrassant habilement au passage du soutien-gorge en dentelle rouge qui le gênait tant.

But everything inside you knows
There's more than what you've heard
There's so much more than empty conversations
Filled with empty words

Appuyée maintenant tout contre lui, de dos, et son ventre faisant face à la table de la cuisine, elle sentit les mains de son amant se diriger vers le dessous de sa robe et la releva légèrement pour qu’elles se fassent chercheuses. Il baissa ensuite lui-même la glissière de cette dernière. Lentement. Pour faire durer le plaisir. Comme un jeu.

- viens, dit Blair, dans cette voix murmurée que Danny trouvait si sexy.

Il ne se fit pas prier plus longtemps et faufila enfin sa main dans la culotte de la jeune femme. Pour son plus grand plaisir. Ses joues devenaient de plus en plus brûlantes. N’y tenant plus, elle leva les poignets de chaque côté du cou de son homme, lui hurlant de continuer ainsi. Elle étouffa même un cri, la tête penchée en arrière pendant qu’il malaxait à profusion sa poitrine.

And you're on fire
When he's near you
You're on fire
When he speaks
You're on fire
Burning at these mysteries

Il se mit ensuite à genoux au sol, multipliant ses caresses pendant qu’il descendait en même temps d’un œil gourmand, sa culotte jusqu’aux chevilles de la jeune femme. Il alternait les tendres baisers sur son bas-ventre jusqu’aux va-et-vient incessants de sa langue dans son intimité. Elle recula ensuite. Prenant appui sur la table et s’accrochant à chacune de ses extrémités, elle sentait son plaisir grimper au fur et à mesure que les doigts de son homme s’activaient en elle.

Give me one more time around
Give me one more chance to see
Give me everything you are
Give me one more chance to be... near you

Elle prit finalement place complètement sur la table de la cuisine. Les fesses bien assises sur la nappe à fleurs d’oranger, elle plaça ses mains sur le bouton du jean de Danny. Le bruit de sa glissière contrastait avec le silence de la pièce, seulement rompu par intermittence par la respiration vive et le souffle haletant du jeune couple.
Elle ne put réprimer un sourire à la vue de l’effet qu’elle lui faisait. L’objet de son désir semblait bien trop à l’étroit dans ce pantalon. A présent libéré de son boxer, elle attira alors le jeune agent tout contre elle, jusqu’à ce que son membre durci ne la frôle justement à l’endroit où elle avait le plus besoin de le sentir. Un besoin urgent.
Il ne prononça pas un mot mais l’accompagna dans ses gestes en l’aidant délicatement à reposer complètement son dos sur la table. Il avait absolument tout contrôle sur elle dans cette position. Il pouvait lui faire subir les pires outrages, tout ce qu’il voulait.
Il commença ainsi par s’emparer d’un de ses seins, avant d’en lécher ardemment le contour et de le sucer allègrement. Avec vigueur. Sans plus aucune retenue.

Cause everything inside me looks like
Everything I hate
You are the hope I have for change
You are the only chance I'll take

Il esquissa un sourire en retour lorsqu’elle écarta d'elle-même ses cuisses dans une attitude très indécente. Il lui saisit alors fermement les hanches et vint soulever sa jambe. Il la pénétra brusquement, sans plus de ménagement et sentit les ongles de Blair s’enfoncer de plus en plus dans son dos, à chacun des puissants coups de reins qu’il lui donnait. Leurs corps s’enflammèrent tour à tour cette nuit-là …

- bonjour.
- bonjour, ma belle.

Elle esquissa un sourire en coin et il en fit de même. Elle se trouvait dos à lui et sentait le bout des doigts de Danny se poser par intermittence sur son nez.

- qu’est-ce que tu fais ?
- je compte tes tâches de rousseur.
- j’en ai pas !
- si ! Là, là, et juste l …
- mais … arrête !

Elle ne lui laissa plus l’opportunité de continuer son inventaire et repoussa fermement la main du jeune agent, ce qui le fit sourire de plus belle.

- quelle heure il est ?
- 10 heures 35.

Danny se trouvait du côté droit du lit, à proximité du réveil et venait de tourner la tête en direction de ce dernier pour répondre à la question de Blair.

- j’ai pas envie de me lever, avoua-t-elle, dans un soupir exagéré.

En entendant sa confidence, le jeune agent passa sa langue sur ses propres lèvres. Son souffle chaud remonta ensuite jusqu’à l’oreille de Blair qui l'entendit murmurer quelques mots.

- moi non plus.

Sa voix se faisait rauque et son ton des plus assurés. Blair se trouvait toujours dos à lui et elle sentit la main puissante de son amant se faufiler sous son tee-shirt court pour lui prendre un sein. Son autre main était déjà entrain de lui malaxer la fesse gauche.

I'm on fire
When you're near me
I'm on fire
When you speak
And I'm on fire
Burning at these mysteries
These mysteries...

Elle se débarrassa de son haut avec plaisir et il ne tarda pas à reprendre à pleine main ses seins libérés à présent de tout tissu et à triturer ses tétons déjà fortement durcis par l’excitation. Ses mains remontaient plus en avant pour tracer le galbe de ses formes généreuses puis redescendaient jusqu’à ses cuisses. Il posa fermement ses deux mains de chaque coté de ses hanches et la plaqua tout contre lui. C’est à ce moment là qu’elle sentit la bosse qui s’était formé dans son jogging et se mit à se frotter encore plus contre lui. Il en devenait fou.

I'm standing on the edge of me
I'm standing on the edge of everything I've never been before.
And i've been standing on the edge of me
Standing on the edge

Elle recula alors légèrement et fit glisser son shorty sur ses chevilles afin de le faire ressortir des draps et de le lui montrer dans un sourire coquin, avant de le jeter pour de bon en dehors du lit. Danny se libéra ensuite de son pantalon de sport et frotta son sexe tendu doucement à l’entrée du sien. Ils allaient maintenant dans un va-et-vient de plus en plus rapide et elle sentit la bouche du jeune agent se plaquer tout contre son dos, pendant qu’il sentait le bassin de sa compagne vibrer en cadence.

And I'm on fire
When you're near me
I'm on fire
When you speak
Yeah I'm on fire
Burning at these mysteries... these mysteries... these mysteries
And you're the mystery
You're the mystery

Blair Bishop raffolait des câlins matinaux ... et surtout Manciniens.

************

Depuis cet appel tant espéré par toute l’équipe laissée sans la moindre nouvelle de leur ami durant ces trois derniers mois, Jack et Vivian avaient pris le premier avion en partance pour Houston. Ils s’étaient reposés à l’hôtel le plus proche et après une courte nuit de sommeil, ils se présentèrent devant la porte de la famille Brown, à la fois tendus et impatients.

- madame Brown ? Agents Malone et Johnson. FBI.
- entrez, je vous prie. Je vous présente mon mari, Ben.
- bonjour.

Tous se serrèrent poliment la main, discutant chaleureusement devant l’entrée.

- je peux vous offrir quelque chose ? Leur proposa gentiment Venus. Je viens de faire du café.
- volontiers, répondit Vivian, leur offrant son plus beau sourire au passage.

Les deux agents suivirent ainsi le couple jusque dans la cuisine et la mère de BJ leur fit signe de prendre place à table.

- merci d’être venus.
- merci à vous d’avoir appelé.

Vivian tenait à leur exprimer toute sa gratitude. Jack était resté muet mais la mère de BJ pouvait lire toute l’émotion dans les yeux des deux agents fédéraux de savoir leur collègue sain et sauf. Manny devait beaucoup compter pour eux.

- notre fils a placardé les murs de la ville avec une photo et notre numéro juste en-dessous, expliqua-t-elle, en leur servant leurs tasses. Mais ça n’a rien donné malheureusement.
- est-ce qu’il est au courant de notre venue ?
- nous ne lui avons rien dit encore, répondit Ben à la question de Jack.
- on a suivi votre conseil, ajouta Venus, en prenant place face à ses invités.
- comment va-t-il ? Est-ce que vous l’avez emmené à l’hôpital faire des examens ? S’inquiéta Vivian.
- oui, il est en bien meilleure santé à présent. Son médecin nous a dit qu’il y avait bon espoir pour qu’il recouvre totalement la mémoire sauf qu’il ignore le temps que ça prendra.
- dites-nous quand c’est arrivé exactement et où précisément vous l’avez retrouvé, les pria Jack.
- ça fera un mois et demi bientôt, commença Venus. Quand il y a beaucoup de circulation, je préfère emprunter des raccourcis pour éviter les feux rouges et il se trouvait là, étendu sur ce petit sentier, juste à la sortie de la forêt.
- est-ce qu’il était conscient ? La questionna Vivian.
- non et son pouls était faible. Très faible. Il avait le visage tuméfié, des contusions sur tout le corps et sa chemise était pleine de sang.

Jack et Vivian échangèrent un regard consterné en écoutant le récit minutieux de Venus. Leur agent avait dû vivre un véritable calvaire.

- vous avez croisé quelqu’un à ce moment-là ? Poursuivit Vivian. Il n’y avait personne sur les lieux ?
- non, pas à ma connaissance. Mon mari m’a rejoint quelques minutes plus tard et nous avons transporté Manny pour le soigner à la maison.
- Manny ? L'interrogea Jack, la mine étonnée.

Il avait reconnu instantanément le nom que Venus venait de prononcer et haussa un sourcil en direction de cette dernière.

- Danny, se reprit-elle, sans tarder. Désolé, on a pris l’habitude de l’appeler Manny.
- ce n’est rien. Nous comprenons, la rassura Vivian.
- c’est sous ce nom qu’il s’est présenté à vous ?
- oui, il ne nous a pas avoué tout de suite qu’il avait perdu la mémoire et nous a dit qu’il s’appelait Manuel Mancini.

Jack et Vivian échangèrent un regard rempli de sous-entendus. Ils pensaient la même chose en cet instant.

- est-ce que vous vous rappelez de l’endroit exact où vous l’avez trouvé ?
- oui, je peux vous y emmener si vous voulez.
- j’apprécie, merci.

Après avoir accepté la proposition de Venus, l’agent Malone quitta ainsi sa chaise et Madame Brown en fit de même.

- je contacterai l’identité une fois sur place, Viv.
- Viv ? S’étonna Venus. Comme Vivian ?
- c’est bien mon nom, confirma l’intéressée.
- Manny a appelé ma femme comme ça la semaine dernière. Le jour où notre voisine est venue déjeuner à la maison.
- je suppose que c’est à vous qu’il pensait.

Touchée, l’agent Johnson ne put réprimer un sourire attendri en entendant la confession de Venus. Elle avait initialement prévu de passer son dimanche en famille avec Marcus et Reggie mais n’avait pas laissé d’autre choix à Jack que de l’emmener avec lui lorsqu’elle avait pris connaissance de tous les faits. Elle avait vraiment hâte de revoir Danny.

- sois prudente.
- c’est promis.
- à tout à l’heure.

Ben déposa un furtif baiser sur les lèvres de sa femme qui, suivie de peu par Jack, rejoignit sa voiture en marchant d’un pas décidé. Aucun indice ne devait être laissé de côté et l’agent Malone comptait en récolter le plus sur ce petit sentier.

- c’est chez cette même voisine que Danny se trouve en ce moment ?

Ben répondit oui d’un signe de la tête à la question de Vivian. Ils s’entretenaient toujours dans la cuisine, entre deux gorgées de cafés.

- vous avez son nom ?
- Blair Bishop.
- est-ce que ça fait longtemps qu’ils se fréquentent ?
- un mois environ. Ils s’entendent à merveille.
- dites-m’en plus sur elle, sur sa vie de famille en particulier.

L’agent Johnson prenait soigneusement note de toutes ces informations dans un petit calepin noir. Chaque détail avait son importance dans ce genre d’affaires.

- elle est séparée de son mari, ils ont un petit garçon ensemble. Brennan. Il a six ans. C’est tout ce que je sais.
- c’est parfait, monsieur Brown, le rassura Vivian. Vous m’excusez un moment ?

Elle sortit son téléphone portable de la poche extérieure de son long manteau noir et lui fit signe qu’elle rejoignait l’entrée pour discuter au calme. Le père de BJ hocha la tête de manière compréhensive avant de la voir finalement s’éloigner de la cuisine.

- Fitzgerald.
- Martin, il me faut …
- Vivian ? Est-ce que vous avez vu, Danny ?
- non, pas encore. Il passe le week-end chez la voisine de la famille Brown, une certaine Blair Bishop. Tape son nom dans notre recherche de données et dis-moi ce que tu obtiens.
- Blair Bishop ?
- oui, résidante à Houston.
- alooooors …

Les yeux rivés sur son écran d’ordinateur, le jeune agent pianota le nom de la jeune femme et lisait maintenant son dossier à voix haute.

- Blair et Blake Bishop, ils ont vécu plusieurs années à Livingston jusqu’à ce que … c’est pas vrai …
- quoi ?
- …
- Martin ? Tu as quelque chose ?

Le jeune agent mit finalement sa collègue au courant de toute l’histoire et Vivian secoua la tête d’un air effaré, totalement abasourdie par ce qu’elle venait d’apprendre.

*************

Blackout (partie 5)

Publié le 23/02/2010 à 00:23 par danieletbetty
- lalalalalala… je fais le funambule …

En pyjama et les bras tendus vers l’extérieur, BJ s’amusait à suivre soigneusement les motifs de la moquette du salon jusqu’à ce qu’il tombe nez à nez avec l’agent Johnson.

- bonjour, je m’appelle Vivian. Et toi, tu es BJ, c’est ça ?

Le ton à la fois doux et chaleureux, elle se pencha à hauteur de l’enfant qui ne soucia pas plus que cela de sa présence dans sa maison et balaya les lieux du regard.

- y sont où mes parents ?
- ton père est just …
- BJ !

Un sourire rayonnant apparut sur les lèvres de Monsieur Brown qui avait entendu la voix fluette de son fils depuis la cuisine. Il posa délicatement ses deux mains sur les deux frêles épaules de l’enfant puis le guida vers le salon d’une main posée sur son omoplate.

- allez, viens, je vais te préparer ton chocolat.
- où elle est maman ?

Contre toute attente, BJ ne bougea pas d’un pouce et se mit à fixer son père droit dans les yeux.

- elle ne va pas tarder à revenir.
- quand ça ?
- bientôt.
- et c’est qui elle ?

Sans même prendre la peine de la regarder, BJ pointa Vivian du doigt, ce qui fit légèrement sourire l’intéressée.

- une amie de Da… de Manny. Je travaille pour la police de New York. Nous allons nous occuper de lui maintenant.
- pourquoi ? Y va très bien.
- c’est vrai, sourit Vivian. Il va beaucoup mieux, grâce à tes parents. Et il ira encore mieux quand il sera auprès de sa femme et de ses enfants. Ils étaient très inquiets pour lui, tu sais.
- c’est qui qui lui a dit de venir ?
- BJ …

Ben s’immisça dans la conversation, ne tolérant pas la manière dont son fils traitait à présent leur « invitée ».

- c’est toi ?

Monsieur Brown hocha la tête à ce moment-là, ne faisant que confirmer ce que BJ avait pressenti depuis le début.

- elle va repartir avec Manny ?
- oui.
- pourquoi ? On peut pas le garder ici avec nous ?
- non, toute sa famille l’attend à New York. Une femme et quatre enfants qui l’aiment très fort.
- et nous, alors ? On compte pu du tout ?

La voix de BJ se faisait de plus en plus tremblante au fur et à mesure de ses questions. Son fils avait le cœur brisé et Monsieur Brown se sentait totalement démuni face à pareille situation.

- hey … écoute-moi, mon grand. Tu comptes beaucoup pour Manny et je t’interdis de penser le contraire, ok ?

Ben se pencha pour faire face à son fils, lui parlant droit dans les yeux pour être sûr que son message passe.

- alors pourquoi y doit partir ?
- parce qu’il le faut. Il ne pouvait pas rester avec nous pour toujours.
- c’est pas juste …

Vivian avait assisté à toute la scène en silence, et lorsque Ben voulut prendre son fils dans les bras pour consoler sa peine, elle fut aussi surprise que lui, de voir le gamin repousser brusquement toute tentative de son père.

- C’EST À CAUSE DE TA FAUTE ! TOUT ÇA, C’EST À CAUSE DE TA FAUTE !

Monsieur Brown ne s’attendait pas à une telle réaction de sa part et tenta de retenir son fils lorsqu’il le vit grimper les escaliers vers sa chambre, en colère et le pas pressé.

- et ton chocolat ?
- J’AI PU FAIM ! Cria-t-il, d’une voix furieuse.

La mine défaite, Monsieur Brown finit par sursauter lorsqu’il entendit BJ claquer la porte de sa chambre avec perte et fracas, il ne l’avait jamais vu dans un tel état de rage. Vivian compatissait à la peine du petit et adressa un regard compréhensif à monsieur Brown.

- ce n’est pas de votre faute.
- non, mais j’aurais dû prévoir ce qui allait se passer. Ils s’amusaient bien tous les deux. Ils ont passé beaucoup de temps ensemble à jouer au foot ou à la console.
- vous n’y êtes pour rien. Ça ne se commande pas ces choses-là. Et Danny est doué avec les enfants. Il s’est toujours très bien entendu avec eux.
- ça n’a pas changé, confirma Ben.

Il esquissa un léger sourire, et Vivian en fit de même. Cette information avait quelque chose de rassurant pour elle. Il y avait toujours un peu de Danny Taylor en Manuel Mancini.
Monsieur Brown s’excusa ensuite auprès de Vivian et seulement quelques minutes plus tard, elle le vit ramener un mug rempli de chocolat chaud à BJ, qui faisait toujours la moue et refusait de sortir de sa chambre jusqu’à nouvel ordre, au grand dam de son père.

- alors ? Se renseigna immédiatement Vivian.

L’agent Malone et Venus venait de les rejoindre dans la cuisine, visiblement peu satisfaits de leurs récentes trouvailles.

- alors, rien, répondit Jack, déçu. Avec ce qui est tombé comme flotte ces derniers jours, on avait plus la moindre chance.
- qu’est-ce que vous comptez faire ?

Sa tasse de café fumante dans la main, monsieur Brown haussa un sourcil en direction de l’agent fédéral alors que Venus prenait place en face de ce dernier à table.

- la seule chose qui nous reste à faire. Interroger Danny. Peut-être qu’il se souviendra de quelque chose. Qui sait ? Le détail le plus insignifiant pourrait bien nous aider.

Sa collègue le sonda du regard à ce moment-là. Elle n’avait pas l’air de partager son avis.

- un problème, Viv ?
- non, mais je pense qu’il est préférable de le faire venir ici. Il se sentira plus en confiance sachant la famille Brown à ses côtés.

Il savait qu’elle ne proposait pas cette alternative au hasard et qu’elle avait sûrement dû avoir connaissance d’un fait nouveau durant son absence, mieux valait donc suivre son conseil.

- d’accord. On va essayer. Vous savez comment le joindre ?
- oui, sur son nouveau portable, répondit Venus. Qu’est-ce que je dois lui dire ?
- trouvez une excuse, peu importe laquelle, ajouta Vivian. Mais il faut qu’il vienne tout de suite.

La mère de BJ opina du chef, d’un air décidé puis se saisit de son téléphone portable et sélectionna le numéro de Danny dans son répertoire avant de presser la touche appel.

- ça sonne, dit-elle, dans un murmure.
- allô ?
- Manny ?
- Venus ! Bonjour !

Elle pouvait l’entendre sourire à travers le combiné. Il avait l’air de merveilleuse humeur.

- comment ça va à la maison ? Tout le monde va bien ?
- très bien. J’espère que je ne te dérange pas.
- pas du tout. Alors, vous avez passé une bonne soirée ?
- oui, très bonne et toi ?
- délicieuse. Avec Blair, nous sommes allés dans ce restaurant grec qui se trouve juste au coin de …
- … beurre de cacahuète ! Lâcha tout à coup Venus, complètement paniquée.
- quoi ? S’étonna Danny. Tu peux répéter ?
- c’est pour BJ. On a plus de beurre de cacahuète et il voudrait se faire des tartines ce matin.

Elle avait finalement repris son calme. Le regard rassurant de son mari y était pour quelque chose.

- je croyais qu’il prenait des céréales le matin avec son chocolat ? Rétorqua Danny.

Si elle s’attendait à ça. Il avait vraiment pris connaissance de toutes leurs petites habitudes. Elle trouvait cela touchant.

- oui, mais … enfin … ça lui arrive de changer … juste comme ça … de temps en temps. C’est rare, mais ça arrive.
- ok. Attends, deux secondes, je vais voir si Blair en a.

Finalement, il n’insista pas. Au plus grand soulagement de la mère de BJ.

- … où tu mets le beurre de cacahuète, chérie ?
- Blair est avec toi ? Passe-lui le bonjour.
- c’est Venus, elle te passe le bonjour … elle te le repasse.
- c’est gentil.
- alors ? Demanda Jack.

Les bras en croix sur sa chaise, il commençait à s’impatienter et le faisait savoir.

- alors ? Répéta Venus.
- ça y est ! On l’a ! S’exclama Danny, avec entrain. Je te le ramène dans cinq minutes.
- t’es un ange. Merci Manny.
- à tout de suite.

Satisfaite d’avoir réussi sa mission, Venus reposa fièrement son téléphone portable sur la table de sa cuisine.

- c’est bon, il vient.

Jack et Vivian furent soulagés d’apprendre la nouvelle et en même temps, un léger nœud à l’estomac les guettait en cet instant, ils ne pouvaient s’empêcher d’appréhender ces retrouvailles. Ils avaient dû imaginer une dizaine de fois cette scène dans leur tête, mais restaient tout de même persuadés que rien ne se passerait comme prévu. Ils étaient incapables de prédire la réaction de Danny comme il ne pouvait rien promettre de la leur.

- allez, file, bébé.

Le sourire aux lèvres après ce matin câlin, Blair tapa avec amusement sur les fesses musclées de son homme qui tenait le fameux pot de beurre de cacahuète dans ses mains.

- une minute, si tu crois que tu vas t’en tirer comme ça. Tu n’as toujours pas répondu à ma question je te signale.

Et Danny ne comptait pas abandonner aussi facilement. Il l’aurait sa sortie dans un parc d’attractions avec sa nouvelle compagne et son fils.

- Brennan est chez son père toutes les fins de semaine, Manuel. Et ça m’étonnerait qu’il accepte, têtu comme il est.
- sauter un week-end, c’est pas la mort. Je suis sûr qu’il comprendra.
- ça se voit que tu ne le connais pas.
- je peux aller lui parler si tu veux.
- non, je ne préfère pas.
- alors ?

Il lui faisait à nouveau les yeux doux et elle ne pouvait pas résister à sa bouille de cocker.

- alors, on verra le moment venu.
- ça veut dire oui ?

Il mettait vraiment tous les atouts de son côté et passa un bras autour de sa taille, l’embrassant avec sensualité à la naissance de ses seins.

- ça veut dire que je peux toujours lui demander.

Un sourire lumineux apparut sur ses lèvres du jeune agent. Il se réjouissait déjà à l’idée de passer ce week-end à trois.

*************

- livraison express de beurre de cacahuète ! Quelqu’un a demandé du beurre de cacahuète ?

Le sourire aux lèvres, Danny passa seulement son bras dans l’espace infime de la porte de la cuisine et secoua le pot qu’il tenait fièrement dans sa main droite. Jack et Vivian sentirent l’émotion les envahir instantanément en retrouvant ce comportement facétieux chez leur ami. Danny restait Danny. Et il allait bien. À leur plus grand soulagement.

- BJ n’est pas là ?

Le jeune agent venait de pénétrer dans la pièce et toisait ses deux collègues avec attention, sans pour autant daigner se présenter à eux. Il supposait à tort que c’était un couple ami des Brown.

- il s’est enfermé dans sa chambre et refuse de nous ouvrir, déplora Venus.
- pourquoi ? S’étonna-t-il.
- assieds-toi, Danny.

Jack n’en pouvait plus d’attendre de lui avouer toute la vérité sur sa véritable identité et sa trop grande nervosité avait eu raison de lui.

- c’est Manny, et je préfère rester debout.

La réponse de Danny avait fusé. Il avait un mauvais pressentiment et n’avait guère apprécié le ton familier sur lequel cet « étranger » venait de s’adresser à lui.

- qui est-ce ?

Cette fois, il haussa un sourcil en direction de Venus qui craignait la réaction de son hôte et se montra donc sur la défensive avec lui.

- crois-moi, on ne voulait pas agir dans ton dos, Manny, mais Ben a vu un avis de recherche te concernant à la télé hier matin et j’ai décidé de contacter le FBI.
- le FBI ? Qu’est-ce que j’ai à voir avec ces gorilles du gouvernement ?
- tu es toi-même un gorille du gouvernement, Dan, lui précisa gentiment Vivian.

Trop émue pour pouvoir se manifester avant, la mère de Reggie entendit le jeune agent lui rire instantanément au nez.

- tu peux vérifier par toi-même, si tu ne me crois pas.

Joignant le geste à la parole, elle sortit alors de son sac à mains la carte du FBI de son collègue et lui tendit. Ils se fixèrent un instant en silence mais Vivian ne plia pas devant son regard provocateur et le vit finalement se saisir de la carte en question. C’était bien sa photo … sur une carte du FBI … de New York. Danny Taylor ? Alors c’était son vrai nom.
Il avait besoin de s’asseoir. Ses fesses musclées trouvèrent refuge sur la première chaise à côté de lui. Il était sous le choc.

- c’est une vraie, affirma Jack. Vivian peut te le confirmer.
- Vivian ?

Danny releva les yeux vers l’intéressée et vit son collègue poser amicalement sa main sur l’épaule de cette dernière.

- en personne. La même Viv dont tu as parlé à Madame Brown la semaine dernière.
- elle nous a raconté pour Nicky aussi.
- qui est-ce ?

Danny fixait Vivian droit dans les yeux. Il allait enfin avoir les réponses qu’il cherchait depuis plus d’un mois.

- c’est ton neveu. Il joue dans l’équipe de football de son école. Ton esprit a dû faire le rapprochement avec BJ.

Danny hocha la tête de manière compréhensive. C’était probablement le cas, effectivement.

- Tyler ne fait pas de foot, c’est pour ça que … commença Vivian.

Sa voix se brisa sous le coup de l’émotion lorsqu’elle croisa le regard totalement vide de Danny à ce moment-là.

- il est fan de judo, continua Jack.
- qui est Tyler ?

Le silence s’installa soudainement dans la pièce. Vivian et Jack semblaient mal à l’aise que Danny pose une telle question. Leur gêne était perceptible.

- qui est Tyler ?

Le couple Brown sentit le malaise des deux fédéraux et se levèrent simultanément de leurs chaises dans le but de quitter la pièce.

- nous allons te laisser parler au calme avec les agents Malone et Johnson, annonça Ben.
- vous pouvez rester. Je n’ai rien à cacher.
- nous sommes à côté si tu as besoin de quelque chose, d’accord ?

Faisant fi des propos de Danny, Venus posa une main réconfortante sur l’épaule de son protégé avant de s’éclipser dans le salon avec son mari. Elle eut juste le temps au passage de lire la gratitude sur le visage de Vivian et un sincère « merci » se dessiner sur ses lèvres.

- qui est Tyler ?

Une nouvelle fois, Vivian plongea sa main dans son sac et en ressortit une photo. La même que celle de l’avis de recherche. Elle la posa délicatement sur la table juste en face de Danny qui regardait ce joli portrait de famille sans que la moindre émotion ne se dessine sur son visage.
Vivian se leva alors de sa chaise et passa sa tête au-dessus de l’épaule de son collègue. Elle lui montrait à présent du doigt cette superbe jeune femme au regard d’un bleu intense qu’il tenait par la taille sur la photo et qu’ils avaient maintenant tous les deux sous les yeux.

- voilà Tess, ta femme. Et là, ce sont Tyler et Bianca, vos enfants adoptifs.

Cette fois, Vivian pointa du doigt les deux adolescents qui se trouvaient juste à côté du couple et qui avaient le sourire aux lèvres. Danny s’en voulait. Il s’en voulait tellement de ne rien ressentir en cet instant.

- Tess les a recueilli après la mort de son frère et de sa femme dans un accident de voiture il y a cinq ans. Ils voulaient rester aux États-Unis et comme leur tante est française, tu as accepté de l’épouser pour qu’elle obtienne la carte verte.
- donc ça n’a pas duré. Ce n’était qu’un mariage blanc.
- pas tout à fait, répondit Jack, à demi-amusé.
- au début, ce n’était qu’un arrangement, mais vous avez renouvelé vos vœux un an et demi plus tard et Nathan Thomas est né l’année suivante.

Sans pour autant s’en saisir, Danny effleura délicatement du bout de ses doigts le petit garçon qu’il tenait dans ses bras sur la photo. Ce nom lui disait quelque chose.

- Thomas, se dit-il, à lui-même.
- Tess lui a donné comme deuxième prénom celui de son parrain, lui expliqua Vivian.

Bien qu’il avait parlé à voix-basse, elle l’avait entendu.

- tu te souviens de lui ? Il s’appelle Thomas Bauer.
- …
- Dan ?

Il semblait perdu dans ses pensées et il fallut la voix grave de Jack pour le faire sortir de sa rêverie.

- Danny ?
- non, répondit-il, peu convaincu.

Il ne pouvait pas en expliquer la raison mais il détestait déjà cet homme. C’était une haine viscérale, elle venait de son for intérieur.

- et voici enfin la petite star de la famille, Maggie Rose. Elle a deux mois et demi.

Vivian posa avec enthousiasme la photo de la fille de Danny sur la table et vit ce dernier esquisser un léger sourire en voyant la bouille craquante de son bébé.

- elle est adorable, avoua-t-il, le regard attendri.
- oui, elle a les yeux de son père, je trouve, sourit Vivian.
- et sa coupe en pétard, plaisanta Jack.

Danny esquissa un léger sourire en coin. Il reconnaissait volontiers que cette petite était vraiment mignonne mais il regardait toujours cette photo avec un certain détachement, comme si ce bébé n’était pas vraiment le sien. Il ne se sentait aucune fibre paternelle en cet instant.

- tu veux les appeler ? Lui proposa Vivian.

Danny se passa nerveusement une main dans les cheveux, encore chamboulé par ces dernières nouvelles. Quatre enfants et une femme. S’il s’était imaginé ça … il avait une famille. Une grande et belle famille. Et pourtant, il ne pouvait pas rayer Blair et Brennan de sa vie aussi facilement, d’un coup de baguette magique. Ça ne marchait pas comme ça.

- ils seront contents de t’entendre, tu sais, ajouta Jack.
- je sais pas, je …

Ce n’était pas le bon moment, le bon endroit. Et surtout il ne saurait pas quoi leur dire. Ces cinq personnes étaient redevenus de simples étrangers à ses yeux.

- … je préfère attendre, répondit-il enfin, le regard fuyant.
- ok … peut-être plus tard alors.

À son plus grand soulagement, Vivian ne le blâma pas. Au contraire, elle s’était montrée compréhensive à son égard.

- non, je …

Comme par réflexe, Danny avait posé ses deux mains sur les photos de sa famille, alors que Vivian s’en était saisies et s’apprêtait à les ranger dans son sac.

- je te les laisse, lui dit-elle gentiment.
- merci.

Il lui adressa un regard reconnaissant, ce qui fit sourire la mère de Reggie.

- ça a l’air d’aller, remarqua Jack.

Traduction du langage hermétique Malonien : il était grave soulagé que son agent aille bien. Il ne voulait pas se montrer froid à son égard et en même temps, il ne savait pas comment réagir face à lui. S’il se laissait aller à écouter ses émotions, ça fait longtemps qu’il l’aurait serré très fort dans ses bras.

- les Brown se sont bien occupés de toi, ajouta-t-il pour relancer la conversation.
- ils sont formidables, reconnut Danny.

Rien qu’au son de sa voix, ses deux collègues pouvaient dire qu’il s’était attaché à cette famille durant ces dernières semaines passées avec eux.

- c’est vrai. C’est incroyable ce qu’ils ont fait pour toi.
- et c’est surtout rare de nos jours, affirma Jack.
- ça y est, monsieur le rabat-joie est de retour, se moqua Vivian, l’air amusé.

Danny les observait se taquiner, le sourire aux lèvres. Il se sentait bien en leur compagnie et cette ambiance de franche camaraderie lui plaisait. Mais il vit Jack reprendre rapidement cet air sérieux qui lui collait à la peau. Il sentait que la minute plaisanterie était bel et bien terminée.

- d’après madame Brown, tu leur aurais dit que tu t’appelles Manuel Mancini.
- tu sais pourquoi ? Demanda Vivian, après le hochement de tête de Danny.
- non, mais j’ai l’impression que vous oui.

Il esquissa un léger sourire, et ses deux collègues en firent de même. L’agent Taylor n’avait pas perdu son flair légendaire.

- Manuel Mancini dit « Manny » a enlevé ta femme il y a quatre ans.
- et vous pensez qu’il a fait pareil avec moi ?
- impossible, Jack l’a abattu d’une balle en plein cœur, mais peut-être qu’une de ses connaissances veut le venger. Nos équipes envisagent cette possibilité.
- d’accord mais pourquoi, quatre ans après ? S’interrogea Danny.
- on l’ignore encore, avoua Jack.
- tu ne te rappelles de rien ? Aucun détail ? Ce salaud préparait son coup depuis longtemps, Dan. Il a dû te suivre pendant plusieurs semaines.
- et il sait où tu vis. On a retrouvé ta voiture à peine à deux pâtés de maison de chez Tess et toi.

Danny se trouvait dans le flou total. Cela lui faisait bien trop d’informations à emmagasiner d’un coup. Il souffla pour se donner une contenance.

- j’ai fait un cauchemar avant-hier, avoua-t-il. Ça avait l’air tellement réel.
- raconte-nous, le pria Jack.
- ça pourrait peut-être nous éclairer, espérait Vivian.
- je me trouvais dans un local ou un entrepôt désaffecté, je ne sais pas … tout ce que je sais c’est qu’il faisait sombre, et il y avait ce type avec moi … je n’ai pas réussi à voir son visage mais il avait l’accent hispanique. J’en suis sûr.
- c’est probable, affirma Jack. Ça collerait avec le profil de la famille Mancini en tout cas. Autre chose ?
- il s’amusait à m’humilier, à me traiter comme un moins que rien, c’est comme si je n’existais plus en tant que personne. J’étais attaché, je ne pouvais rien faire, je me sentais totalement impuissant.

Il s’arrêta dans son récit. Des images difficilement soutenables défilaient devant ses yeux. Il en revivait chaque instant et se mit à grimacer.

- ça va aller, Dan.

Vivian posa avec douceur sa main sur la cuisse de son collègue, qui retrouva son calme petit à petit.

- tu te souviens d’autres détails ? L’interrogea Jack.
- il a appelé un chinois. Un pro dans le domaine de la torture. Il a sorti tout son attirail devant moi.
- tu as son nom ?
- Jiang … quelque chose.
- Jiangxi ? Proposa Vivian.
- je crois, oui. Ça doit être ça.

Jack toisa sa collègue d’un regard inquisiteur. Depuis quand elle lisait dans les pensées d’autrui ?

- c’est le nom d’une province en Chine, expliqua-t-elle, devant le regard sceptique de son collègue.
- tu nous épateras toujours, Viv, la taquina Jack.

Les deux amis échangèrent un sourire amusé puis Jack se saisit du téléphone portable coincé dans le manteau de sa poche avant de se rapprocher de la porte.

- je contacte Martin pour voir s’il détient des éléments à charge contre Jiangxi et la famille Mancini. Espérons qu’ils aient déjà fait parler d’eux.

Il quitta ainsi la pièce, laissant Vivian et Danny, seul à seul. Ce dernier trouva enfin le courage de poser à sa collègue, la question qui lui brûlait les lèvres depuis un bon moment déjà.

- vous comptez rester longtemps ?
- ça dépend.
- de quoi ?
- de toi, principalement. On s’en ira une fois qu’on sera certain que notre agent Taylor soit du voyage.

Touché par cette marque d’amitié, Danny sourit à l’attention que cette femme semblait lui porter même si une seule chose lui traversait l’esprit en cet instant. Il mourrait d’envie de rester à Houston et surtout d’honorer sa promesse d’une sortie à trois dans ce parc d’attractions faite à Blair une trentaine de minutes plus tôt.

**************

- j’ai dit à Blair que je ne serais pas long alors …

Un brin gêné de faire faux bond à sa collègue de cette manière, Danny se leva de sa chaise sous le regard surpris de Vivian. Elle ne pouvait plus reculer. C’était maintenant ou jamais.

- attends, Dan. Avant, il y a quelque chose que tu dois savoir à propos de Blair et son mari.
- ils sont séparés, rétorqua-t-il, avec hâte.

Il était sur la défensive et elle le sentait. Elle lui parla donc avec douceur, sans lui donner l’impression qu’elle jugeait sa relation avec la jeune femme.

- je sais, Dan. Je sais ça. Monsieur Brown m’a déjà mis au courant. Ce n’est pas ce dont je voulais te parler.
- de quoi tu voulais me parler alors ?

Il fronça les sourcils. Il avait un mauvais pressentiment. Il savait qu’il n’apprécierait guère ce qu’il allait entendre. Vivian appuya ses doutes lorsqu’elle lui fit signe de s’asseoir.

- de quoi tu veux me parler, Vivian ? Insista-t-il, l’air déterminé.

Il mit les bras en croix et la fixa droit dans les yeux. Elle comprit que c’était peine perdue. Il ne s’assoirait pas.

- Blake et Blair Bishop étaient effectivement séparés mais …

Il remarqua tout de suite qu’elle employait le passé et leva un sourcil en sa direction.

- … mais son mari a mal supporté qu’elle lance la procédure de divorce et demande la garde exclusive de Brennan alors …

Elle s’arrêta dans son récit. Elle n’avait pas assisté au drame mais ce genre de chose était difficile à annoncer.

- … alors quoi ?
- alors il a emmené son fils avec lui un dimanche matin, lui faisant croire qu’ils partaient camper tous les deux … la police a retrouvé leur voiture dans les bois de Livingston, à quelques kilomètres de la maison familiale … l’habitacle du véhicule était relié au pot d’échappement par un tuyau … ils n’ont rien pu faire.

Le regard fuyant, Danny prit place sur la chaise qui se trouvait juste à côté de lui, sans que Vivian n’ait insisté auprès de lui, cette fois.
Blake Bishop avait donc préféré se suicider et emmener son fils dans la tombe avec lui, plutôt que de lui accorder le droit de vivre avec sa mère.
Toutes les pensées du jeune agent allaient vers Blair en cet instant. Il comprenait mieux ses réactions à présent. Elle était toujours terrassée par cette terrible nouvelle.

- elle a besoin d’aide pour surmonter ça …

Vivian posa délicatement sa main sur l’avant-bras du jeune agent qui ne broncha pas.

- … de professionnels compétents.
- elle les fait revivre, c’est un moyen pour elle de surmonter ça.

Sa voix était métallique. Il n’aimait pas l’idée que venait de suggérer sa collègue.

- ce n’est pas sain. Elle s’acharne à refuser la cruelle vérité jusqu’au jour où elle ne fera plus la différence avec le monde réel.
- tout va bien se passer.
- je t’en prie, Danny. Tu le sais aussi bien que moi.
- elle est plus solide que tu ne le crois.
- il est peut-être déjà trop tard. Tu ne l’aideras pas en te voilant la face.
- on peut gérer ça, j’te dis !

Contrarié, le jeune agent se leva brusquement de sa chaise, sans adresser un regard de plus à sa collègue.

- Danny …
- elle m’attend, j’y vais.

Il quitta la pièce avec précipitation, sous le regard déçu de Vivian. Ça ne servait à rien de le retenir lorsqu’il se trouvait dans cet état. Danny restait Danny, avec son fort caractère.

- tout va bien ? Demanda Jack.

Son téléphone portable encore dans les mains, il venait de faire son entrée dans la cuisine et lança un regard inquisiteur à Vivian. Il les avait entendus élever la voix depuis la salle à manger.

- ils ont besoin de se parler tous les deux, expliqua-t-elle, vaguement. Alors, du nouveau ?
- rien sur « le chinois » mais Manuel a un frère jumeau : Miguel Mancini. Il est sorti de prison il y a quatre mois et demi pour cambriolage, vol à main armée et trafic de drogue.
- un vrai enfant de chœur, ironisa Vivian. Quatre mois, tu dis ? Ça coïncide avec la période où Danny a été enlevé.
- et ce n’est pas tout, tu ne croiras jamais où ils ont grandi.
- laisse-moi deviner … à Houston ?
- bingo ! Martin m’a envoyé un plan pour accéder à leur ancienne maison et Elena et Sam se rendent à son appartement à New York en ce moment-même.
- bien, allons-y.

Vivian suivit son collègue jusqu’à leur voiture, en prenant bien soin au passage, de rassurer les Brown sur la sortie un tant soit peu précipité de Danny.

*************

Danny regagna la maison voisine aux Brown avec précipitation, les propos de Vivian résonnant encore vivement dans son esprit. Et si sa collègue avait vu juste ? En niant la détresse de sa compagne, il risquerait de l’enfermer encore plus dans son délire.

- BLAIR ? L’appela-t-il, une première fois.

Pas de réponse. La maison semblait vide mais il avait bien vu que sa voiture était toujours garée devant l’entrée alors il insista.

- BLAIR ? T’es là ?

Toujours pas de réponse. L’inquiétude commençait à le gagner mais il se sentit aussitôt rassuré lorsqu’il passa juste devant la salle de bain et l’entendit sous la douche.
Pour mener sa petite enquête, c’était donc maintenant ou jamais. Ni une, ni deux, il en profita alors pour se diriger tout droit vers la chambre de sa compagne et fouilla éhontément dans sa commode, ainsi que dans sa grande armoire et dans le tiroir de sa table de chevet aussi. Sans succès.
Il allait justement abandonner lorsqu’il eut l’idée de soulever son oreiller et y trouva enfin une petite clé caché en dessous. Un porte-clé était attaché à cette dernière, il était en forme de cœur, une moitié de cœur.
Sans tarder, le jeune agent se dirigea ensuite vers cette fameuse pièce du fond et mit la clé dans la serrure. Il esquissa un léger sourire de satisfaction lorsque la porte s’ouvrit, il avait gagné à être persévérant.
Il pénétra dans la pièce avec une certaine appréhension, découvrant les dizaines de portraits accrochés aux murs qui représentaient tous Brennan à différents âges. Il y avait aussi des posters de plusieurs mammifères marins sur ces derniers. Des baleines, des dauphins, des orques, des phoques, des otaries et même ceux dont il ne soupçonnait même pas l’existence et dont il ignorait encore le nom.
L’atmosphère de la pièce se voulait intimiste avec cette demi-douzaine de bougies parfumées qui éclairaient ce petit salon douillet. Les yeux de Danny furent attirés en premier par l’album photo qui se trouvait au centre de la table basse. Il le feuilleta avec attention et remarqua tout de suite que Brennan posait à chaque fois seul ou accompagné de sa mère. Seulement d’elle. Certainement afin d’éviter toute trace de ce père meurtrier, devina le jeune agent. Quelques photos avaient effectivement été soigneusement découpées dans ce but.
Après quelques minutes, Danny reposa finalement l’album sur la table basse puis reporta son attention sur ce qu’il devinait être une armoire à pharmacie sur le mur juste en face de lui. Il jeta un rapide coup d’œil aux différents tubes d’antidépresseurs posés sur les deux petites étagères et s’en saisit d’un. Il n’était pas ouvert. Il en prit un autre. Il n’était pas ouvert non plus. Blair ne devait plus prendre ses médicaments depuis plusieurs semaines déjà.

- Manuel ?

En moins de temps qu’il ne fallut pour le dire, Danny quitta la pièce avec précipitation et remit la clé dans la poche de son jean. Il aurait largement le temps de la remettre sous l’oreiller de la jeune femme, d’ici à ce soir.

- Manuel, c’est toi ?

Le cœur battant fort dans sa poitrine, Danny courut le plus vite possible jusqu’au salon, sauta sur le canapé, attrapa la télécommande et alluma le téléviseur sur la chaîne des clips. Ni vu, ni connu.

- alors ?

Sa serviette blanc cassé enroulée autour de ses cheveux et son peignoir de la même couleur sur elle, Blair fit enfin son entrée dans le salon et se mit à toiser son amant d’un air étonné.

- alors, quoi ?
- ben il était content d’avoir son beurre de cacahuète, BJ ?

Danny fit oui de la tête et se mit à sourire. Il avait totalement oublié cette histoire mais fut soulagé que Blair ne lui demande pas de compte et ne se montre pas plus curieuse à son égard. À son plus grand soulagement. Il se voyait mal lui annoncer la vérité à propos de lui, de Tess et de leurs quatre enfants. Ce n’était pas vraiment le bon timing.

- j’avais pensé faire des nuggets à midi. Brennan adore ça. Il les trempe dans du ketchup et ensuite, dans de la mayo. Tu devrais essayer, c’est délicieux.

Le sourire aux lèvres, Blair déposa un furtif baiser sur la bouche de Danny lorsqu’elle prit place sur le divan à côté de lui. Le jeune agent ne broncha pas. S’il y réfléchissait, il ne se souvenait pas d’un seul jour où elle ne lui avait pas parlé de son fils. Ce fut le cas, dès leur première rencontre en réalité.

- à quoi tu penses ?
- mmmmh ?
- t’as l’air hyper sérieux. T’es sûr que ça va ?
- comment tu veux que ça n’aille pas quand je suis là avec toi ?

Afin de la rassurer sur ses intentions, il prit alors son bras pour la faire venir sur lui, toujours sur le divan. Sa bouche ne voulant plus quitter la sienne ne serait-ce qu’une seconde. Des frissons lui parcoururent tout le corps et elle hésita entre prolonger ce moment et la nécessité de reprendre son souffle. Le deuxième remporta la partie.
Ils échangèrent ensuite un sourire avant que Danny prenne possession de sa taille et ne la plaque tout contre lui. Elle sentait maintenant sa main sous son peignoir défait. Ses doigts experts glissaient lentement sur sa peau d’une extrême douceur. Il lui caressait sensuellement le bas des reins tout en venant titiller ses lèvres, du bout de sa langue. Elle vint caresser tendrement sa joue du bout des doigts puis traça le contour de ses lèvres pendant qu’il jouait avec ses cheveux mi-longs, encore tout humides.
Puis il la fit basculer d’un coup sec en arrière afin de se mettre à califourchon sur elle. Il lui enleva son peignoir et le jeta sans tarder à l’autre bout de la pièce.

Don't kid yourself
And don't fool yourself
This love's too good, to last
And I'm too old to train, yeah...

Ils se dévorèrent du regard quand Danny se mit à la goûter, entièrement, passant ainsi sa langue sur chacune des parties les plus sensibles de son corps. Il la sentait brûlante de désir. Quand sa langue experte vint titiller son mamelon, pendant que ses doigts se faufilèrent entre ses cuisses, il la vit se cambrer et se mordre les lèvres pour ne pas crier son nom, ne comptant plus les nombreux mouvements qu’effectuait son bassin.
Allongés tous les deux sur ce divan, il pouvait maintenant sentir la douceur de sa poitrine contre lui, la chaleur de son corps contre le sien. Danny prit bien le temps d’explorer à nouveau chaque partie, la moindre parcelle de son corps. Blair frissonnait toujours quand il réussissait à trouver un autre point sensible chez elle. Sa respiration s’accéléra lorsqu’elle sentit à nouveau sa main passer au niveau de son bas ventre. Mais ce n’était plus seulement ses doigts qu’elle voulait à présent.

Don't grow up too fast
And don't embrace the past
This life's too good to last
And I'm too young to care, yeah...

Les mains de Blair se perdaient dans les cheveux en bataille de son homme et la respiration de plus en plus rapide de la jeune femme donnait au jeune agent l’envie de prolonger cette matinée à l’infini. Le rythme jusqu’alors plutôt lent de leurs va- et-vient augmenta lorsque Danny mit à se mouvoir avec plus de violence en elle. Leurs regards restèrent fixes tout du long. Quelques puissants coup de reins plus tard, il vit ses cuisses agripper le contour de ses hanches avant qu’elle ne laisse échapper un petit cri étouffé. Les ongles de Blair venaient de s’enfoncer dans son dos. Il adorait la sentir vibrer en lui et finir par trembler comme une feuille …

Don't kid yourself
And don't fool yourself
This life could be the last
And we're too young to see

************

Danny ouvrit les yeux et se passa les mains sur le visage. Il venait de réaliser qu’il s’était assoupi sur le canapé juste après le repas. C’est à ce moment précis qu’il crut percevoir au loin la voix de Blair, provenant de la pièce du fond. Piqué dans sa curiosité, il traversa alors le couloir avec hâte puis colla son oreille tout contre la porte.

- Germaine était une baleine qui habitait la grande mer azur. Elle était devenue au fil des ans très très grande et son immense présence en imposait.

La voix de Blair était enthousiaste, elle avait l’air totalement prise dans son histoire.

- Un jour, elle se réfugia tristement dans une grande caverne. Léonard, un petit rouget s’approcha d’elle.
« Que t’arrive-t-il, belle et puissante Germaine ? » questionna-t-il.
« Il y en a que j’en ai assez d’être grande, je voudrais être petite comme toi, pour que l’on ne me remarque plus et que je puisse passer inaperçue. J’en ai assez qu’on m’accompagne et me suive partout, je voudrais être un peu tranquille… » dit Germaine, en colère.

Danny se mit à sourire aux différentes voix prises par sa compagne. Elle en réservait une pour chaque personnage de l’histoire.

-« Ah oui, je vois…Ecoute, il y a peut-être une solution. Elle n’évitera pas de temps en temps des marques d’attention, mais elle peut te permettre de te laisser tranquille quelques instants. »
« C’est vrai ? Oh, dis-moi vite, ça m’intéresse… »
« Et bien peut-être peux-tu utiliser justement ta force et ta puissance en les prenant de vitesse. En nageant vite, tu sèmeras à coup sûr tous tes suiveurs et tu arriveras impromptu à des endroits où tu pourras découvrir les poissons vivant à leur rythme, avant même qu’ils ne te voient. »
« Oh, mais c’est une très bonne idée, ça ! Merci Léonard, je vais essayer… »
Et Germaine sortit de la caverne, où aussitôt une nuée de poissons se rua vers elle.
« Hé bonjour, Très haute Personnalité, que puis-je faire pour vous être agréable ? » dit l’un.
« Que sa majesté est belle, après s’être reposée ! » dit un autre, l’air émerveillé.
« Une petite crème adoucissante pour la peau, votre grandissime, élégantiIIII… » commença à proposer un autre.
Le poisson n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’il fut pris dans un grand remous qui lui fit boire la tasse. Gloup !

Blair s’arrêta alors dans son récit et Danny l’entendait rire à gorge déployée, d’un rire incontrôlé.

- ça te fait rire, quand maman dit ça, hein ? Gloup ! Gloup ! Gloup !

Le jeune agent déglutit difficilement en devinant à qui elle s’imaginait raconter cette histoire et poussa la poignée de porte en urgence, sans succès.

- ouvre-moi, Blair !

Seule la voix choquée de son compagnon fit sortir la jeune femme de sa rêverie et elle quitta son siège avec précipitation pour rejoindre la porte.

- Manuel, c’est toi ?
- ouvre-moi !
- je … j’en ai pas pour longtemps … t’as qu’à m’attendre dans le salon !
- ouvre-moi, Blair, sinon je défonce la porte !

Contre toute attente, Danny la vit obtempérer mais elle passa seulement sa tête entre la porte et le mur du couloir, histoire de cacher ce qui se trouvait derrière elle.

- qu’est-ce qui se passe ? Demanda-t-elle innocemment. Tu as besoin de quelque chose ?
- à qui tu parlais ?
- à personne, je …
- à qui tu parlais, Blair ?
- à pers … mais qu’est-ce que … NON !

Sans tarder, Danny força le chemin pour rentrer dans la pièce, sous le regard dévasté de sa compagne.

- pourquoi t’as fait ça ? Tu n’avais pas le droit ! Tu as sali cet endroit ! J’espère que t’es content maintenant !

Le jeune agent fut surpris par l’incohérence des propos de sa compagne mais il ne se laissa pas démonter pour autant. Il devait à tout prix lui faire entendre raison et se dirigea tout droit vers l’armoire à pharmacie, s’empara d’un tube d’antidépresseurs et l’agita sous son nez.

- ça fait combien de temps que tu ne les prends plus, hein ?

Son ton se voulait des plus fermes. Il la provoquait sciemment et espérait une quelconque réaction de sa part. Elle ne se fit pas attendre et d’un geste brusque, Blair lui arracha le tube des mains.

- tire-toi.

Il n’en revenait pas du regard noir qu’elle venait de lui lancer sans sourciller. Elle n’avait pas haussé la voix mais son ton se voulait glacial.

- non, rétorqua Danny, d’un air décidé.

Cela lui crevait le cœur de voir sa compagne dans un tel état mais il réussit à rester de marbre, en apparence du moins.

- allez, fiche le camp d’ici, Mancini. J’veux plus te voir.

Le regard contrarié, elle pointa la sortie du doigt mais Danny ne broncha toujours pas. Il n’était pas fier de ce qu’il avait fait, d’avoir fouiller dans son intimité de la sorte mais il avait eu besoin de réponses sur l’instant et il savait la jeune femme incapable de lui les apporter.

- je suis désolé.
- tu peux l’être. Je n’ai pas besoin d’un sale fouineur chez moi !
- je suis désolé pour ton fils, précisa Danny.

Elle se trouvait face à lui et il la sentit se tendre immédiatement. Elle le fixa d’un air triste mais refusait de lever le masque.

- quoi, mon fils ? Brennan va très bien, il rentre ce soir de chez son père. Tu te souviens ?

Elle esquissa un léger sourire enthousiaste et Danny se mit à secouer la tête, se sentant totalement impuissant face à une telle situation. Ça n’allait pas être simple.

- je t’en prie, bébé. Regarde cet endroit, dit-il, en tendant un bras vers l’extérieur. Je sais ce qui s’est passé ce matin-là.
- il ne s’est rien passé.
- je sais ce que ce salaud lui a fait.

Blair inspira profondément puis fit demi-tour sur elle-même ayant la ferme intention de quitter la pièce. Elle ne comptait pas apporter le moindre crédit au « baratin » de son compagnon.

- je sais à quel point c’est dur …

Il la vit faire non de la tête de dos. Ce n’est pas ce qu’elle avait envie d’entendre.

- c’est dur à accepter qu’il soit parti … pour toujours …

Elle marqua un temps d’arrêt. Elle ne voulait pas évoquer ce drame. Pas maintenant. Pas avec lui.

- … que tu ne puisses plus lui raconter d’histoires avant de s’endormir …que tu ne lui prépares plus son chocolat tous les matins … que …
- la ferme …

Il capta son attention, enfin. Elle tourna la tête vers lui. Il lui parlait avec douceur, mais Blair le fusillait du regard en cet instant.

- tu sais qu’il ne va pas rentrer auprès de toi ce soir …
- tais-toi … j’t’en prie …

L’expression de son visage avait changé. Elle se mit à crisper la mâchoire. Elle était au bord des larmes.

- tu le sais bien …
- tais-toi … s’il te plaît …
- bébé …

Il frôla délicatement du bout des doigts l’avant-bras de sa compagne. Il voulait qu’elle se laisse aller auprès de lui. Qu’elle n’ait pas honte de pleurer à ses côtés.

- non, je …

Blair repoussa doucement son geste et rejoignit tranquillement le fauteuil où elle était assise auparavant.

- il faut que je lui raconte la fin de l’histoire. C’est sa préférée.

Danny observa immédiatement son air enthousiaste. Elle semblait parfaitement heureuse, dans son monde. Ce monde bien à elle.

- tu peux nous laisser ?

Le jeune agent hocha la tête de manière compréhensive.

- je suis à côté, si besoin.
- t’es un ange.

Elle le remercia d’un sourire et Danny referma la porte derrière lui, le visage défait. Il venait de comprendre qu’il ne la ramènerait pas à la raison. Pas tout seul.



source du conte : La baleine Germaine

*************

Blackout (partie 6)

Publié le 23/02/2010 à 00:30 par danieletbetty
Danny esquissa un léger sourire en observant la mine réjouie de sa compagne.

- quoi ?
- tu sais où nous sommes, Manuel.
- mmmh … laisse-moi deviner … au milieu du jardin, je crois, répondit-il, l’air moqueur.

Lovés l’un contre l’autre sur la balancelle de Blair, ils profitaient tous deux des premiers rayons du soleil.

- tu ne te souviens pas alors, déplora-t-elle.
- bien sûr que je me souviens, c’est ici qu’on s’est rencontrés.

Il posa délicatement sa main sur le genou de la jeune femme qui se colla encore plus contre lui.

- mon cœur s’est mis à battre à cent à l’heure dès que je t’ai vu, avoua-t-elle. Ça ne m’avait jamais fait ça auparavant. Ce jour-là, j’ai compris qu’il y avait une raison à tout ce qui m’était arrivé.

Le jeune agent déposa un tendre baiser dans le cou de sa compagne et elle tourna la tête en sa direction pour venir chercher ses lèvres.

- j’ai l’impression que c’était hier, affirma-t-elle, rêveuse.
- moi aussi.

Le silence s’installa petit à petit. C’était l’instant idéal. Le moment propice aux confidences, pensa Danny. Il devait lui faire admettre qu’elle devait être hospitalisée et avait besoin de soins médicalisés à temps plein.

- je veux aller mieux. Je veux seulement aller mieux, Manuel.

C’est comme si elle avait lu dans ses pensées. La voix tremblante de sa compagne émut le jeune agent et il prit la main de cette dernière dans la sienne dans un geste tendre.

- je sais, bébé. Je sais bien.
- je refuse de te perdre.
- tu ne me perdras pas. Jamais.

Il réussit à capter son regard et la fixa droit dans les yeux, comme pour appuyer ses propos. Il était persuadé qu’il pouvait tout mener de front. Être à la fois un père attentif pour ses enfants à New York et un compagnon dévoué pour Blair à Houston.

- hé ho ! Vas-y ! Dis-le tout de suite si j’te soûle !
- mmmmh ?

La voix agacée d’Hailey fit immédiatement sortir le jeune agent de sa rêverie.

- tu disais ?
- je disais que … et merde, j’ai perdu le fil maintenant … fait chier !

Elle se mit à grimacer et Danny se mordilla la lèvre inférieure afin de retenir le sourire qui lui brûlait les lèvres en cet instant.

- j’ai peur, avoua Blair, à voix basse.

Elle marqua un temps d’arrêt devant la porte de sa maison, tenant fermement du bout des doigts la clé qui était déjà dans le trou de la serrure.

- moi aussi, bébé. Mais ils vont bien s’occuper de toi là-bas.

Danny vint se poster juste derrière elle et l’entoura de ses bras avec douceur.

- tu vas nous revenir en pleine forme.
- mais si ça ne va pas mieux justement ? Si je n’arrive pas à guérir ?
- impossible. C’est pas prévu dans mon plan ça.

Sa voix se faisait rauque et Blair effectua un demi-tour sur elle-même pour faire face à ce regard brun pénétrant.

- ah oui, et quel est ton plan alors ?

Elle le toisa d’un air coquin et Danny posa délicatement son front sur le sien, ne la quittant pas des yeux une seule seconde.

- toi et moi à nouveau ensemble et plus amoureux que jamais.
- plus que jamais, affirma Blair.

C’était ce qu’elle se répéterait entre les quatre murs de sa chambre de l’hôpital psychiatrique, à chaque fois qu’elle aurait une baisse de moral.
Elle savait que ça allait être difficile de tenir tout ce temps sans lui. D’autant qu’elle n’aurait même pas le droit à ses précieuses visites.

- je t’écrirai toutes les semaines.
- vraiment ? S’étonna Blair.

Elle haussa un sourcil en sa direction et Danny opina fièrement du chef.

- j’emprunterai le papier à lettres Spider-Man de BJ.

Blair sourit à la plaisanterie de son homme mais les larmes qui commençaient à perler au coin de ses yeux, trahissaient son émotion.

- hey … ça va aller ma puce …je te le promets.

D’un geste tendre, le jeune agent essuya une larme qui venait de rouler le long de sa joue.

- embrasse-moi.

Il ne se fit pas prier et vint chercher ses lèvres avec douceur, dévorant sa bouche avec envie et mélangeant sa langue à la sienne avec la passion habituelle qui l’animait. Blair choisit ce moment pour passer ses bras autour du cou de Danny. Elle raffolait de ses baisers sensuels, du bout des lèvres.
Le klaxon du taxi qui l’attendait devant l’entrée mit fin à leur étreinte. Elle détestait déjà ce moment. Elle le détestait vraiment.

- pas d’au revoir, ok ?

Elle acquiesça en silence. Son homme trouvait toujours quoi dire en toute circonstance. Elle s’approcha une dernière fois de lui et quand elle le serra très fort dans ses bras, elle en profita pour faufiler sa bouche tout près de son oreille.

- je t’aime, bébé.
- moi aussi.

Elle ferma les yeux un instant, en ayant reçu exactement la réponse qu’elle attendait puis elle croisa son regard une nouvelle fois tout en lui prenant la main.

- pas d’au revoir, se rappela-t-elle.

Ils échangèrent un sourire et Blair lâcha la main de son homme pour s’engouffrer finalement dans ce taxi qui s’éloigna sous le regard triste de Danny.

- et là, t’as Yume qui se met à pisser sur moi ! ‘Tain, j’te jure, j’ai cru que j’allais le rosser ce foutu cochon d’Inde !
- mais ça va pas ! T’es pas bien ?

Vexée que Danny ne prête pas attention à ses propos, Hailey venait de le frapper violemment sur son avant-bras, ce qui avait enfin fait réagir le jeune agent.

- quoi ? C’est toi qui l’as cherché ! Et on peut savoir c’qui te fait psychoter comme ça ? T’as la haine parce que ta copine s’est tirée, c’est ça ?
- non, je … une minute … qui t’a dit que Blair était partie ?
- et ben, faut que t’atterrisses, mon coco ! Ça fait tout l’tour de la ville en ce moment-même, j’te signale ! Y racontent tout et n’importe quoi. Perso, moi j’dis qu’elle a dû péter un câble à cause du clivage de son Moi et …
- quoi ?
- ben ouais, elle nous a fait une rupture psychique de son Moi, quoi ! En fait, y a eu une scission d’une partie de son Moi qui ne communiquait plus avec l’autre partie. Ce qui fait qu’elle savait pour son fils mais elle ne voulait rien savoir en fin de compte. C’est clair, nan ?
- très, ironisa-t-il. Je ne savais pas que tu t’y connaissais dans ce domaine.
- et ouais, qu’est-ce que tu croyais, mon coco ? Ça t’en bouche un coin, hein ? C’est que j’aurais pu être psy si j’avais eu le temps !
- docteur Hailey Haynes, ça sonne bien, se moqua Danny.
- je trouve aussi. Ah oui, au fait, toutes mes félicitations pour tes mômes !

L’air enthousiaste, elle déposa une petite tape sur l’épaule du jeune agent qui affichait un sourire crispé. Il semblait mal à l’aise qu’elle évoque un tel sujet avec lui.

- t’as pas chômé à c’que j’vois ! ‘Tain, sérieux, quand j’ai vu ta tronche à la télé … quatre mômes en plus, j’ai halluciné ! Mais tu devrais penser à te faire faire une petite vasectomie en passant ou un truc dans le genre, parce qu’à ce train-là, dans cinq ans, t’auras une équipe de foot !
- c’est le docteur Haynes qui parle là aussi ? Railla-t-il.
- oh ça va, te fâche pas, mon coco. ‘Tain, quand j’pense que t’es du FBI … j’l’avais pas vu v’nir celle-là ! En plus, j’trouvais que ça t’allait vach’ment bien de travailler sur les chantiers. T’es sûr que tu veux pas rester bosser avec nous ?
- je ne peux pas.

La jeune femme rousse sentit toute la déception de son collègue dans le son de sa voix. Elle avait le sentiment qu’il s’en allait plus par devoir que par plaisir.

- ouais, c’est clair. C’est chaud à cause des gosses, j’te comprends. Alors, comment qu’c’est ? On s’dit ciao maintenant ou …

Sans prendre la peine d’attendre la réponse de Danny, Hailey s’avança vers lui et le serra fort dans ses bras. Le jeune homme passa à son tour un bras autour de la taille de cette dernière. Il venait de réaliser que contre toute attente, cette vraie pot de colle allait sacrément lui manquer.

- rentre-bien mon coco.
- c’est promis, ma cocotte.

Il pensait qu’elle allait mettre fin à leur étreinte mais au lieu de ça, il sentit ses mains se poser éhontément sur ses fesses. Elle ne se contentait pas seulement de les pincer, mais les tâtait maintenant avec intérêt.

- Haileyyyy …
- mmmh ?
- arrête ça.
- arrête quoi ?
- de faire ton marché. Elles ne sont pas à vendre.
- t’es jaloux, c’est ça ? Tu peux toucher les miennes aussi, si tu veux.

Elle fit alors demi-tour sur elle-même, releva légèrement sa tunique et lui présenta ses fesses sans la moindre honte.

- allez, vas-y, te gêne pas. Profite du matos.
- non, merci. Ça ira.
- allezzzz, te fais pas prier, mon cochon. Fais-toi plez’.

Elle se saisit alors au même moment de la main de Danny dans le but de lui la poser sur son postérieur mais le jeune agent la retira brusquement. Hailey se mit à grimacer au même moment mais ce n’était pas pour les raisons qu’il croyait.

- oups, y a mister B’ qui est entrain de me mater là … j’crois que j’me suis fait pécho en flag’. J’te laisse mon coco ! Bisous où tu veux !

Ni une, ni deux, la jeune femme rousse se volatilisa en coup de vent, par peur des représailles émanant directement de son patron au chantier. Ressentant à nouveau ce besoin d’être seul, Danny se réfugia alors dans un coin tranquille du grand salon des Brown, à l’abri des regards indiscrets. Toute la famille avait tenu à organiser cette soirée en son honneur mais malgré ses multiples efforts pour se fondre dans l’ambiance, il n’avait franchement pas le cœur à faire la fête. Son verre de jus d’orange à la main et sa cigarette à la bouche, il sursauta en entendant la voix masculine provenant de derrière son dos.

- tu fumes maintenant ? C’est nouveau ?
- en fait, ça fait bien 500 ans que ça existe, Jack.

Il esquissa un léger sourire carnassier devant la moue de son patron alors que Vivian le toisait d’un air surpris. Elle semblait étonnée qu’il maîtrise un tel sujet.

- j’aide BJ pour ses devoirs.

Son explication avait l’air de la satisfaire. Il leur proposa ensuite poliment une cigarette en agitant son paquet devant leur nez.

- non, merci Dan, refusa Vivian.

Jack fit non de la tête avant d’évoquer la suite de leur enquête.

- on a interrogé les voisins des Mancini à l’époque et apparemment, ils avaient tout de la famille modèle.
- ou c’est ce qu’ils ont réussi à leur faire croire, affirma Vivian. J’ai eu Sam au téléphone, ils n’ont pas pu mettre la main sur Miguel pour l’instant. Ils ont lancé un avis de recherche national.

Danny hocha la tête de manière compréhensive. Il avait foi en leurs méthodes de travail.

- alors, prêt pour le grand départ ? lui demanda Jack, avec entrain.
- toujours prêt.

Il fit mine de se réjouir, ce qui fit sourire Vivian. Sa collègue le trouvait bien trop enthousiaste pour qu’il soit sincère.

- j’ai appelé Tess pour la mettre au courant de notre heure d’arrivée.

Vivian s’était chargée elle-même des derniers détails. Elle pensait que Danny préférerait sûrement parler à sa femme de vive-voix. Une fois de retour chez eux.

- les enfants ne tiennent plus en place. Bianca et Tyler sont tellement imp…
- merci, Viv.

Il la coupa en plein élan et même si sa collègue en fut étonnée sur le coup, elle ne broncha pas. Elle avait remarqué son malaise à chaque fois que quelqu’un évoquait les sentiments de sa famille à son égard. Cela semblait être un poids trop lourd à porter pour lui pour l’instant. Elle n’insista pas.

- sympa, la soirée.

Jack avait balayé les lieux du regard, préférant changer de sujet en sentant le malaise s’installer petit à petit dans la pièce.

- servez-vous, dit Danny, en désignant d’un signe de tête le buffet devant lui. Venus est un vrai cordon bleu.
- c’est gentil, mais on ne va pas rester. On a une journée plutôt chargée demain.
- notre vol est à dix heures, précisa Jack.
- ne t’inquiète pas, j’ai déjà mis le réveil.

La plaisanterie de son agent fit sourire Vivian avant qu’elle ne lui prodigue un de ses précieux conseils.

- essaie de dormir, Dan.
- c’est promis. Bonne nuit.
- à demain, le salua sobrement Jack.
- onze heures, c’est ça ? Demanda Danny.
- c’est d…

Son patron voulut le reprendre mais lorsqu’il comprit qu’il se jouait de lui, il secoua la tête d’un air amusé. Décidément, avec ou sans sa cigarette au bec, leur agent Taylor restait le même.

**************

Sa tasse de café fumante encore dans la main, Danny tourna une nouvelle fois la tête en direction de la rampe d’escaliers, ce qui n’échappa à la vigilance de monsieur Brown qui prit place juste en face de lui à table.

- il ne veut pas descendre, annonça Ben.

Toute l’ampleur de sa déception était perceptible dans le ton de sa voix.

- il pense que s’il ne te dit pas au revoir, tu ne partiras pas.
- je suis désolée, ajouta sincèrement Venus.
- est-ce que je peux …
- bien sûr. Vas-y.

La maîtresse de maison venait de lui accorder sa permission alors Danny se dirigea à pas de loups vers la chambre de BJ. Il toqua à plusieurs reprises, sans succès. L’enfant n’avait pas daigné lui répondre alors il se décida à prendre les devants et poussa lentement la poignée de porte avant d’entrer dans la pièce.

- BJ ? L’appela-t-il, à voix basse. BJ, regarde-moi.

Le garçon était allongé de tout son long sur son lit et lorsqu’il avait vu le jeune agent arriver, il avait fermé immédiatement les yeux.

- je t’ai vu. Je sais que tu ne dors pas.

L’enfant se mit alors à soupirer et toisa son interlocuteur droit dans les yeux.

- tu pars toujours ?

Danny acquiesça tristement et BJ se tourna immédiatement de l’autre côté du lit, tout en serrant son oreiller encore plus contre lui. Se retrouvant ainsi de dos face au jeune agent, il l’entendit venir s’asseoir juste à ses côtés.

- BJ …
- pourquoi tu t’en vas ?

Son ton était clairement celui du reproche. Il fixait un point à l’horizon en évitant sciemment de croiser le regard de Danny.

- parce qu’il le faut. Tu comprendras quand tu seras plus grand.
- mais j’suis déjà un grand.
- c’est vrai, sourit Danny. Donc tu sais que les grandes personnes sont parfois obligées de faire des choses même quand elles n’ont pas envie de les faire. C’est comme ça.
- tu reviens pu jamais alors …

BJ refusait toujours de croiser le regard du jeune agent et se mit à crisper la mâchoire, ne faisant qu’énoncer la triste vérité.

- ça dépend.
- pfffff … de quoi ?

Son ton se voulait désabusé. Il pensait maintenant que Danny se jouait de lui alors qu’il ne disait pas cela à la légère. Il fallait que le garçon le croit. Il trouva la parade idéale.

- qu’est-ce tu dirais d’aller au prochain match des Houston Dynamo contre les Los Angeles Galaxy ? Je t’invite.
- c’est vrai ?

Danny ne put réprimer un sourire au ton enthousiaste employé par BJ. Cette proposition avait l’air de ravir ce grand fan de football et du club de David Beckham en particulier.

- croix de bois, croix de fer …
- TROP COOLEUUU !

Le jeune agent eut à peine le temps de finir le signe de croix sur son torse, que BJ lui avait déjà sauté brusquement au cou et le serrait maintenant très fort dans ses bras. Ému par son geste, Danny posa délicatement sa main dans le dos de cette petite tête bouclée en retour.

- tu vas me manquer, champion. Tu le sais ça ?

BJ se mit à hocher la tête dans le creux de son cou. Bien sûr qu’il le savait. En plus, grâce à Super Manny, il pourrait assister à un match de son idole en direct live depuis les tribunes du Robertson Stadium … trop géant, quoi !

- j’aimerais que tu fasses une chose pour moi, mon grand.
- quoi ?

Le garçon retira ses bras du cou de Danny et le fixait maintenant attentivement sans sourciller.

- veille bien sur tes parents, ok ? Tu peux faire ça pour moi ?
- j’arrive à tout faire, moi, rétorqua « modestement » le garçon.
- je sais, sourit Danny. C’est pour ça que je te le demande.
- ok ! Répondit BJ, avec entrain.
- allez, on se revoit bientôt, bonhomme.

Assis juste à côté de lui, Danny vit BJ lui serrer avec panache la main qu’il venait juste de lui tendre. Dieu sait que le jeune agent avait encore moins envie de partir à présent, et pourtant, il le fallait bien. Il se leva alors du lit à contre-cœur et se dirigea lentement vers la porte jusqu’à ce qu’il entende la voix enjouée de BJ le relancer.

- t’oublie pas pour le match, hein ?
- non, je mets une croix sur le calendrier dès que je suis arrivé, lui assura Danny.
- y z’ont des calendriers à New York ? Plaisanta l’enfant.
- c’est une bonne question, sourit le jeune agent, en entrant dans son jeu.

De toute manière, calendrier ou pas, il savait qu’il détesterait déjà la Grande Pomme.

- ça va ?

La mine soucieuse, Venus questionna Danny juste en bas des escaliers, elle l’avait entendu descendre et refermer la porte de la chambre de BJ derrière lui.

- tout va bien.

Le ton du jeune agent se voulait des plus rassurants et elle en fut soulagée. Elle aurait trouvé cela dommage que son fils et Manny ne se quittent pas en bon terme. Le bip du téléphone portable du jeune agent se fit ensuite entendre dans l’entrée. C’était un SMS de Jack qui lui signalait que Vivian et lui l’attendaient devant la maison. Il mit alors les Brown au courant puis posa son sac de voyages juste devant la porte.

- bien … cette fois, je crois que c’est le moment.

Il esquissa un léger sourire nerveux, espérant que le couple ne voit rien de la vive émotion qui le gagnait en cet instant.

- oui ... c'est l'heure, confirma Venus.

Un sourire crispé s’affichait sur ses lèvres, elle semblait aussi mal à l’aise que le jeune agent.

- merci pour tout. Je vous rembourserai dès que …
- tu ne nous dois rien, le coupa Ben.

Les deux hommes échangèrent alors une franche poignée de main et à la plus grande surprise de Danny, le père de famille l’amena ensuite vers lui pour lui taper d’une manière bien virile dans le dos et pour finalement le prendre dans ses bras, afin de partager un câlin typiquement masculin mais néanmoins des plus sincères. Danny se tourna ensuite vers Venus, devoir lui dire au revoir était probablement la chose la plus difficile au monde. Elle avait fait tellement pour lui.

- je ne sais pas comment …
- viens par là.

Venus le coupa dans son élan et ouvrit grand les bras pour voir Danny s’approcher et l’étreindre tendrement tout contre lui. Elle était un tout petit peu plus petite que lui et il n’hésita pas à déposer un doux baiser sur son front couleur chocolat.

- fais-moi plaisir. Reviens vite nous voir.
- c’est promis.

Il resserra encore plus son étreinte. Il savait qu’il serait toujours le bienvenu ici.

- et prends bien soin de ta famille. C’est le plus important.

Il acquiesça en silence et vit Ben lui passer gentiment son sac de voyage avant de passer un bras musclé autour de la taille de sa femme, qui laissa reposer sa tempe sur le creux de son épaule.

- à la prochaine, Danny.
- le plus vite possible, sourit Venus.

Comme une énième promesse qu’il leur faisait, le jeune agent opina rapidement du chef et son sac de voyages à la main, il franchit ainsi le seuil de l’entrée en mettant tout de suite ses lunettes de soleil sur le nez pour cacher les larmes qui naissaient au coin de ses yeux.
Cette famille lui avait vraiment tout apporté, un vrai foyer. Et c’était un profond déchirement pour lui de devoir les quitter ainsi.

- ça va, Dan ? Lui demanda gentiment Vivian.

Il hocha la tête sur la banquette arrière de la voiture de ses deux collègues. Il n’avait pas envie de parler et l’agent Johnson comprit qu’elle ne devait pas insister.

- on y va, dit calmement Jack.

Il mit ainsi le moteur de sa voiture en marche et roulait maintenant à vive allure. L’esprit de Danny vagabondait au son de l’auto- radio que Vivian venait d’allumer, il se mit à fixer le paysage qui défilait sous ses yeux, sa tête posée contre la vitre.

I hope you’re doing fine out there without me
'Cause I'm not doing so good without you
The things I thought you'd never know about me
Were the things I guess you always understood

I can’t take another day without you
'Cause, baby, I could never make it on my own
I've been waiting so long just to hold you
And to be back in your arms where I belong

La seule chose qu’il avait envie de faire à cet instant était de stopper la course de cette voiture pour retourner directement chez lui. Dans sa vraie famille. Et pas à New York. Parce que ce n’était pas la ville des Brown. Parce que ce n’était pas celle de Blair. Parce que Houston était devenu sa ville.

*************

Dès que Jack arrêta sa voiture devant la maison de Tess, avec à son bord, Vivian et Danny, ce dernier s’empressa de sortir son sac de voyage du coffre.

- ça va aller ?

L’agent Malone fixait son agent d’un air soucieux et passa avec précaution sa tête à travers la vitre.

- je pense pouvoir m’éviter un tour de rein jusqu’à l’entrée au moins, ironisa le jeune agent.
- Danny …

Vivian laissa s’échapper un soupir exaspéré alors que son collègue rejoignait maintenant le côté de sa portière, son bagage en main. Ils savaient tous que par cette simple question, Jack l’avait invité à se confier sur la manière dont il gérait ce tout nouveau départ à New York, mais encore une fois, le jeune latino avait préféré botter en touche.

- fais-moi plaisir. Repose-toi bien, ok ?

Le trajet avait été long et en vraie mère « poule », Vivian se montrait attentive à l’égard de son « poussin ».

- c’est plutôt à lui que tu devrais dire ça. Je le trouve un peu pâle.

L’air moqueur, Danny se pencha à hauteur de la vitre et désigna ainsi Jack du doigt. Vivian se pinça immédiatement les lèvres pour retenir le sourire qui lui brûlait les lèvres en cet instant alors que le visage de son collègue affichait une légère grimace.

- appelle-nous, si besoin.

Danny acquiesça en silence et remercia sa collègue de sa sollicitude par un franc sourire. Elle lui rappelait vraiment Venus sur certains points.

- bonne nuit, lui souhaita Jack.
- vous aussi.

Le jeune agent tapa ensuite avec énergie sur le capot de la voiture et vit s’éloigner le véhicule de ses deux collègues avec regret. Le moment qu’il redoutait tant se jouait maintenant sous ses yeux. Son sac de voyages à la main, il se retourna pour observer ainsi la grande maison qui se trouvait juste devant lui et il en ressentit immédiatement un nœud à l’estomac. Pourquoi tout devait-être toujours si compliqué ? Pourquoi ne pouvait-il pas vivre une vie paisible à Houston avec Blair ?
Il ne se sentait pas prêt. Pas prêt à affronter cette réalité et encore moins à retrouver les siens et cette indifférence sans nom le rongeait de l’intérieur.

- me ofreces uno ?

Sa cigarette en bouche, Danny vit un jeune homme avec un léger accent mexicain s’approcher dans son dos. Un homme qu’il ne connaissait ni d’Eve, ni d’Adam mais qui n’avait pourtant pas hésité à l’aborder pour lui taxer une clope.

- quién eres ?

Malgré l’attente du jeune agent, l’inconnu ne déclina pas son identité et piocha dans le paquet que Danny venait de mettre sous son nez puis emprunta aussi son briquet.

- Jack a peur qu’il y ait des représailles après ton enlèvement. On surveille la maison à tour de rôle, avoua-t-il, enfin.
- comment ça, surveiller ? En pleine rue ? On risque à peine de vous repérer, railla Danny.
- tu ne crois pas si bien dire. On fait parti du décor maintenant.

Le jeune agent affichait maintenant une moue dubitative alors que son interlocuteur venait de regagner ses quartiers. D’où ce type pouvait-il bien sortir ? Il comptait bien tout faire pour répondre à cette question lorsque …

- C’EST LUIII !!! Cria une voix féminine, sur la pelouse.

Il eut à peine le temps de se retourner que deux adolescents déchaînés avaient foncé tout droit sur lui et l’étreignaient maintenant tendrement dans leurs bras.

- ça va ?

Danny hocha la tête pour répondre à la question de cette brunette aux yeux couleur azur qui le toisait maintenant d’un air inquiet. Il remarqua immédiatement les larmes séchées sur ses deux joues rosies par le froid. Elle les avait sûrement discrètement essuyées avec la manche de son sweat-shirt à capuches de marque.

- t’es sûr ? Lui demanda à son tour, son frère.
- certain.

Danny esquissa un léger sourire en coin. Il allait surtout mieux depuis qu’il pouvait à nouveau respirer et que les deux adolescents avaient cessé de lui compresser sa cage thoracique.

- vous avez mis super longtemps, se plaignit Tyler.

Il semblait vouloir à tout prix prendre le retour de son père adoptif d’un air aussi détaché que possible. Mais Danny n’était pas dupe de son jeu. Sa voix tremblait. Il était aussi ému que son aînée.

- notre vol a été retardé de quelques heures, expliqua calmement Danny.
- attends, viens. Je te prends ton sac !

Ni une, ni deux, Bianca arracha donc au jeune agent son bagage des mains, sous le regard surpris de celui-ci. Ils marchaient maintenant tous les trois en direction de la maison. Leur maison.

- alors, comment que c’était Houston ?
- j’ai entendu qu’il faisait un froid de canard là-bas, ajouta Bianca.

Danny s’apprêtait à répondre lorsqu’il vit Tyler reprendre violemment son sac de voyages des mains de sa sœur.

- putain, tu fais chier, Ty !

Elle hurla d’une voix frustrée contre son frère alors que ce dernier venait de courir tout droit vers la grande maison et avait refermé la porte derrière lui avec le sac de Danny entre les mains.

- grrrr ... je vais le tuer !

Bianca avait froncé les sourcils et venait de retrousser ses manches, d’un air déterminé. À cet instant, Danny ne donnait pas cher de la peau de Tyler mais la voix masculine qui venait d’appeler son nom changea toute la donne.

- t’as oublié ton briquet !

Le jeune agent attendit alors que l’inconnu à la cigarette vienne jusqu’à lui pour le remercier de son geste.

- Gabriel, s’extasia alors l’adolescente, à la vue du jeune mexicain.

Comme si le simple fait qu’il soit là, venait d’égayer toute sa journée. Elle sentait ses joues rosir petit à petit et cette fois, ce n’était pas le froid qui en était la cause.

- ça va, Bianca ?

Le jeune sud-américain lui offrait maintenant son plus beau sourire, celui-là même qu’elle désignait comme le plus craquant quand elle parlait du « Sex Mex » avec sa meilleure amie durant des heures au téléphone. Cela faisait maintenant deux mois et demi que l’agent García alternait les surveillances dans le quartier et qu’elle avait flashé sur lui dès le premier regard. Et quel regard. Rien n’a voir avec le noir des ténébreux, mais qui avait pourtant quelque chose d’impénétrable, de mystérieux et auquel elle se sentait irrémédiablement attirée.

- bien … très bien, répéta-t-elle, en bégayant.

Ses jambes jouaient des castagnettes, sa gorge était sèche et son cœur battait la chamade. Elle n’arrivait plus à aligner deux mots à la suite en sa présence et se sentait la fille la plus stupide du monde en cet instant.

- heu … je …

Ne sachant plus trop comment se comporter en pareille circonstance, Danny laissa échapper un raclement de gorge qui était loin d’être discret et qui fit tout de suite réagir sa fille adoptive.

- vas-y, je te rejoins.

Joignant le geste à la parole, elle tendit alors un bras vers l’extérieur pour lui montrer le chemin à suivre alors qu’elle comptait bien prolonger sa conversation monosyllabique avec Gabriel.

- merci pour la cigarette, mi cuate.
- c’est ça, marmonna Danny, la mâchoire crispée.

Il fit un léger signe de tête au jeune mexicain avant de se diriger tout droit vers la grande maison. À peine arrivé dans cette maudite ville, il fallait qu’il supporte la vision de sa fille de quinze ans faire de l’œil à un homme qui faisait deux fois son âge. Il poussa alors un soupir de frustration. Il voulait qu’on lui rende sa vie à Houston … maintenant.

*************

Tess ne pouvait plus détacher son regard de la scène qui se jouait à seulement quelques mètres sous ses yeux. Observant avec émotion son mari, sa fille et Gabriel en pleine conversation depuis la fenêtre du salon, elle sécha les larmes qui venaient de rouler le long de ses joues sans qu’elle ne puisse les contrôler.
Ce moment, elle l’attendait depuis trois longs mois déjà. Sain et sauf, une mine superbe, elle trouvait son époux plus séduisant que jamais. Et voilà qu’il se dirigeait tout droit vers leur maison.
Elle retint un léger sourire en coin lorsqu’elle entendit retentir la sonnette de l’entrée. Si la situation n’était pas ce qu’elle était, elle trouverait presque ce détail cocasse.

- ……

Elle aurait voulu l’accueillir avec un mot gentil mais aucun son ne put sortir de sa bouche à cet instant. Maintenant qu’elle se retrouvait face à lui, cette vague d’émotion à la fois intense et familière, et contre laquelle elle ne pouvait plus lutter, avait refait surface et l’avait cueillie sans prévenir. Elle fit alors signe à son mari d’entrer, d’un simple geste de la main et Danny s’exécuta. Elle referma ensuite la porte derrière lui mais resta de dos, tentant en vain de reprendre ses esprits. Elle souffla un bon coup pour retrouver son calme mais ses yeux la piquaient encore plus. Le simple fait de le sentir derrière elle, faisait relâcher la pression de ces derniers mois. Elle passa ses deux mains sur son visage puis les arrêtèrent sur sa bouche, sous le regard circonspect de Danny.

- ça va ?

Son ton se voulait doux, compréhensif. Il la vit hocher sommairement la tête mais ses gestes contredisaient ses dires. À la plus grande surprise du jeune agent, elle monta ainsi avec précipitation à l’étage, le laissant tout seul à l’entrée. Ce n’était pas vraiment l’accueil auquel il s’attendait de prime abord mais il pouvait comprendre ce besoin qu’elle avait de s’isoler et de ne pas craquer devant lui.
Les mains dans les poches de son jean, il s’avança alors avec hésitation jusque dans le salon lorsqu’une voix masculine se fit entendre derrière lui.

- DANNY !

Il se retourna immédiatement et fit face à un homme au ton des plus enthousiastes, qui semblait vraiment ému de le revoir. Ce dernier lui tapa avec amitié dans le dos puis se recula, un sourire radieux s’affichant toujours sur ses lèvres.

- comment tu te sens, vieux ?

Le jeune agent se contentait de toiser son interlocuteur d’un œil inquisiteur, surpris de cette soudaine familiarité entre eux.

- … mieux.

Mais il n’avait visiblement pas été assez discret et l’homme qui se trouvait juste en face de lui semblait avoir deviné ses pensées et paraissait s’en être offensé. Danny ne voulait blesser personne. Mais encore une fois, ce qu’il désirait à tout prix éviter venait bel et bien d’arriver. Cela devenait une fâcheuse habitude ces derniers temps.

- désolé, dit-il sincèrement.

Mais son interlocuteur ne lui en tint pas rigueur et balaya ses excuses d’un revers de la main et en profita pour se présenter à lui.

- Martin Fitzgerald. Le Martin de Vivian et Jack, précisa l’intéressé.
- ce Martin-là !

Levant les yeux au ciel dans un geste théâtral, Danny afficha un sourire au coin des lèvres, amusé par la formule de son collègue. Les deux hommes échangèrent ensuite une chaleureuse poignée de main.

- qu’est-ce que tu …
- on assure la surveillance du quartier avec Gabriel. C’est le …
- je sais qui c’est.

Vu le ton sur lequel Danny venait de prononcer cette phrase, Martin soupçonnait tout le ressentiment que pouvait éprouver son ami à l’égard de son collègue mexicain mais en ignorait la raison.

- j’ai vu Ty fouiner dans ton sac en passant. Il doit chercher le souvenir de Houston que tu lui as ramené.

Danny esquissa une légère grimace. Quels souvenirs ? Il n’avait strictement rien à leur offrir.

- c’est rien. Il s’en remettra, le rassura Martin, en comprenant de quoi il retournait. Ce n’est pas ce qui compte le plus à ses yeux, crois-moi.

Danny hocha brièvement la tête alors qu’il fixait maintenant avec attention les diverses photos de Nathan Thomas et Maggie Rose qui décoraient le petit meuble du salon.

- tu les avais déjà vues ?
- Vivian m’en a apportées quelques unes.

Martin passa sa tête au-dessus de l’épaule de son collègue et se mit à fixer le cadre que Danny tenait à présent dans les mains et qu’ils avaient donc tous les deux sous les yeux.

- vas-y, vas les voir. C’est la première porte à droite, l’incita Martin, en pointant la rampe d’escaliers du doigt.
- je préfère ne pas les réveiller.

Ça et le fait qu’il appréhendait ce moment depuis qu’il avait « appris » leur existence. Il n’était pas prêt à les revoir. Pas encore.

- aucun risque. Tes enfants ont un sommeil de plomb, vieux. Je suis sûre que Tess pourrait passer l’aspirateur juste à côté du berceau de Maggie que la petite ne … ah, ben tiens, quand on parle du loup.

Danny croisa tout de suite le regard bienveillant de sa femme lorsqu’elle fit irruption dans la pièce. Elle semblait bien plus posée et calme qu’elle ne l’était il y a encore quelques minutes. Elle lui adressa un sourire timide auquel il répondit par un sourire crispé, il y avait toujours cette gêne facilement palpable entre eux.

- Martin, qu’est-ce que …
- je fais là ? Je suis venu embrasser ma filleule, dit-il, en parlant de la petite dernière.
- mais bien sûr, quelle question ! Et tu sais que tu es toujours le bienvenu pour ça, sourit-elle. Où est Bianca ?
- elle est en grande conversation avec Gabriel dans le jardin, railla Danny.

Encore ce ton désagréable quand il parlait de son collègue mexicain. Il n’avait pas pu s’en empêcher.

- love is in the air, chantonna alors Martin, l’air moqueur.
- Bianca l’aime plutôt bien, expliqua Tess, en fixant Danny.
- plutôt bien ? S’étonna le parrain de Maggie, en haussant un sourcil en direction de cette dernière.
- bon, oui, elle l’aime tout court. Mais ça a au moins l’avantage de la motiver pour son cours d’espagnol. Je me souviens que tu as passé des heures à lui faire faire des exercices, mais elle ne retenait rien, dit-elle, en s’adressant directement à son mari.

Le jeune agent ne pipa pas mot mais cette conversation le mettait franchement mal à l’aise. Cette manière naturelle qu’elle avait de l’englober automatiquement dans la famille le gênait. Il n’avait pas le sentiment d’appartenir à cette dernière. Et encore moins d’y avoir mérité sa place.

- et là, comme par magie, elle a réussi tous ses derniers contrôles, continua-t-elle.

Gabriel avait donc changé la donne. Il fallait qu’il pense à le remercier d’urgence, pensa ironiquement Danny.

- bonne soirée.

Perdu dans ses pensées, il eut juste le temps de saluer Martin d’un signe de tête alors que ce dernier quittait déjà la maison pour retourner aux côtés de Gabriel dans leur voiture. Danny se retrouvait donc seul avec sa femme dans le salon et pour la première fois de la soirée, il prit le temps de bien la regarder du coin de l’œil et ne put s’empêcher de noter à quel point, elle était ravissante. Cette longue robe grise semblable à une djellaba, ornée d'un châle ivoire, et assortie à de jolies spartiates dorées lui allait à merveille. Une vraie beauté au naturel. Mais bien différente de Blair. Trop peut-être.

- je nous avais fait des lasagnes mais comme votre avion a eu du retard et Ty est passé par là … enfin, tu le connais ...

Elle marqua un temps d’arrêt, réalisant ce qu’elle venait de dire. Il connaissait Tyler, mais aujourd’hui, il ne le connaissait plus.

- c’est un vrai morfale, précisa-t-elle. Si tu veux, je peux te préparer quelque chose. Dis-moi juste ce qui te fer…
- j’ai pas faim, lâcha Danny.

Il s’était rendu compte qu’il avait prononcé cette phrase un peu trop abruptement et se radoucit aussitôt.

- le voyage a été long.

Tess hocha la tête de manière compréhensive.

- tu peux aller te coucher si tu veux.

Danny ne répondit rien mais elle sentait bien qu’il se posait des questions sur cette nouvelle organisation entre eux.

- je t’ai préparé la chambre juste à côté de la nôtre.

Elle ne voulait pas le brusquer et comptait lui laisser le temps de se remettre. Elle restait persuadée qu’il retrouverait la mémoire très bientôt et qu’ils pourraient reprendre ainsi leur vie de famille comme avant, plus soudés que jamais.

- c’est là que tu dormais avant, durant notre petit arrangement.

Danny la suivait sagement dans les escaliers, alors qu’ils approchaient bientôt de la pièce en question.

- ça n’a pas changé d’un iota. Peut-être que ça te rappellera quelque chose.

Ils s’arrêtèrent devant la porte et Tess lui fit signe d’entrer le premier. Il obtempéra et eut la surprise de voir un petit westie blanc venir à sa rencontre et remuer la queue en tournant avec agitation autour de lui.

- hey … doucement, mon grand.
- c’est une femelle … Lady, précisa Tess. On a un lapin nain aussi, il s’appelle Ben comme le … quoi ?

Le petit gloussement de Danny à ce moment-là n’échappa pas à la vigilance de Tess et elle haussa un sourcil en sa direction. Le jeune agent s’était mis à penser à BJ en cet instant. Lui et Monsieur Brown partageaient donc leur nom avec un lapin.

- rien, répondit le jeune agent à la curiosité de sa femme.

Voyant qu’il ne comptait pas se confier à elle, elle reprit alors la parole.

- ah ...Ty a fait le ménage dans tes affaires.

Elle esquissa un léger sourire en voyant que le sac de voyages de son mari avait été mis sens-dessus dessous par leur fils mais Danny ne semblait pas soucier.

- c’est rien, admit-il, le ton indifférent.

Tess balayait maintenant la pièce du regard, craignant le jugement de son mari.

- je sais que la déco est plutôt simpliste mais …
- c’est parfait, la coupa Danny.

Il semblait sincère et elle en fut soulagée.

- bien … dans ce cas …

Elle se recula de quelques pas et se retrouvait ainsi tout près de la sortie.

- si tu as besoin de quelque chose, surtout n’hésite pas.

Il acquiesça en silence mais Tess ne quittait toujours pas la pièce.

- c’est noté, répondit-il finalement afin qu’elle parte.
- ah … heu oui … je te laisse.

Elle lui faisait les yeux doux, sans même s’en rendre compte. Ce visage si expressif lui avait tellement manqué durant ces trois longs mois.

- bien … bonne nuit, Danny.
- bonne nuit.

Elle quitta la chambre, le regard triste et laissa reposer sa tête sur le mur d’à côté. Elle aurait tellement voulu le prendre dans ses bras, sentir à nouveau sa chaleur contre elle mais il ne lui en laissait pas le droit. C’était encore trop tôt. Et elle souffrait de cette distance qu’il mettait entre eux sans même s’en rendre compte. Il n’était pas froid à son égard. C’était bien pire, il se montrait indifférent.
Elle ferma les yeux pour se donner une contenance. Ils surmonteraient cette épreuve. Ensemble. Elle devait y croire. Elle était plus forte que ça et ne baisserait pas les bras avant que son mari lui revienne. Pour de bon, cette fois.

****************

Blackout (partie 7)

Publié le 23/02/2010 à 00:33 par danieletbetty
- hey … bonjour !

Tess accueillit son mari dans la cuisine, le sourire aux lèvres alors que ce dernier se frottait encore les yeux. Il avait passé une nuit difficile, ne trouvant le sommeil qu’à l’aube. Cette chambre new-yorlaise n’avait en rien le confort de celle que lui avait réservée les Brown à Houston.

- bien dormi ?

Le regard bienveillant, Tess le vit hocher brièvement la tête alors qu’il reportait toute son attention à présent sur cette table mise pour cinq. La décoration était somptueuse, sa femme n’avait apparemment rien laissé au hasard. Jusqu’à la couleur des serviettes, le choix des couverts, le petit pot de fleur discret mais lumineux qui traînait au centre.

- ben, assis-toi, l’exhorta-t-elle, avec entrain.

Il s’exécuta et fixa avec attention la multitude de choix qui lui était proposée. Du pain grillé beurré ou complet avec de la confiture de fraises, du café au lait ou thé nature, des oranges pressées ou demi pamplemousses… tout y était. Elle n’avait rien oublié.

- c’est un petit-déjeuner français traditionnel, expliqua Tess. Tu nous en prépares souvent le dimanche … oui, je sais, c’est pas aujourd’hui mais … je me suis dit qu’on pouvait changer de jour pour une fois. Généralement, ça se passe comme ça. Tu trempes ces biscuits dans ton café et si Nathan est levé aussi, il reste debout à côté de toi et quand tu vois juste son regard de cocker dépasser de la table, tu ne résistes pas à lui en donner aussi.

Elle s’empara alors de la boîte en question et la posa juste devant le bol de Danny. Il sourit à l’inscription qui se trouvait sur le dessus de ce dernier : « Daddy Cool ». Sa réaction n’échappa pas à Tess qui s’empressa de lui fournir l’explication nécessaire.

- c’est Ty qui te l’a offert l’année dernière, pour la fête des pères.

Sa voix se faisait tremblante. L’émotion la gagna à nouveau, mais encore une fois, Danny resta de marbre.

- je ne mange pas le matin, avoua-t-il, l’air gêné.
- oh … ok. Parce que d’habitude …

Elle qui pensait lui faire plaisir, on pouvait dire qu’elle avait bien réussi son coup ! Mais elle ne se laissa pas abattre pour autant.

- c’est pas grave … tu bois toujours du café, nan ?

Il opina du chef et elle lui servit donc un bol encore fumant du précieux liquide.

- merci.

C’était peut-être le deuxième mot qu’il prononçait de la matinée. Un vrai miracle. Elle plongea ensuite sa main dans le sucrier, s’empara de deux morceaux lorsque Danny reprit la parole.

- pas de sucre.

Elle haussa un sourcil en sa direction et réalisa soudainement quelque chose. Elle ne connaissait même plus les goûts et les habitudes de son propre mari. Elle ne savait strictement rien du nouvel homme qui se trouvait en face d’elle.
Danny s’empara ensuite du paquet de cigarettes et du briquet qui se trouvaient dans la poche intérieure de sa veste et il s’alluma une clope sous le regard à la fois surpris et contrarié de Tess.

- je peux aller dehors si …
- non, laisse, c’est pas grave. Je vais te chercher un cendrier.

Elle se dirigea alors vers la salle à manger et revint avec l’objet en question dans les mains, qu’elle posa délicatement sur la table, juste en face de Danny.

- voilà.
- il est délicieux.

Il pointa du doigt le liquide dans son bol et le visage jusqu’alors figé de la jeune française se détendit aussitôt.

- c’est vrai ? Tu aimes ?
- … oui, confirma-t-il, le ton moqueur.

Elle se sentait idiote. Totalement. Il l’avait simplement complimentée sur son café. Il n’y avait pas de quoi s’extasier de la sorte.
Le silence s’installa ensuite dans la cuisine, l’esprit de chacun se mettant à vagabonder à leurs projets de la journée.

- bien … c’est l’heure, dit Danny, en jetant un rapide coup d’œil au cadran de sa montre.

Le ton peu assuré, il quitta la table sous l’œil inquisiteur de sa femme.

- comment ça, c’est l’heure ? Où tu vas ?
- au bureau, répondit le jeune agent, comme si la réponse était évidente.
- quoi ? Tu ne comptes tout de même pas retourner travailler aussi rapidement ?

Il fronça immédiatement les sourcils. Mais de quoi elle se mêlait ?

- pourquoi pas ?
- Danny, je t’en prie … sois sérieux enfin. Tu reviens tout juste de l’enfer, tu peux t’accorder quelques jours de repos quand même. Jack sera d’accord avec ça, t’en fais pas.

L’air agacé, il la fixa d’un regard contrarié, sans sourciller. Comme si elle n’avait plus son mot à dire le concernant.

- j’y vais. Merci pour le café.

Sa voix était métallique. Il ne pensait pas un traître mot de ce qu’il venait de dire.

- y a pas de quoi, murmura Tess, en fuyant son regard déstabilisant.

Il quitta ainsi la maison, la laissant seule à table. Elle n’eut pas le temps d’analyser ce qui venait de se passer, les pleurs de Maggie Rose se faisaient déjà entendre dans l'interphone bébé et elle regagna la chambre de leur fille à l’étage.

L’air amusé, Danny arriva dans le jardin et salua Jack et Martin dans leur voiture, alors qu’ils semblaient harassés par une nouvelle nuit de surveillance. L’agent Malone ne fut pas très heureux d’apprendre la détermination de Danny à se remettre aussi rapidement dans le bain mais il pouvait comprendre son acharnement à vouloir coincer le salaud qui s’en était pris à lui et l’avait laissé pour mort sur le bord d’une route de Houston. Il l’accompagna ainsi jusqu’au bureau et ses retrouvailles avec les deux dernières membres de l’équipe se passèrent aussi bien qu’avec Martin.

- sírvete.

Le ton enthousiaste, Elena piocha alors dans la boîte de donuts que Gabriel venait tout juste de déposer au centre de la grande table de l’open space. Ces petites attentions émanant de la part du jeune mexicain, étaient devenues presque une habitude depuis ces trois derniers mois à bosser en équipe.

- eres un ángel.
- lo sé, répondit fièrement ce dernier.

Il s’empara ensuite de la boîte de donuts et vint se poster juste devant le bureau de Sam, à qui il en proposa et qui accepta bien volontiers. Ce fut ensuite au tour de l’agent Taylor, qui effectuait des recherches par ordinateur à son bureau au même moment. Gabriel lui présenta la boîte sous les yeux mais le jeune agent ne s’arrêtait pas de pianoter pour autant.

- Danny ?

L’intéressé jeta un rapide coup d’œil au contenu de la boîte et répondit « non » d’un ton peu avenant.

- ils sont vraiment délicieux. T’as tort de t’en priver, affirma Elena.
- t’en veux pas, t’es sûr ? Insista Gabriel.

Danny ne rétorqua rien cette fois, ne lui offrant que son regard noir en guise de réponse. Un malaise s’installa dans la pièce jusqu’à ce que Sam relance la conversation comme si de rien n’était.

- tu les prends dans la boulangerie en face de l’église ?
- oui, la vendeuse m’en offre toujours une demi-douzaine de plus.
- on se demande bien pourquoi, ironisa Elena.

Le jeune homme avait sûrement dû taper dans l’œil de la vendeuse, sans même s’en rendre compte. Et c’est bien ce qui le rendait le plus attirant d’ailleurs.

- comment va Bianca ?

Gabriel fixait maintenant le cadre photo qui décorait le bureau de Danny et ne put s’empêcher de sourire. Il se tenait debout, juste à côté du siège de Danny, alors que ce dernier avait toujours les yeux rivés sur son écran d’ordinateur.

- elle va.

Toujours ce même ton froid auquel il avait droit. Il ne s’en souciait même plus.

- et Tess ?
- aussi.

Ses réponses étaient courtes et peu amicales. Mais Gabriel n’avait aucunement l’intention de baisser les bras. Il comptait bien continuer cette discussion des plus « cordiales » avec son collègue mais la sonnerie de son téléphone portable le coupa dans son élan.

- García.

Il décrocha et un sourire radieux apparut immédiatement sur ses lèvres lorsqu’il entendit la voix qui se trouvait à l’autre bout du fil. Cette mine soudainement réjouie ne passa pas inaperçue aux yeux des ses deux collègues féminines qui le fixaient d’un air à la fois curieux et amusé. N’ayant pas l’intention de se faire espionner de la sorte, le jeune mexicain s’isola alors dans un endroit au calme, à l’abri des regards indiscrets pour parler en toute liberté.
Pendant ce temps, dans l’open space, Elena et Sam émettaient toutes les suppositions quand à l’interlocuteur ou l’interlocutrice de Gabriel, en cet instant.

- et toi, Danny ?
- tu penses que c’est qui ?
- sa môman. Le fiston a dû oublié son goûter.

Les deux jeunes femmes secouèrent la tête d’un air amusé, à la jalousie de leur collègue envers son remplaçant. Quand il avait quelqu’un dans le nez, c’était pour de bon.

- Dan … mais qu’est-ce que …

Vivian ne put cacher sa surprise et son émotion de voir son agent à nouveau à son bureau, comme au bon vieux temps.

- Jack m’a donné sa permission, répliqua-t-il, craignant de se faire « gronder ».

Vivian hocha la tête de manière compréhensive et reporta toute son attention sur la boîte de donuts qui traînait encore sur le bureau de Danny.

- c’est toi, qui les apportés ?
- non, c’est le sergent García, railla-t-il, fier de sa plaisanterie.
- tu crois que je peux y toucher ou ils sont tous empoisonnés ?

Face aux moqueries de sa collègue, Danny lui tendit un donut, tout en prenant un air ridiculement triste.

- tu me manqueras, Vivian.

L’agent Johnson s’empara du donut en question et déposa une petite tape sur le bras de son collègue. Ce qu’il pouvait être taquin quand il s’y mettait.

- Maritza Menounos.

La voix de Jack se fit entendre dans l’open space et tous les regards de ses agents se retournèrent vers lui.

- qui est-ce ? Lui demanda Vivian.
- la petite amie de Miguel Mancini. Ils ne sont plus ensemble mais d’après le témoignage de leurs voisins, c’est chez elle qu’il pourrait trouver refuge si les choses devaient mal tourner.
- tu as l’adresse ?

Jack hocha la tête et renseigna Danny sur la question.

- allons-y.

Ni une, ni deux, ce dernier s’empara de la veste qui était posée sur le dossier de sa chaise et prit la boîte rempli de donuts des mains de Vivian.

- mais …

Danny la referma sous son nez et l’emporta avec lui sous le coude alors qu’il quittait les bureaux suivi de près par sa collègue. Ce cher sergent García devrait donc se passer de donuts pour la journée.

**************

Assis sagement dans la cuisine, Tyler insistait déjà depuis plusieurs minutes auprès de son aînée afin qu’elle lui prête son lecteur DivX pour la soirée.

- allezzz, fais pas ta pute. Je te file mon i-pod à la place si tu veux.
- hé ! Intervint Bianca, l’air consterné. Tu me parles meilleur, pigé ?

L’adolescent s’apprêta à répondre lorsque leur tante se mêla à la conversation. Elle ne supportait pas ces dérives de langage dans sa propre maison.

- ça suffit tous les deux ! Ty, tu t’adresses encore une fois à ta sœur de cette manière, je lui donne la permission de balancer ta console par la fenêtre … pigé ?
- trop cool, vas-y, redis-moi ce que tu viens de me dire.
- Bianca …

L’air agacé, Tess se mit à soupirer en entendant la provocation de sa nièce qui se montra plus raisonnable cette fois.

- c’est bon, j’arrête, concéda-t-elle.
- bien, je préfère ça. Aide-moi à finir les salades, tu veux ?
- ok.

L’adolescente se leva alors et prêta main forte à sa tante pour le dîner alors que Tyler passait maintenant sa tête au-dessus de l’épaule de son petit frère Nathan. Il se mit à fixer avec attention la feuille de papier qu’ils avaient tous les deux sous les yeux.

- il est beau ton dessin. C’est quoi ?

Ce personnage de dessins animés à la grande tête ronde de couleur bleu et avec de longues oreilles mauves lui rappelait quelque chose.

- c’est Chtiche !
- ah ben oui, c’est vrai. Je suis bête, sourit l’adolescent.
- et ben alors, c’est à cette heure-ci que tu rentres ?

L’air faussement sévère et les bras mis en croix, Bianca accueillit Danny dans la cuisine avec cette plaisanterie qui fit sourire le jeune agent.

- hey … regarde qui est là Nathan !

Le ton enthousiaste, Tess posa sa main sur la petite tête brune de son fils qui releva aussitôt la tête vers Danny.

- PAPAAA !

À la plus grande surprise du jeune agent, l’enfant s’avança en courant vers lui et de sa hauteur, il entoura les jambes de son père avec ses fins et petits bras. Le sourire aux lèvres, Danny souleva alors son fils pour le porter alors que Nathan laissait maintenant reposer sa tête sur le creux de l’épaule du jeune agent.

- qu’est-ce que vous préparez de bon ?

Toute l’attention de son mari venait de se reporter sur l’appareil à raclette puis à fondue qui trônaient au centre de la table, mais Tess ne put répondre à cette simple question posée par Danny. Elle était encore trop émue par l’image qu’elle avait sous les yeux : son fils dans les bras de son mari. Elle peinait encore à y croire.

- une raclette bourguignonne ! Répondit Bianca, avec entrain. Chez nous, on appelle ça comme ça parce qu’on fait un mix entre les deux. Ty n’aime pas le fromage et moi, je ne cours pas après la viande alors … c’est la solution idéale.
- moi ze mange du skate acheté et un yayourt après.
- t’as bien raison, affirma Danny, une fois que Nathan lui avait donné son menu de la soirée. C’est très bon. Moi aussi j’aime beaucoup ça.

Tess ne pouvait plus se départir de ce sourire attendri qui était accroché à ses lèvres depuis qu’elle assistait à une telle scène entre son mari et leur fils.

- alors, ça a été ta première journée ? Lui demanda-t-elle, piquée dans sa curiosité.

Le jeune agent se mit à réfléchir à la question. Que pouvait-il en dire ? Rien ne s'était passé comme il l'avait prévu ...

Vivian et lui étaient tombés sur le cadavre de Maritza Menounos en pénétrant dans son appartement. Ils avaient interrogé du regard le médecin légiste, une fois que ce dernier avait fini d’examiner le corps de la jeune femme.

- ça ressemble à une overdose. La lividité n’est pas encore installée, je dirais qu’elle est morte il y a une heure.

Ils l’avaient ensuite remercié d’un signe de tête avant de passer au crible tout l'appartement.

- Viv, regarde-ça.
- je contacte l’identité. Il nous faut absolument les empreintes de son dernier visiteur.

L’agent Johnson avait reporté toute son attention sur ces deux tasses de café qui traînaient encore sur la table de la cuisine et que son collègue venait de désigner du doigt. Miguel Mancini venait peut-être une nouvelle fois de leur échapper.

- c'était génial, répondit finalement Danny, avec ironie à la question de sa femme.

Comment pouvait-il se montrer satisfait de la progression de l’enquête alors qu’il voyait échouer une nouvelle tentative de coincer le salaud qui l’avait enlevé ? En réalité, c'était tout le contraire, il se sentait de plus en plus frustré de voir ces opportunités leur passer constamment sous le nez.

**************

- tu peux la tenir ? Je vérifie si j’ai tout.

La mine anxieuse, Tess passa ainsi Maggie Rose à Danny puis jeta un dernier coup d’œil à sa grande vanity avant d’emmener la petite passer l’après-midi chez leur adorable voisine, Madame Walter.

- « Si vous trouvez que je suis mignonne, vous devriez voir mon père. »

Le jeune agent venait de lire à voix haute l’inscription fuschia qui se trouvait sur le tee-shirt rose pâle de sa fille et interrogea sa femme du regard.

- ne me demande pas, c’est toi qui as insisté pour que je les lui prenne.
- les ?
- elle a aussi la version maman couleur vert d’eau avec l’inscription en jaune fluo.

Il haussa un sourcil en direction de Tess, mais où avait-il bien pu avoir la tête à ce moment-là pour lui faire acheter cela ? Il n’eut pas le temps de se poser la question, que la jeune française reprit Maggie Rose dans ses bras alors que Danny donnait maintenant la main à son fils et ils se dirigèrent ensuite tous les deux vers la voiture.

- attends Nathan, laisse faire papa.

Joignant le geste à la parole, Danny boucla la ceinture de son fils qui se trouvait dans son siège-auto.

- voilà, c’est parfait comme ça.
- perfecco !
- perfecto ? C’est papa qui t’as appris ça ?
- nan, c’est Gabibiel.

Encore lui, pensa Danny, en crispant la mâchoire.

- on y va ?

Tess venait de les rejoindre devant la maison et monta dans leur 4X4, côté passager.

- on attend pas les autres ? S’étonna Danny, tout en mettant la clé dans le contact.
- non, Ty m’a déjà prévenu que si on les croisait sur place, ils feraient semblant de pas nous reconnaître.
- et qui leur as donné cent dollars chacun, hein ? Ils ont la mémoire courte !
- quoi ? Toi aussi ?
- pourquoi, toi …
- je vais les tuer !

Danny démarra alors que Tess se retourna sur son siège pour toucher délicatement d’une main la petite basket Stitch de son fils.

- alors mon ange, t’es content d’aller aux manèges ?
- mouille Felix !
- quoi ?
- il est muy feliz, précisa Danny. Apparemment, Gabriel lui aurait appris quelques mots d’espagnol.
- ah oui, c’est vrai, j‘avais oublié. C’est sympa de sa part, hein ? D’autant plus que Nathan va à l’école la rentrée prochaine. Et c’est important les langues étrangères.

Le jeune agent hocha brièvement la tête. Il n’était pas du tout de cet avis. Mais alors pas du tout. Si son fils devait avoir un professeur d’espagnol, ce serait lui et pas ce mexicain de pacotille.

- mon chéri, reste avec papa, je reviens tout de suite.

Ennuyée par le fait que depuis plusieurs tours déjà, le même petit garçon était sur l’avion Dumbo que son fils rêvait de réquisitionner, Tess alla s’entretenir avec ce dernier. À peine quelques secondes plus tard, Danny la vit revenir le sourire aux lèvres.

- allez, viens, mon ange, Dumbo t’attend !

Elle s’empressa alors de porter son fils jusqu’au manège et sourit lorsqu’elle vit ce dernier jouer avec les manettes qui se trouvaient juste devant lui. Quant au petit garçon, il venait de s’asseoir dans la voiture d’en face et s’amusait à appuyer toutes les trois secondes sur le klaxon de cette dernière.

- tu as monnayé sa place ?

Danny ne retint pas sa surprise lorsque Tess prit place sur la chaise à côté de lui, entre deux coucous faits à Nathan sur son avion Dumbo.

- ah bon ? J’ai fait ça ?
- ne fais pas l’innocente, je t’ai vu lui tendre un ticket.
- et alors ? Sourit Tess.
- alors, c’est de la corruption ! Plaisanta Danny.
- nannnn …
- oh que si !
- oh que n …
- hé ! T’aurais pas 50 dollars à me filer ?

Tyler venait de taper plusieurs fois sur l’épaule de sa tante, à la plus grande surprise de celle-ci.

- ah ben tiens, tu tombes bien, toi !
- quoi ? S’étonna Danny. On t’a donné deux cent dollars, et t’as déjà tout dépensé ?
- ouais, je sais que j’ai abusé mais c’est pour Dolores. Elle a tout le temps faim et tu comprends, faut que j’assure niveau peluches et manèges à sensation aussi.
- c’est non, Ty, trancha Tess.
- pourquoiiiiiii ?

L’adolescent se mit à froncer les sourcils. Il n’aimait pas ce qu’il venait d’entendre.

- et bien, premièrement, tu diras à ta copine que tes parents ne travaillent pas pour elle et deuxièm…
- allez … s’il te plaît … c’est super important.
- c’est non.
- allezzz …
- j’ai dit non et je ne reviendrai pas là-dessus.

L’air décidé de sa tante le dissuada d’insister et il se tourna alors vers Danny.

- et toi, aide-moi … dis quelque chose, au moins.
- je suis d’accord avec ta mère.
- ça m’aurait pas étonné.
- c’est toi, qui m’as demandé de dire quelque chose, se justifia Danny, avec humour avant de reprendre son sérieux. Écoute, Ty, avant toute chose, il y a une question qu’il faut absolument que tu te poses.
- quoi ? Vas-y. Dis.
- est-ce que tu es sûr que Dolores passe du temps avec toi parce qu’elle t’apprécie ou seulement parce que tu lui achètes tout ce qu’elle veut ?
- ouais, c’est clair …
- ah enfin ! Réagit Tess. C’est pas trop t…
- c’est les 3 ! Répondit fièrement l’adolescent.
- quoi ?

La mère de Nathan haussa un sourcil en sa direction. Elle avait dû mal entendre.

- ben, je lui achète plein de trucs, pour qu’elle m’aime bien et comme ça, je sais qu’elle passera plus de temps avec moi ! C’est tout bénef’ pour moi, nan ?

Danny sourit franchement à l’explication de son fils adoptif et sortit de son porte-feuille un billet de 50 dollars.

- allez, file.
- merci ! T’es trop cool !

Le ton enjoué, Tyler le remercia en lui tapant franchement sur l’épaule puis il s’éloigna en courant, sûrement pour rejoindre sa belle.

- quoi ?

Tess toisait son mari d’un œil inquisiteur, elle n’avait pas l’air ravi.

- son raisonnement se tient.
- bien sûr, sourit-elle.

Elle ne se rendait même pas compte qu’elle dévorait son mari des yeux en cet instant et il lui fallut entendre la sonnerie du portable de ce dernier pour la faire sortir de sa rêverie. Mal à l’aise lorsqu’il lut le nom de la personne qui l’appelait, Danny préféra s’éloigner de sa femme, en pointant du doigt le grand haut parleur qui se trouvait à proximité de lui et Tess.

- hey …
- bonjour, bébé.

Il ne pouvait plus retenir le sourire radieux qui s’affichait sur ses lèvres en cet instant. Elle lui manquait tellement.

- ça fait du bien d’entendre.
- à moi aussi. Tu peux pas savoir à quel point.

Cet endroit la rendait complètement folle, ce qui était le comble pour un hôpital psychiatrique.

- où est-ce que tu es ? J’entends de la musique au loin, on dirait la voix des chanteurs de High School Musical.
- oui, je suis à la fête foraine …

Il fallait qu’il trouve une parade. Il ne sentait pas prêt pour lui avouer toute la vérité sur sa véritable identité. C’était trop tôt. Elle devait se remettre d’abord.

- … j’emmène BJ.
- c’est chouette de ta part. Je me rappelle que Brennan adorait ça. Il voulait toujours aller sur les motos.

C’était bien la première fois qu’elle utilisait le passé pour évoquer un souvenir de son fils. Elle était sur la bonne voie.

- dis-moi comment tu te sens.

Son ton se faisait doux, compréhensif. Il ne voulait surtout pas la brusquer et en même temps, il souhaitait qu’elle puisse se livrer à lui sans aucune retenue, si elle en ressentait le besoin.

- ça va …
- tu es sûre ? Parce que tu as une petite voix.
- … c’est dur, Manuel.
- je sais, ma puce. Je sais bien. Mais dis-toi que tu vas aller mieux bientôt, ok ?

Il avait raison. Et elle se le répétait tous les jours.

- tu me manques.
- tu me manques aussi.

Le silence s’installa. C’était difficile pour chacun d’eux, tout ce temps passé loin l’un de l’autre.

- j’ai reçu ta dernière lettre. Je pensais que tu m’enverrais aussi des photos de toi dans le jardin de Venus entrain de te dorer la pilule, nu au soleil sur un des transat’.

Danny se mit à rire franchement de la plaisanterie de sa compagne et se décida à entrer dans son jeu.

- elles existent, mais je pensais les mettre plutôt sur Internet.
- ah ça non ! Pas question ! Il n’y a que moi qui aie le droit d’accès !
- tu as tous les droits sur moi, bébé.

Cette voix rauque la mettait dans tous ses états. Elle aurait voulu être en face de lui pour pouvoir le toucher, le caresser à sa guise, sentir son corps contre le sien, sa poitrine chaude contre son torse bronzé, une nouvelle fois.

- je dois raccrocher. Les coups de fils sont minutés ici. C’est pire qu’en prison.
- dans ce cas, tu es ma détenue préférée.

Elle l’entendait sourire à travers le combiné, elle adorait cela.

- une taularde avec un agent du FBI, on fait la paire !
- quoi ? S’étonna Danny, son cœur battant fort dans sa poitrine.

Alors elle était au courant. Elle savait pour lui. Est-ce que Venus lui avait tout racontée ?

- je dois y aller.
- comment tu …
- je t’aime, bébé. À bientôt.
- Blair, attends…Blair ?

Trop tard. Elle venait de raccrocher. Il se mordilla la lèvre inférieure, l’air pensif. Il fallait absolument qu’il mette au clair toute cette histoire.

- Nathan a attrapé le pompon ! S’exclama Tess, tout sourire.

Elle lui avait gardé sa chaise et il reprit place à ses côtés sans vraiment faire attention à ce qu’elle venait de dire. Et ce changement soudain d’humeur ne passa pas inaperçu aux yeux de la jeune femme.

- c’était le boulot ?

Il fit oui de la tête et le visage de Tess se rembrunit aussitôt.

- tu dois y aller alors …

Toute l’ampleur de sa déception était perceptible dans sa voix.

- ça peut attendre.

Un sourire éclatant réapparut aussitôt sur ses lèvres. Elle était ravie qu’il donne la priorité à sa famille. Cela montrait à quel point il tenait encore à eux.

******************

Toute l’équipe se retrouvait en ce début de matinée pour faire le point sur la progression de leur enquête autour de la grande table de l’open space. Il manquait juste les agents Spade et Delgado à l’appel. Elles effectuaient toujours leur surveillance devant la maison de la famille Taylor.

- les dossiers du portable de Maritza Menounos sont cryptés, annonça Jack. L’identité les a remis à nos techniciens. Martin ?
- Eduardo Villa, c’est le demi-frère de Maritza. Les stups l’ont dans le collimateur depuis un bon moment. Il est fiché pour vol aggravé mais ils n’ont jamais pu le coincer pour trafic. Et devinez qui figure sur la liste des employés de son garage.

Le jeune agent esquissa un léger sourire en coin, empreint de fierté, ce qui fit renaître immédiatement l’espoir de Danny.

- t’as une adresse ?
- bien sûr ! C'est au coin de la 5ème et West Side High Way.

L’agent Taylor se leva aussitôt et donna une petite tape amicale sur l’épaule de son ami.

- merci, vieux.
- Gabriel.

D’un simple signe de tête, Jack intima l’ordre à l’intéressé de suivre son collègue alors que ce dernier marqua un temps d’arrêt au même moment dans sa course, visiblement vexé de devoir être « chaperonné » de la sorte.

- ça va aller, Jack. Je peux gérer.
- je sais.

Il assura son agent de son entière confiance d’un simple regard mais réitéra tout de même son geste en direction de l’agent García.

- vas-y.

Danny crispa immédiatement la mâchoire. Il n’avait pas besoin de baby-sitter pour faire son travail et toisa ainsi son patron d’un air contrarié.

- un problème ? Demanda innocemment Jack.

Il secoua la tête, tout en soupirant. Mieux valait encore en rire.

Stop and stare
I think I’m moving but I go nowhere
Yeah I know that everyone gets scared
But I’ve become what I can’t be, oh

L’atmosphère qui régnait dans la voiture était des plus glaciales entre les deux hommes. Danny avait allumé la radio et poussé le son à fond pour dissuader son collègue de lui faire la conversation.

Stop and stare
You start to wonder why you’re ‘here’ not there
And you’d give anything to get what’s fair
But fair ain’t what you really need
Oh, can u see what I see

- alors … commença Gabriel.

Il avait baissé le volume de l’autoradio au grand dam de Danny qui fronça immédiatement les sourcils.

- alors, quoi ?

Le ton qu’employait son collègue pour lui parler était des plus désagréables et cela amusait encore plus le jeune mexicain de le voir aussi peu réceptif à son égard.

- Bianca m’a dit que vous aviez passé la journée en famille à la fête foraine dimanche dernier. C’était bien ?

Sans prononcer un mot, Danny quitta la route un instant des yeux et adressa un regard des plus noirs à son passager.

- on s’envoie des textos.
- fais-moi penser à ne plus créditer son forfait, rétorqua le jeune agent.
- je n’ai pas l’intention de voler ta place, Taylor. Que ce soit dans ta famille ou parmi tes collègues, crois-moi.
- vraiment ?

Danny haussa un sourcil en direction du jeune mexicain. Ce n’était pourtant pas l’impression que ce dernier lui donnait depuis qu’il avait quitté Houston.

- vraiment, insista Gabriel. Je suis là pour coincer ce salaud et je suis aussi déterminé que toi pour l’avoir.
- bien sûr, railla Danny.
- moi aussi, je veux à tout prix éviter qu’ils s’en prennent à ta famille.

Les deux hommes se jaugèrent du regard durant plusieurs secondes. Son collègue paraissait sincère, pensa Danny.

- agent Taylor.
- ... et García.

Ils sortirent simultanément leur plaque de leur long manteau dès qu’ils arrivèrent dans le Garage d’Eduardo Villa. Son marcel blanc encore tâché de graisse de moteur qui faisait ressortir sa carrure musclée et les cheveux rasés à quelques millimètres, ce dernier les accueillit avec un grand sourire aux lèvres.

Boom boom
pon a gozar tu cuerpo con el boom
boom boom pon ha gozar tu cuerpo
Boom boom
pon a gozar tu cuerpo con el boom
boom boom pon ha gozar tu cuerpo

- du Chayanne ? S’étonna Gabriel, le ton visiblement moqueur.
- tu nous charries-là ? Renchérit Danny. Il te manque plus que le cigare cubain et du arroz con pollo au menu et tu réunis à toi tout seul tous les clichés sur les latinos.
- on est de San Lorenzo tous les deux, se défendit Eduardo.
- ça explique tout, ironisa Gabriel.
- qu’est-ce que je peux faire pour vous, mi hermanos ?

Le ton du propriétaire se faisait aimable, comme s’il était ravi de leur présence dans les lieux.

- donne-moi Miguel Mancini avec un flingue braqué sur la tempe, exigea Danny, la voix métallique.
- comment tu dis ?
- MI-GUEL MAN-CI-NI, répéta Gabriel, en sur-articulant chaque syllabe.

Ce porto-ricain se jouait d’eux et ils n’avaient pas l’intention de se laisser faire sans riposter.

- je connais pas. Juré.
- ne jure pas, on sait qu’il travaille pour toi, affirma Danny, d’un ton sec.
- ce nom ne me dit rien, mi amigo. J’en ai jamais entendu parler.
- donc si on jette un coup d’œil à cet ordinateur là-bas et aux bulletins de paie de tes employés de ces quatre derniers mois, on ne va pas voir apparaître son nom ?
- et avec de la chance, on trouvera aussi les dossiers louches que tu caches sur ton disque dur externe, supposa Gabriel.
- ah oui … Miguel Mancini …
- ça y est, ça te revient, mi hermano ? Ironisa le jeune mexicain.
- j’ai un petit problème d’oreille, ça fait quelques jours déjà.
- mouais, ça doit être ça.
- faudra penser à vérifier ça, Eddy, sourit Danny.
- qu’est-ce que vous lui voulez à Miguel ?
- contente-toi de répondre à la question, rétorqua Gabriel, sans sourciller.
- une minute, il devrait pas y avoir au moins un flic gentil dans les deux parce que …
- on a pas le temps de jouer à ce petit jeu, Villa, répondit sèchement Danny. Ta demi-sœur vient de faire une overdose et le FBI ne voit que deux hypothèses : soit Miguel lui a fournie une dose mortelle parce qu’il avait peur qu’elle en dise trop sur ses petites magouilles, soit c’est toi qui a fait le coup. Alors si j’étais à ta place, Eddy, je me mettrai à table illico parce que tu risques fort de payer pour ton pote et de croupir en cellule pour un temps.

Eduardo se contentait de fixer ses interlocuteurs droit dans les yeux, sans prononcer un mot.

- allez, c'est le moment ou jamais de vider ton sac, Eddy.
- donne-nous un nom, le pressa Gabriel.
- on veut un nom, insista Danny.

Le propriétaire se mit à soupirer et accepta enfin de leur répondre.

- Jiangmei Xizu dit Jiangxi « le chinois ». Miguel est en affaire avec lui. Ce type connaît toutes les méthodes de torture utilisées pour persécuter les pratiquants de Falun Gong. C’est un vrai malade.
- et bien, tu vois, c’était pas compliqué.

Le ton moqueur, Gabriel déposa une petite tape sur l’épaule du porto-ricain puis s’en alla rejoindre la voiture, accompagné de Danny qui le suivait sagement derrière.

- tout va bien ?

Le regard soucieux, Gabriel qui venait de s’installer côté passager, avait remarqué que le visage de son collègue avait blanchi dès qu’il avait entendu le nom du « chinois ». Danny ne prit même pas la peine de croiser le regard de son collègue et poussa à nouveau le son de l’auto-radio à fond. L’agent García esquissa une légère grimace, il avait sa réponse.

***************

Blackout (partie 8)

Publié le 23/02/2010 à 00:37 par danieletbetty
- les filles, est-ce que vous …

Tess n’eut même pas le temps de finir sa phrase que déjà une ribambelle de coussins lui parvenait dessus et elle ferma donc la porte de la chambre de Bianca en urgence.

- ok, c’est bon, je vous laisse !

Elle sourit de la situation, voilà qu’elle se retrouvait chassée par sa propre fille sous son propre toit !

« … COCAINE … »

Elle sursauta aux basses de cette musique techno poussée à fond et qui provenait directement de la chambre de Tyler. Elle se dirigea donc vers cette dernière puis lui fit de grands gestes ; après plusieurs secondes à la regarder sans comprendre, il baissa enfin le son de sa chaîne hi-fi.

- mais t’es pas bien ? Tu veux lui casser les tympans ou quoi ?

Elle désigna Nathan du doigt alors que ce dernier ne semblait en rien perturbé par la situation.

- c’est du Carl Cox ! Ça s’écoute à fond ! Obligé !
- je m’enfiche ! Ça pourrait être le pape, tu ne mets plus aussi fort ! Surtout si ton frère est dans la pièce !
- qu’est-ce qu’on en sait ? Peut-être que Benoît XVI est DJ à ses heures perdues, supposa l’adolescent, l’air amusé.
- oui, il mixe tous les week-end au Vatican Palace, plaisanta Tess, en entrant dans son jeu.

Ils échangèrent un sourire complice et l’atmosphère tendue qui régnait jusqu’alors dans la chambre du gamin disparut aussitôt.

- faut que je te montre un truc.

Joignant le geste à la parole, l’adolescent monta à nouveau le son de sa chaîne hi-fi sous le regard menaçant de Tess.

- Ty …
- deux secondes, je mets pas fort.

La jeune française eut effectivement la surprise de le voir tenir parole.

- vas-y, Nathan. Montre à maman comment tu fais la Tecktonik.

Sans se faire prier plus longtemps, le petit garçon agita ainsi ses bras dans tous les sens au rythme de la musique, Tess se serait crue dans un vrai cours d’aérobic.

- WHAOU !

Le ton enthousiaste, elle se mit à applaudir son fils de bon cœur, en feignant une mine impressionnée, une fois qu’il avait terminé sa prodigieuse performance.

- bravo mon chéri ! C’était super !

Elle s’avança alors vers lui et le prit dans ses bras pour le féliciter chaleureusement. Nathan laissa naturellement reposer sa tête sur l’épaule de sa mère et se blottit tout contre elle, son petit nez retroussé se retrouvant ainsi dans le creux du cou de la jeune maman.

- tu pues bon.
- c’est vrai ?

Tess haussa un sourcil en direction de son fils, ne pouvant retenir un large sourire au passage. Nathan hocha la tête plusieurs fois de suite et la jeune française déposa un tendre baiser sur ses cheveux couleur d’or en guise de remerciement pour ce joli compliment.

- c’est bon, comme ça ?

Tyler toisait sa mère avec une certaine appréhension, attendant impatiemment qu’elle se prononce sur le réglage qu’il venait d’effectuer, concernant le volume de sa chaîne hi-fi.

- c’est parfait, dit-elle, dans un sourire satisfait. Ton père s’est assoupi sur le canapé, il ne faut surtout pas le réveiller. On va le laisser se reposer.

Son pantalon était complètement trempé. Cette odeur nauséabonde lui donnait des hauts le cœur. Malgré son envie pressante, le « chinois » avait refusé de le libérer de cette grande planche en bois sur laquelle le jeune agent était attaché avec plusieurs bandes de tissus. Tous ses membres étaient étirés dans les quatre directions opposées. Son dos le faisait extrêmement souffrir; ses jambes et ses bras devenaient douloureux, il avait la sensation désagréable qu’ils pesaient quasiment une tonne.
Danny déglutit difficilement en entendant à nouveau le pas lourd de son tortionnaire. Il crispa immédiatement la mâchoire tout en tentant de faire abstraction des huit petits bouts de papiers enroulés en tubes fins, puis insérés entre ses orteils.

- maintenant, Jiangxi.

Toujours cette même voix au loin et ce léger accent hispanique qui lui intimait des ordres. Danny retrouva ce même sourire sadique sur les lèvres du « chinois » et peina à distinguer cette petite flamme qui éclaira par la même occasion, la pénombre de ce lieu maudit. Son bourreau l’approchait maintenant dangereusement de son pied gauche, les tubes commençaient à prendre feu les uns après les autres …

- nan … nan …

Il secoua la tête plusieurs fois de suite toujours en plein sommeil. Tess qui revenait de l’étage à ce moment-là, s’approcha du divan et se mit à genoux sur le sol à proximité de ce dernier.

- Danny, dit-elle, dans un murmure.

Elle posa délicatement sa main sur l’épaule de son mari qui s’agitait de plus en plus.

- je vous en prie …
- Danny … réveille-toi …
- pas ça …

Sa voix était tremblante. Au bord des larmes, il suppliait son bourreau de l’épargner.

- j’ai une famille … s’il vous plaît …
- calme-toi … ça va aller …

D’une voix douce et posée, elle le caressa délicatement à la naissance de son front qu’elle sentait à la fois brûlant et tout en sueur. Encore un de ces cauchemars terrifiants qui étaient revenus le hanter depuis sa visite dans le garage d’Eduardo Villa.

- shhhh … c’est rien … je suis là …

Les yeux à moitié ouverts, il commençait à reprendre ses esprits et petit à petit à retrouver une respiration normale, se laissant bercer par la voix à la fois doucereuse et rassurante de sa femme.

- Blair …

Tess s’arrêta immédiatement dans ses gestes tendres et haussa un sourcil en direction de son mari.

- quoi ? … qui ça ?

Son ton avait été beaucoup plus sec qu’elle ne l’aurait voulu au départ et elle sortit ainsi complètement Danny de sa « rêverie » pour le coup.

- qui est-ce ?

Il la toisait maintenant d’un regard circonspect, il avait l’air totalement déboussolé par la situation.

- qui est Blair ? Insista-t-elle. Tu as prononcé son nom quand tu dormais.

L’expression de son visage changea du tout au tout lorsqu’il comprit enfin le sens de sa question. Elle craignait le pire quand il se mit à fuir volontairement son regard au moment où elle lui demandait des comptes.

- je monte.

L’air peu assuré, il se leva ainsi du divan, se passa nerveusement la main sur le visage puis prit la direction des escaliers pour rejoindre sa chambre, sous la mine déçue de Tess. Mais elle se refusait à abdiquer pour autant. Si son mari refusait de lui en dire plus, elle irait chercher les réponses où elle était sûre de les trouver !
Le pas décidé, elle traversa alors le jardin puis prit place côté passager dans la voiture de service de Gabriel qui effectuait une nouvelle surveillance devant leur maison depuis le début de l’après-midi.

- tiens, un café noir, comme tu les aimes.
- tu lis dans mes pensées.

Gabriel accepta bien volontiers le mug qu’elle lui tendait et lui offrit son plus beau sourire en retour.

- merci.
- c’est normal, tu es notre héros, le taquina Tess.
- tu m’en diras tant, ironisa-t-il, en portant le mug brûlant à ses lèvres.
- aloooors …
- aloooors, répéta-t-il.

Il avait un mauvais pressentiment parce que l’épouse de Danny avait retrouvé ce même regard brillant qui laissait présager du pire et lui laissait penser qu’elle mijotait quelque chose.

- comment va la future madame García ?
- muy bien, elle va très bien.

Le jeune agent se gratta l’arrière de la tête, visiblement gêné que Tess aborde ce chapitre de la vie privée avec lui.

- tu sais que je resterai persuadée que tu l’as inventée de toute pièce jusqu’à ce que tu daignes nous la présenter ?
- nous sommes débordés en ce moment … tu sais, les préparatifs du mariage … quoi ?

Tess le toisait d’un œil inquisiteur, visiblement peu convaincue par ses propos.

- c’est l’excuse la plus mauvaise que j’ai jamais entendue.

Elle n’avait pas tort, mais il avait remarqué la manière dont Bianca le dévorait des yeux du haut de ses quinze ans et préférait éviter de lui jeter son bonheur en pleine figure.

- je peux faire quelque chose pour toi ?
- qu’est-ce qui te fait penser que j’ai besoin de tes lumières ? Rétorqua Tess, en toute innocence.
- ce n’est pas le cas ?

Ce petit sourire en coin avait tendance à la faire enrager au plus haut point. Est-ce que ça ne lui arrivait jamais de se tromper à la fin ?

- je me doute que tu n’as pas le droit de divulguer des infos sur l’enquête en cours mais …
- c’est exact.

Elle s’attendait à ce genre de réponse ferme et sans équivoque de sa part mais n’abdiqua pas pour autant.

- est-ce que tu as entendu parler d’une certaine Blair dans votre affaire ? Ce nom te dit quelque chose ?
- Tess …
- quoi ? C’est une simple question.
- tu l’as dit toi-même, c’est confidentiel.

La jeune femme le fixait droit dans les yeux et il put lire toute la déception dans son regard.

- je suis désolé, je ne peux vraiment pas te répondre.
- ce n’est pas utile. Tu viens de le faire.

Sa voix se faisait tremblante, comme si elle allait craquer d’une minute à l’autre. L’embarras immédiat du jeune agent dès qu’elle avait abordé ce sujet délicat, ne laissait planer aucun doute sur l’identité de cette femme en question à présent. Son mari n’avait pas prononcé son nom au hasard. Elle était devenue l’autre femme à ses yeux. Danny devait tenir sincèrement à cette Blair et il comptait sûrement beaucoup pour elle, au grand dam de la française.

- laisse-lui le temps, lui conseilla gentiment Gabriel pour la réconforter.

Cela lui faisait vraiment beaucoup de peine de voir l’épouse de Danny dans cet état même s’il pouvait parfaitement comprendre sa position.

- il reviendra, j’en suis sûr.

Tess esquissa un léger sourire emprunt de tristesse en guise de réponse. Mais rien n’était perdu pour elle, elle allait se battre pour sauver son couple. Elle avait un avantage certain sur cette Blair. Elle était bien là, à New York, avec son mari. Ils vivaient ensemble, avaient fondé une grande et belle famille. Et elle comptait bien mettre toutes les chances de son côté pour le reconquérir au plus vite et qu’il oublie cette autre femme, une bonne fois pour toutes !

*****************

Dès que Danny franchit le seuil de la porte, Lady, la petite chienne westie courut en sa direction et se mit à tourner autour de lui tout en remuant follement la queue.

- mais oui, t’es belle.

Le jeune agent se pencha à sa hauteur et vint la caresser entre les deux oreilles, son endroit de prédilection.

- et bien, entrez monsieur !

Danny fut surpris de voir Tyler se tenir devant lui, la mine sérieuse et dans une vraie tenue de serveur.

- Ty, qu’est-ce que …
- tenez, mettez ça. C’est un restaurant huppé ici !

Ni une, ni deux, l’adolescent lui retira ainsi la veste de son costume et lui prêta main forte pour enfiler cette veste en daim noire des plus chics, une des préférées de Tess.

- voilà. C’est mieux comme ça.
- tu peux me dire ce que …
- laissez-moi vous guider jusqu’à votre table.

L’adolescent ne laissa pas le temps à son père de lui demander des comptes et attendit qu’il le suive jusqu’au salon, la pièce étant totalement re-décorée pour l’occasion. L’ambiance se voulait intimiste et la table mise pour deux. Ils avaient mis les petits plats dans les grands, les couverts étincelaient, des serviettes pliées en éventail décoraient deux coupes de champagne, et une demi-douzaine de bougies éclairaient la pièce.

- je vous en prie, prenez place.

Tyler lui recula sa chaise mais cette fois, Danny en avait assez et refusa d’obtempérer.

- allez, ne vous faites pas prier.
- et toi, arrête de me vouvoyer et dis-moi ce qui se passe à la fin.
- s’il te plaît.

Le jeune agent ne pouvait pas résister à ce regard de cocker et prit place sur la chaise que son fils lui désignait du doigt.

- je reviens de suite. Prenez vos aises.
- j’ai le droit de mettre les pieds sur la table ?

Tyler préféra ignorer les sarcasmes de son père et quitta le salon pour rejoindre la cuisine en toute discrétion.

- madame.

Ce fut au tour de Bianca de faire son entrée dans le salon et de désigner à sa mère la chaise juste en face de celle de Danny. Ce dernier remarqua tout de suite, cette robe légère que Tess portait, plus lumineuse que le soleil et dont les fines bretelles se nouaient dans le cou. Il fallait vraiment qu’il fasse preuve de mauvaise foi pour ne pas reconnaître que sa femme était resplendissante ce soir.

- voilà vos menus.

Bianca leur tendit alors à chacun une feuille plastifiée qu’elle avait pris soin de taper à l’ordinateur quelques heures plus tôt.

- je peux vous offrir un apéritif ?
- un coca, s’il vous plaît, sourit Tess, ravie de se prendre au jeu.

Elle était aussi étonnée que son mari de découvrir la surprise que lui avaient réservée ces deux adolescents mais comptait bien saisir cette occasion pour se rapprocher de son homme.

- je vous apporte ça.

Bianca nota ainsi la commande de sa mère sur un petit bloc de post-it multicolore puis se tourna vers son père.

- et pour vous, monsieur ? Nous avons du jus d’orange pressé si vous le désirez.
- ce sera parfait. Merci.
- c’est moi qui vous remercie d’avoir choisi notre restaurant. À tout de suite.

L’adolescente adressa un clin d’œil au passage à Tess qui lui fit un léger signe de tête en retour, sous le regard inquisiteur de Danny.

- qu’est-ce que tout ça veut dire ?
- c’est magnifique, tu trouves pas ?
- pourquoi, ils ont fait ça ?
- t’aimes pas ?
- si, si, c’est très beau mais pourquoi ? On fête quelque chose ?

Tess opina du chef comme si la réponse était évidente, mais Danny restait toujours dans le flou.

- quoi donc ?
- à ton avis ?

Elle le vit froncer les sourcils, apparemment, il n’appréciait guère de jouer aux devinettes.

- notre anniversaire de mariage. Ça fait quatre ans aujourd’hui. En fait, ça fait cinq ans et demi, mais on a décidé de seulement fêter cette date parce qu’elle veut vraiment dire quelque chose. C’est pour ça qu’on ne porte plus notre alliance, on l’a retiré à la fin de notre mariage blanc. Tu disais toi-même qu’il y avait beaucoup plus que ce symbole qui nous unissait tous les deux et je suis tout à fait d’accord avec toi.

Émue, Tess posa délicatement sa main sur celle de Danny, qui, gêné, la retira pour s’emparer de la feuille du menu tout en se raclant la gorge, pour bien lui faire comprendre son malaise. La jeune française esquissa une légère grimace, la soirée commençait mal.

- ils n’ont pas fait les choses à moitié, admit le jeune agent en parcourant le menu.
- ils voulaient nous faire plaisir. C’est adorable de leur part, non ?
- très, mais j’ai peur d'entendre ce qu’ils veulent en échange.
- mais nonnnn, tu les connais, ils ne feraient jamais ça, voyons ! Plaisanta Tess.
- non, ce n’est pas du tout leur genre, dit-il, l’air amusé.

Tout comme son mari, Tess soupçonnait qu’ils devaient mijoter quelque chose derrière leur dos mais ils ne l’avaient pas mise au courant pour l’instant.

- voilà vos boissons !

Le sourire aux lèvres et son plateau dans les mains, Tyler leur servit leur verre avant de s’éclipser rapidement sous le regard amusé de ses deux parents.

- il est délicieux ce jus d’orange.
- fais-voir.

Danny n’eut même pas le temps de reposer sa coupe sur la table que Tess lui arracha le verre des mains et le porta à ses lèvres.

- mmmh … c’est vrai, il est délicieux.

Elle le rendit ensuite à Danny, qui fixait la marque de rouge à lèvres couleur or qui était resté sur son verre.

- oups … attends, je l’essuie.

Elle voulut se ressaisir du verre mais Danny la stoppa juste avant.

- non, laisse. C’est pas grave, je boirai de l’autre côté.

Elle hocha la tête de manière compréhensive, se creusant alors les méninges pour relancer la conversation, vu que son mari était plutôt d’humeur taciturne ce soir.

- cinq ans et demi déjà … j’ai du mal à y croire … j’ai l’impression que c’était hier que tu es entré dans notre vie et que tu as fait cette chose formidable, qui voulait dire tellement pour nous. Tu sais, on en serait pas là si tu n’avais pas été là. Tout ça , c’est grâce à toi, Danny.
- comment …
- comment tout a commencé ?

Il opina du chef, le sourire au coin des lèvres. C’est fou, elle savait toujours où il voulait en venir.

- et bien, ton équipe recherchaient Ty et Bianca parce que …
- alors, vous avez choisi ?

Bianca se tenait à présent debout devant leur table, attendant avec impatience leur commande.

- des tagliatelles à la carbonara.
- bien, et vous, monsieur ?
- la même chose.
- deux plats de tagliatelles. C’est noté. Je peux vous reprendre vos menus ?

Tess tendit le sien à Danny, qui rendit donc les deux à sa fille.

- merci, mad … c’est mademoiselle ou madame ? Demanda-t-il, l’air taquin.

Bianca secoua la tête, l’air amusé et repartit en cuisine sans lui répondre.

- je pense qu’elle ne verrait aucun inconvénient à s’appeler madame García.
- il faudra que ce type me passe sur le corps pour que je laisse passer ça.
- arrête de me mettre des images comme ça en tête, sourit-elle, l’air coquin.
- je suis sérieux, Tess.
- ah mais moi, aussi ! De toute façon, tu n’as pas à t’en faire, il est accroc à sa fiancée.

Danny manqua de s’étouffer avec son verre de jus d’orange au passage.

- quoi ? Il est fiancé ?
- oui, ils sont en plein préparatifs du mariage et il m’a l’air amoureux comme au premier jour. Je suis désolé de t’apprendre ça d’une façon aussi rude, tu veux que je te laisse seul pour digérer la nouvelle ?
- très drôle. J’espère qu’ils se marieront vite et qu’ils quitteront la ville, comme ça, bon débarras !
- on peut savoir ce qu’il t’a fait pour que tu lui en veuilles autant ?
- rien, il … rien du tout.
- BON APPETIT ! Dit Tyler, le ton enthousiaste.

Il déposa ensuite les plats sur la table, observant attentivement ses parents piocher dans leur assiette.

- alors ? Vous aimez ?
- mmmh … c’est succulent.
- succulemment succulent, ajouta Tess.
- COOL !

Satisfait des compliments qu’il venait d’entendre, l’adolescent retourna en cuisine avec le sentiment du devoir accompli.

- Ty et Bianca ont disparu alors ? Demanda-t-il, l’air concerné, entre deux bouchées.
- oui, ils ont fugué parce qu’ils ne voulaient pas rentrer en France avec moi et quand vous les avez retrouvé sains et saufs, je me suis décidée à tout faire pour qu’ils restent aux États-Unis. Et c’est là que tu es entré en scène.
- pourquoi est-ce que j’ai accepté de t’épouser ? Est-ce que j’étais déjà amoureux de toi ?
- non, tu l’as fait pour les enfants. Tu t’es vite attaché à eux.

Elle savait qu’il avait vu en eux, un reflet de lui au même âge et lui raconta alors tout ce qu’il avait pu lui dire au fil des années sur son enfance difficile dans les foyers et sa relation quasi-inexistante avec son frère. Il ne prononça pas un mot, l’écoutant avec intérêt mais elle avait senti qu’il se sentait déboussolé et perdu face à ce passé qui ressurgissait sans crier gare. Il avait l’impression que ce n’était pas le sien et que c’était la vie d’un autre Danny Alvarez que sa femme évoquait.
La bonne humeur du début du dîner laissa alors place à un échange tendu et triste, jusqu’à ce que Bianca et Tyler débarquent tous les deux dans le salon, le sourire aux lèvres et chacun, une part de tarte aux pommes dans les mains.

- mmmh c’est délicieux, s’exclama Tess, en dévorant son assiette. C’est toi qui l’as faite, Bianca ?
- pourquoi elle, tout de suite ? Ça pourrait très bien être moi ! Pesta Tyler.
- c’est le cas ? Demanda Danny.
- et bien …

L’adolescent n’eut même pas le temps de finir sa phrase que déjà les rires moqueurs fusèrent dans la pièce, au grand dam de ce dernier.

- vous en voulez une autre part ?
- non, merci Bianca. Je n’ai plus faim.
- moi non plus, je suis calée pour la semaine, sourit Tess.
- bien, je vous laisse en musique alors.

Joignant le geste à la parole, Bianca sélectionna un album dans le coin CD puis laissa la chaîne allumée avant de disparaître dans sa chambre.

Your precious love, now, means more to me
Than any love, any love could ever be
For when I wanted you, oh now, I was so lonely and so blue
For that's what love, that's what love really made me do

Quant à Tyler, il se tenait debout devant ses deux parents, et les regardait tous les deux en alternance.

- oui ? Il te faut quelque chose ? Demanda Danny, piqué dans sa curiosité.
- ouais, un généreux pourboire !
- hors de ma vue ! Lâcha Tess, en faisant semblant de s’emporter.

Surpris par sa réaction, Tyler prit ses jambes à son cou et courut vers les escaliers.

- BONNE FIN DE SOIREE ! Cria-t-il, avant de claquer la porte de sa chambre.

And darling, oh, they keep saying that our love won't grow, now
But honey I wanna tell them
And I just wanna show them
How in the world do they know?

- tu veux danser ?

Tess déshabillait maintenant son mari des yeux alors que ce dernier peinait encore à soutenir ce regard à la fois pétillant et malicieux.

- je ne sais pas, je …
- tout le monde sait danser … allez, viens …

Craignant un refus de sa part, elle prit les devants et agrippa le bras de son mari pour le guider jusque devant l’espace télévision, aménagé spécialement en piste de danse pour l’occasion.

It won't be long, oh now, oh now
For as long as you're in love with me, now
I know our love will grow wider
And so deeper than any, any other sea, now

Ne se laissant pas décourager par la mine peu enthousiaste de son mari, Tess s’avança vers lui, le guida pour qu’il pose ses mains dans le creux de ses reins, puis passa ses mains dans le cou de ce dernier, retrouvant ainsi ce regard pénétrant et ténébreux qu’elle aimait tant.

- tu sais, tu m’as offert le best of d’Otis Redding à Noël et finalement, c’est toi qui l’écoutais tout le temps.
- je préfère Elvis en ce moment. Monsieur Brown est un grand fan … quoi ?
- rien, c’est la première fois que tu parles d’eux depuis que tu es rentré. Tu ne racontes jamais rien de ta vie là-bas, à Houston.

Il resta pensif un moment.

- ils te manquent, n’est-ce pas ?

Il resta muet. En réalité, il pensait surtout à Blair en cet instant.

- tu peux me parler, tu sais … on se disait tout avant.

Danny haussa un sourcil en direction de sa femme. Cette aveu l’avait laissé perplexe.

- ok, presque tout, reconnut Tess, dans un sourire.

Elle en profita pour se coller encore plus à lui alors que le jeune agent se mettait à crisper la mâchoire de plus en plus.

And all, all the things that I want, now
In this whole wide world is just
For you to say, for you to say
That you would be my, my girl, now

Elle ne le quittait plus des yeux et il la vit entreprendre ce qu’il redoutait depuis le début de la soirée. Son visage s’approchait dangereusement du sien, et lorsqu’il sentit qu’elle commençait à effleurer ses lèvres avec les siennes, il baissa la tête et se mit à sourire, l’air gêné.

- Tess …
- oui ?
- je suis désolé … je ne peux pas.

La jeune femme s’arrêta de danser et Danny en profita pour s’éloigner d’elle.

- pourquoi ?
- c’est trop tôt.

C’est à ce moment précis qu’il vit l’expression de son visage changer du tout au tout. Elle avait l’air vexé qu’il la rejette de la sorte.

- tu ne peux pas ou tu veux pas ?

Son ton se voulait des plus accusateurs et sa voix des plus métalliques. Danny se contenta de hausser les épaules, comme s’il lui était impossible de répondre à cette question.

- est-ce que …

Elle se mordilla la lèvre inférieure puis leva les yeux au ciel. Elle ne voulait pas craquer. Pas maintenant.

- est-ce que tu sais seulement ce que ça me fait ? Tu pourrais te mettre à ma place !
- et toi, à la mienne !
- j’aimerais bien, crois-moi, j’aimerais surtout comprendre ce qui se passe dans ta tête mais comment je le pourrai si tu refuses de me parler, de te confier à moi sur ce que tu ressens ? Est-ce que je suis sensée tout deviner ?

Il lui adressa un regard noir, elle le sentait trépigner de l’intérieur. Elle venait de dire exactement ce qu’il ne voulait pas entendre mais ça faisait bien trop longtemps qu’elle le gardait pour elle. Il fallait que ça sorte !

And I'm calling, I'm wanting you, I just keep wanting you, now, oh now
I'm wanting you, now, nobody but you, now, nobody but you, now

- j’ai passé une bonne soirée. Merci pour le dîner.
- Danny … attends …

Encore une fois, il se renfermait sur lui-même et refusait toute discussion.

- pourquoi ? J’en ai assez entendu.

Elle le suivit du regard lorsqu’il quitta la pièce et se laissa retomber avec dépit sur le divan, en prenant dans ses bras, le coussin qui se trouvait juste à ses côtés.

Oh, I wanna tell you just one more time
For your precious love, now, oh my,
Means everything in the world to me, everything in the world to me
And I would just go wild, now, just to have you ride home with me, oh
now, now, now

Elle pleurait à chaudes larmes, en serrant son coussin tout contre elle.

- bon anniversaire ...ironisa-t-elle, d’une voix étranglée.

*************

Il n’était pas rentré pour le dîner, préférant errer dans les rues de New York et faire le vide dans son esprit. Leur enquête piétinait toujours car Jiangmei Xizu ainsi que Miguel Mancini restaient introuvables, à sa plus grande frustration.

- c’est pas trop tôt ! Où t’étais ? Je me suis fait un sang d’encre !

À peine avait-il franchi le seuil de la porte que Tess venait lui demander des comptes. Exaspéré par son attitude, il se mit à soupirer sans lui répondre.

- Danny, je te parle !
- je suis là maintenant.

Il ne prenait même pas la peine de croiser son regard et accrocha calmement sa veste sur le porte manteau.

- j’ai vu ça, merci ! Mais t’aurais pu appeler au moins pour dire que tu rentrais tard ! Tu ne peux pas disparaître quand ça te chante, il y a des gens qui comptent sur toi !

Cette inquiétude qui la rongeait depuis la fin de l’après-midi avait eu raison d’elle, et elle exprimait cette angoisse par de la colère.

- n’exagère pas, s’il te plaît.

Elle n’en revenait pas du culot qu’il affichait et se décida à mettre carte sur table et lui dire ce qu’elle avait sur le cœur.

- tu me détestes tant que ça ?

Elle avait la désagréable sensation qu’il ne faisait que la tolérer dans sa propre maison et ce sentiment devenait de plus en plus lourd à porter au fil des semaines.

- quand est-ce que tu vas arrêter de m’en vouloir ?
- de quoi tu parles ?

Voilà qu’il jouait les innocents. Elle ne s’en formalisa pas et préféra insister en attendant enfin une réaction de sa part.

- quand est-ce que tu vas cesser de me faire payer ton retour à la maison ?
- ne sois pas ridicule.
- oh je t’en prie, Danny ! Dit-elle, excédée. Tous les deux, on sait très bien que tu ne voulais pas revenir à New York ! Et surtout, pas pour moi ! Depuis le début, tu ne te sens pas chez toi ici !

Elle reconnaissait que ça se passait de mieux en mieux avec les enfants, qu’il avait réappris à être un père pour eux même si elle aurait souhaité que son mari lui revienne en même temps.

- tu ne vois pas cette maison comme moi je la vois ! Elle est remplie de tellement souvenirs qui ne te font plus ni chaud et froid !

Il haussa enfin un sourcil en sa direction. Que pouvait-il répondre à cela ? Elle ne faisait qu’énoncer la stricte vérité.

- je sais que quand je jette un coup d’œil à cette entrée par exemple, il m’arrive de revoir le visage antipathique de l’inspectrice qui s’occupait de notre dossier pour le mariage blanc. Et tu vois cette chaîne hi-fi, c’est sur celle-là, que tu m’as réveillé un beau matin en mettant du AC/DC à fond, j’ai bien cru que j’allais te tuer ce jour-là … et ce canapé, c’est là qu’on passait toutes nos soirées DVD durant notre arrangement et tu te moquais de moi parce que je m’endormais à la moitié du film et que j’ouvrais seulement les yeux durant le générique … et là, regarde, sur ce balcon, c’était la veille de Noël et tu me voyais frissonner dans ma robe alors tu as voulu t’avancer pour me mettre ton manteau sur les épaules, mais j’ai été plus rapide et j’ai encerclé ta taille pour que tu nous couvres tous les deux avec … je sais que j’adore cette période des fêtes, et qu’à chaque fois que je fais des cookies, tu les dévores avec Bianca et c’est comme ça depuis notre premier Noël passé ensemble d’ailleurs. Je revois toujours le sourire de Ty quand il a ouvert son cadeau et qu’il a vu le superbe kimono que tu lui as offert et tu as gâté aussi Bianca avec ses magnifiques chaussures de danse … je sais qu’une fois sur deux, quand je regarde la pierre d’eau de la cuisine, je te revois encore entrain d’essayer de faire faire ses premiers pas à Nathan … tu vois, pour moi, tout ça, ça représente quelque chose, quelque chose qu’on nous a pris et qui ne reviendra peut-être jamais. Et c’est ça qui fait le plus mal, Danny, c’est …

Sa voix se brisa sous le coup de l’émotion. Il vit les larmes perler au coin de ses yeux et la toisa d’un air coupable.

- je suis désolé.
- non, ce n’est pas ce que je veux entendre. J’aimerais seulement que tu me dises ce que tu ressens. Cette situation ne peut plus durer comme ça. On ne peut plus vivre de cette manière. Je n’y arrive plus.

Sa détresse le toucha en plein cœur et pour une fois, il se livra avec sincérité.

- c’est dur … c’est dur d’être ici et de ne plus être le même ... de ne rien ressentir.
- je sais, Danny … je sais bien … et crois-moi, j’ai tout essayé pour que tu te sentes le mieux possible parmi nous mais …
- je me sens bien …

Elle le fixa d’un air incrédule. Il se voilait la face une nouvelle fois.

- … mieux, se reprit-il.
- mais nous ne sommes pas la famille Brown et je ne suis pas Blair, n’est-ce pas ?

Son silence valait en lui-même un aveu. Elle le savait bien.

- est-ce qu’elle est à New York ? C’est avec elle que tu étais ce soir ?
- non.
- mais tu comptes la revoir bientôt …

Muré dans son silence et embarrassé par cette question, il se passa nerveusement une main dans les cheveux.

- Danny ?

Il releva la tête vers elle et répondit dans un murmure gêné.

- oui.

Il avait joué franc jeu, enfin. Mais ça n’empêchait Tess d’avoir le cœur brisé ce soir. Elle inspira profondément pour se donner une contenance et surtout le courage de lui annoncer leur futur arrangement.

- tu peux rester ici jusqu’à ce que tu aies trouvé autre chose. Ça me laissera un peu plus de temps pour l’annoncer aux enfants.

Danny ne rétorqua rien puis lorsqu’elle passa juste devant lui et posa sa main sur la rampe d’escaliers, il se tourna vers elle et reprit la parole.

- je sais que j’aurais dû faire plus d’efforts, admit-il, avec regret.
- ça ne devrait pas être une contrainte.

Le jeune agent acquiesça d’un simple hochement de tête. Sa femme avait raison et c’était bien là que se trouvait le cœur de leur problème. Ce genre de geste aurait dû lui venir naturellement.

- je le dirai aux enfants. C’est à moi de leur annoncer.
- comme tu veux.
- Tess … je suis dé…

Elle le coupa dans son élan et fit non de la tête plusieurs fois de suite.

- pas d’excuses, s’il te plaît.

Elle ne voulait pas de sa pitié et il respectait cela. Il la suivit des yeux lorsqu’elle monta les marches de l’escalier vers sa chambre, d’un pas lent et abattu. Tess l’avait mis face à ses obligations et poussé à faire un choix alors qu’il n’avait jusque-là jamais osé prendre une décision sur leur situation. Et il l’admirait pour ça.

***************

- et tu comptes rester combien de temps ? Demanda Jack, en haussant un sourcil en direction de son agent.
- une dizaine de jours … quoi ? C’est pas comme si je ratais quelque chose de toute façon, ironisa Danny.
- qu’est-ce que je suis sensé comprendre ?
- exactement, ce que je viens de dire.

Le visage de l’agent Malone se rembrunit aussitôt et il toisa son agent d’un regard contrarié. Il savait qu’il avait du mal à accepter la situation actuelle et reconnaissait que leur enquête était au point mort. Il reposa alors ses lunettes sur son bureau et inspira profondément pour prendre le recul nécessaire.

- je comprends que ce soit frustrant pour toi, dit-il, avec diplomatie.
- c’est peu de le dire.
- bien … vas-y. Je n’ai pas l’intention de t’en empêcher. Mais n’en profite pas pour laisser cette charmante humeur à Houston. Ce serait dommage, railla Jack, l’air amusé.
- je vais essayer, sourit Danny.

Il quitta alors le bureau de son patron et rejoignit Vivian dans l’open space, de bien meilleure humeur, cette fois.

- alors ?

Piquée dans sa curiosité, sa collègue releva la tête vers lui, impatiente d’entendre sa réponse.

- c’est d’accord.
- je suis ravie pour toi, Dan. BJ va être fou de joie que tu tiennes parole.

Le jeune agent acquiesça d’un hochement de tête, le sourire aux lèvres. Une promesse était faite pour être honorée. Et il était heureux de retourner à Houston et de retrouver la famille Brown, même si ce n’était que pour quelques jours.

- café ?
- volontiers.

Croyant qu’il l’invitait à se déplacer jusqu’à la cafétéria, Vivian se leva de son siège mais Danny lui fit signe de rester assise d’un simple geste de la main.

- nan laisse, j’y vais. Un café noir, c’est ça ?
- c’est bien ça. Merci, Dan.
- à ton service.

Ils échangèrent un sourire complice et Danny s’en alla mener sa mission à bien, pour le plus grand plaisir de sa collègue. Lorsqu’il entra dans la cafétéria, il vit Gabriel et Martin en pleine conversation à la table du fond, leurs gobelets devant eux.

- je ne sais pas, un peu de tout, répondit Martin.

Gabriel hocha la tête puis posa ensuite son regard sur Danny, qui attendait avec impatience que la machine finisse de remplir son gobelet.

- et toi, Taylor, c’est quoi ton style de musique ? Demanda-t-il, avec gentillesse.

Mais Danny ne prit même pas la peine de se retourner pour lui faire face et lui répondit d’un ton peu avenant.

- laisse-tomber García, t’es pas mon genre.
- et ta femme non plus apparemment.

Cette phrase lui avait échappée et il comptait bien s’excuser sur le champ mais lorsqu’il croisa le regard furieux de son collègue, il savait qu’il était déjà trop tard. Une tension extrême régnait dans la pièce en cet instant et Martin tenta alors d’alléger l’atmosphère du mieux qu’il pouvait.

- en fait, j’écoute du rock surtout.

Sa tentative de revenir au sujet initial échoua lamentablement. Danny ne lui adressa pas le moindre regard et s’approcha lentement de leur table, se tenant debout juste devant la chaise de Gabriel.

- un petit conseil, mi cuate, mêle-toi de ce qui te regarde, ça vaudra mieux pour toi.
- j’aimerais bien mais je déteste mentir. Surtout aux personnes que j’apprécie. Et c’est ce que j’ai dû faire quand Tess m’a interrogé sur Blair.
- t’aurais dû tout lui raconter. Je n’ai rien à cacher, sourit fièrement Danny.
- vraiment ? S’étonna Gabriel.
- on ferait peut-être mieux d’y aller, tenta à nouveau Martin. Vivian doit s’impatienter.
- j’aurais pensé le contraire, puisque ta femme est venue chercher les réponses où elle était sûre de les trouver, continua le jeune mexicain.
- ça te va bien de dire ça …

Danny ne put retenir un ricanement sarcastique à l’égard de son collègue qui le toisait maintenant d’un air surpris.

- où tu veux en venir, Taylor ?

Le jeune mexicain sentait la colère l’envahir de plus en plus et se leva alors de sa chaise, s’avança tout près de son collègue cubain, et lui adressa un regard des plus hautains. Martin quitta sa chaise au même moment, craignant que la situation ne dégénère avec ce début de frotti-frotta entre les deux hommes. Gabriel avait beau manqué d’une quinzaine de centimètres pour rivaliser avec son collègue, il compensait par son audace.

- lo sabes muy bien, rétorqua Danny, comme si la réponse était évidente.
- no. Te escucho. Explícame.
- vous voulez peut-être un autre café ? Leur proposa Martin, la voix fébrile.
- je n’ai pas de leçon à recevoir d’un pédophile qui rôde autour de ma maison et tente d’attraper ma fille dans ses filets.
- et qu’est-ce que tu dis d’un père de famille qui abandonne ses enfants et quitte sa femme pour aller vivre avec une cinglée ?

Ce fut l’échange de trop, la goutte d’eau qui fit déborder le vase entre eux. Personne n’avait le droit de parler de Blair de la sorte, Danny ne le tolérait pas ! Il adressa alors un puissant crochet du droit à Gabriel qui fut surpris par son geste mais répliqua rapidement en lui assénant un violent coup de poing dans le ventre. Il y avait des avantages à être plus petit parfois.

- ARRÊTEZ ! Hurla Martin, excédé et encore sous le choc de la scène.

Il se saisit alors des deux bras de son ami pour les lui mettre dans le dos avant qu’il ne puisse riposter à son tour. Alors qu’il emmenait maintenant Danny à l’autre bout de la pièce pour calmer le jeu, les deux adversaires ne se quittaient plus des yeux et se défiaient toujours du regard. Danny se mit à renifler pour bien montrer à Gabriel qu’il n’était en rien intimidé par lui alors que le jeune mexicain humidifiait sa lèvre inférieure avec sa langue.

- cabrón. Voy a hacer tu vida un infierno.
- te espero, Taylor. Me gustaría mucho.

Gabriel lui sourit d’un air insolent puis quitta la pièce sous le regard contrarié de Danny et interloqué de Martin.

- qu’est-ce qu’il a dit ?
- rien, on échangeait des recettes de grand-mère sur la paëlla.

Martin secoua la tête, d’un air amusé. Décidément, son ami se montrait toujours aussi imperturbable en toute circonstance.

**************

- mais qu’est-ce que …

La voix à la fois calme et posée, Gabriel s’empressa de rassurer sa fiancée sur son état lorsqu’il croisa son regard inquiet et qu’elle examinait sa lèvre inférieure avec attention, en lui soulevant légèrement le menton.

- un petit incident, trois fois rien.
- un petit incident ? T’as la mâchoire en décomposition, et pour toi, c’est trois fois rien ! Ça va faire bien sur les photos du mariage, tiens !
- ah tu trouves aussi ?

Il n’avait pu s’empêcher ce trait d’humour pour détendre l’atmosphère, mais ce ne fut pas du goût de son interlocutrice qui semblait toujours aussi soucieuse à son égard.

- qu’est-ce qui s’est passé ? Tu t’es battu avec un suspect ?
- non, je m’entraîne sur un collègue en attendant, répondit-il, avec ironie.

Incrédule, la jeune femme haussa un sourcil en sa direction. Ce n’était pas vraiment l’image du FBI qu’elle se faisait.

- je dirais plutôt qu’il s’est entraîné sur toi.
- tu n’as pas vu dans quel état il est de son côté.
- il n’y a pas de quoi se vanter.
- mais je n’en suis pas fier.

Ce sourire insolent lui laissait pourtant penser tout le contraire. Mais elle ne s'en formalisa pas et s’en alla chercher le matériel nécessaire pour le soigner. Elle fut de retour de la salle de bain quelques minutes plus tard, et lui demanda de prendre appui tout contre la table de la cuisine, alors qu’elle désinfectait sa plaie avec douceur.

- c’était qui ? Je le connais ?
- oui.
- tu vas me dire son nom ou je dois faire son portrait chinois ? Railla-t-elle, avec impatience.
- c’est Taylor.

Pourquoi est-ce que ça ne l’étonnait pas ? Elle se mit à soupirer, tout en secouant la tête, l’air visiblement déçu.

- je n’y suis pour rien, c’est lui qui …
- qui a commencé ? Le coupa-t-elle, l’air moqueur.
- qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Il ne supporte pas qu’on l’interroge sur ses goûts musicaux.
- quel caractère, ça me rappelle quelqu’un.
- oh que non, on est pas du tout pareil.

La jeune femme préférait en rire. Elle savait qu’elle ne lui ferait pas entendre raison.

- est-ce que tu sais pourquoi il t’en veut ?
- je lui ai dit ma façon de penser sur la manière dont il menait sa vie et j’imagine que cette histoire avec sa fille n’arrange pas les choses.
- tu devrais peut-être lui présenter ton frère, ils ont pratiquement le même âge.
- il sera ravi, dit-il, avec sarcasme.
- je proposais ça, comme ça.
- je sais, bébé. C’est une bonne idée et Sergio serait génial pour Bianca sauf qu’il a le défaut d’être mon frère et … AIE …
- désolée … ça fait mal ?
- très, dit-il, la mine exagérément triste.
- et là c’est mieux ?

Elle ne résistait pas à ce regard de cocker et l’embrassa du bout des lèvres, puis sema une multitude de petits baisers sur son menton, juste sous sa plaie.

- beaucoup mieux, dit-il, en lui faisant les yeux doux.

Elle referma ensuite le flacon d’antiseptique devant lui, puis se saisit du disque en coton dont elle venait de se servir avec l’intention de le jeter dans la poubelle la plus proche, lorsqu’elle entendit la voix rauque de son homme la relancer.

- viens par là.

Il la ramena tout contre lui, d’un bras musclé et la jeune femme l’embrassa délicatement sur le nez, pensant qu’il s’en contenterait.

- c’est tout ?
- oui, je dois encore …

Mais il ne lui laissa pas le temps de continuer sa phrase et l’attrapa à nouveau par le bras, puis la bloqua contre la table, se plaquant tout contre elle. Toutes les tactiques de séduction étaient mis en avant de sa part et elle y résistait tant bien que mal.
Ce regard hypnotisant, elle le connaissait par cœur. Au premier coup d’œil, elle avait pensé que ses yeux étaient marrons, mais quand il y avait de la lumière, elle avait remarqué qu’ils étaient ambrés, et lorsqu’elle regardait attentivement le tour de son iris, c’était du pur miel. Mais ce qu’elle préférait, c’était quand Gabriel se retrouvait face au soleil et que ses yeux prenaient une touche émeraude superbe.

- bébé, il faut vraiment que je …
- … que tu t’occupes de moi, la reprit-il, dans un sourire ravageur.

Il continuait ses caresses, relevant son haut court jusqu’aux épaules, et qu’elle finit par jeter rapidement au sol. N’y tenant plus, elle s’entendit gémir lorsque la bouche de son homme lui attrapa le bout d’un sein et qu’il s’en amusait, les titillant avec sa langue, les pinçant avec jeu.
Mais il se fit très vite plus gourmand et son souffle devint haletant lorsqu’elle sentit sa main puissante se faufiler sous sa jupe, se frayant un chemin direct vers son string. Il commença ainsi à jouer de ses doigts dans son intimité alors que sa langue vint rechercher la sienne pour un baiser des plus fougueux, leurs lèvres se faisaient brûlantes, il y avait une telle passion dans chacun de leur baiser.
Ses doigts esquissaient de petits mouvements de va-et-vient, le bassin de la jeune femme accompagnait tous les gestes du fédéral, elle poussa de petits gémissements alors que sa tête partait en arrière comme pour décupler son extase.
Elle savait qu'il la désirait plus que tout en cet instant, la bosse de son pantalon le lui démontrait bien. Sa main libéra alors le sexe tendu de son amant avec assurance. Elle le frotta avec jeu à l’entrée du sien. Elle écarta un peu plus ses jambes et s’appuya d’elle-même contre la table, lui adressant un regard des plus coquins au passage.
Il la pénétra doucement puis enchaîna par un violent coup de rein, lui arrachant un petit cri au passage. La poitrine de sa fiancée effleurait la table, la main droite de Gabriel était posée sur son ventre alors que l’autre lui malaxait sans retenue les fesses.
La puissance des mouvements du jeune mexicain faisaient bouger la table, il accélérait de plus en plus la cadence, la table finissant par cogner par intermittence contre le mur d’en face. Sa fiancée s’agrippait à cette dernière durant les va-et-vient puissants de son homme.

- Marion …

Gabriel étouffa un grognement sourd dans son cou, prononçant le nom de sa promise d’une voix rauque. Elle frotta son dos tout contre lui, voulant sentir la chaleur de son torse alors qu’il était toujours en elle et que les mains puissantes du jeune mexicain remontaient sur sa poitrine encore sensible. Ils échangèrent un nouveau baiser torride. Leur soirée ne faisait que commencer …

*************

- Danny !

Un sourire radieux accroché à ses lèvres, Venus se jeta au cou du jeune agent qui, bien que surpris par son geste, la serra volontiers en retour dans ses bras.

- entre, je t’en prie.

Danny s’exécuta et son regard balaya immédiatement l’entrée, rien n’avait changé dans cette maison et cela le rassurait.

- ça fait vraiment plaisir de te revoir.

Il lui répondit par un sourire. La famille Brown lui avait tellement manqué. Houston tenait une place à part dans sa vie.

- tu es toute seule ?
- BJ et Ben ne devraient plus tarder maintenant, dit-elle, en jetant un rapide coup d’œil au cadran de sa montre. Ils ont hâte de te revoir, tu sais.
- moi aussi, je suis impatient.
- bien, tu dois être fatigué par le voyage. Tu veux un café ?
- volontiers.

Il la suivit ainsi jusque dans la cuisine, et prit place en face d’elle à table.

- tu as retrouvé des couleurs, tu m’as l’air en pleine forme.
- c’est l’air pur de New York qui fait des merveilles, affirma Danny, avec humour.
- ça va mieux alors ? Tu as repris tes marques au travail ?
- je n’ai pas à me plaindre.

Comme à son habitude, il restait vague dans ses réponses. Danny Taylor n’était vraiment pas un ami des détails.

- et comment se porte toute la famille ? Les enfants, ça va ?
- tout le monde va bien.

Elle le sentit se crisper instantanément après sa question et avaler une gorgée du précieux liquide qu’elle venait de lui servir pour se donner une contenance. Elle changea rapidement de sujet, pour éviter de le mettre mal à l’aise. Son petit protégé était de retour au bercail, et c’était tout ce qui importait.

- ça fait vraiment plaisir que tu sois là.
- fais attention, tu te répètes, Venus.

Ils échangèrent un sourire complice avant que Danny ne reprenne son sérieux et lui parle avec sincérité.

- ça me fait plaisir aussi.
- ah au fait ! Pendant que j’y pense …

Le jeune agent haussa un sourcil en sa direction et la vit s’emparer d’une enveloppe sur l’armoire de la cuisine, et la déposer délicatement de son côté de la table.

- tiens, elle est arrivée hier.
- merci.

Danny s’en saisit immédiatement et lui trouva une place dans la poche intérieure de sa veste sous le regard inquisiteur de la maîtresse de maison.

- j’espère que tu sais ce que tu fais.

Elle n’avait pu s’empêcher de le mettre en garde sur ses agissements. Elle savait que l’expéditrice de ses lettres hebdomadaires ne pouvaient être que Blair, et que leur correspondance durait depuis plusieurs mois déjà. Il n’avait donc jamais cessé d’être en contact avec elle, même après son retour dans la Grande Pomme.

- je peux gérer, dit-il, d’un ton assuré.
- je ne me permettrai pas de juger qui que ce soit, mais souviens-toi que tu n’es pas tout seul dans cette histoire.

Il hocha la tête de manière compréhensive et se décida à la mettre au courant sur la fin de son mariage, il lui devait bien la vérité.

- on a essayé mais ça n’a pas marché.
- peut-être qu’il vous faut un peu plus de temps pour faire le point.
- non, je … ça ne changerait rien. C’est impossible de reprendre les choses où on les avait laissées. C’est trop dur.
- je vois ce que tu veux dire. Parfois c’est plus facile de rebâtir à neuf que de reconstruire sur des ruines.

Danny acquiesça avec regret. Tess restait une femme bien, mais pas la femme de sa vie. Elle n’était tout simplement plus faite pour lui.

- DANNY, JE SUIS LÀÀÀÀÀ ! JE SUIS RENTRÉÉÉÉÉ !

La voix enthousiaste de BJ se fit entendre depuis l’entrée et Venus fit alors signe à Danny de se cacher derrière la porte du salon, histoire de jouer un petit tour à son fils. Le jeune agent s’exécuta sans tarder, il était toujours prêt à se livrer de bon cœur à ce genre de gamineries.

- ben il est où ?

Les sourcils froncés, BJ arriva enfin dans la cuisine et interrogea immédiatement sa mère du regard alors que cette dernière se pinçait les lèvres pour se retenir de rire.

- qui ça ?
- ben, Danny ! Il est pas là ?
- non, je ne l’ai pas vu. Tu viens pas me dire bonjour ?

La mine déçue, l’enfant vint embrasser sa mère sur la joue en traînant des pieds puis prit place avec dépit sur la chaise à côté de lui. Il laissa retomber sa tête sur son poing fermé, comme s’il portait le poids du monde sur ses épaules.

- alors, ça a été ta journée ? Demanda Venus à son mari.

Ce dernier acquiesça d’un léger hochement de tête et vint déposer un furtif baiser sur sa bouche en guise de bonsoir, avant de fixer le cadran de sa montre tout en fronçant les sourcils.

- comment se fait-il qu’il ne soit pas encore là ? Normalement, il devait arriver sur les coups de …
- SI, IL EST LÀ ! Sursauta BJ. CHUI SÛR QU’IL EST LÀ !

Le regard interrogateur de ses deux parents se dirigèrent immédiatement vers lui, et Venus reprit la parole.

- mais non, je t’ai dit qu…
- ben alors, t’as menti ! Y a deux tasses de café sur la table, ça veut dire que Danny est revenu, pas vrai papa ?
- je n’en sais rien, BJ. Ça voudrait dire que maman a osé nous mentir droit dans les yeux ?

Faussement vexé par l’attitude de sa femme, monsieur Brown posa ses deux poings sur sa taille comme s’il était vraiment fâché, et esquissa un léger sourire en coin lorsqu’il vit son fils imiter son geste à la perfection.

- ça ne va pas du tout, ça !
- non, pas du tout ! Alors, chérie, tu comptes avouer ?
- alors, maman, tu comptes avouer ? Répéta BJ.

Mise devant le fait accompli, Venus se mit à grimacer et se sentit obligée de déposer les armes.

- tu peux sortir, Danny ! J’ai été repérée !

Le jeune agent sortit alors de sa cachette, et leur offrit son plus beau sourire.

- tu ferais un bon agent du FBI, BJ !
- OUAIIIIIS ! JE L’SAVAIIIIIS !

L’enfant leva les bras au ciel puis sauta à la taille de Danny qui se pencha légèrement pour le serrer contre lui.

- ça va, mon grand ?
- ça va super ! Répondit BJ, l’air ravi.

Danny croisa ensuite le regard de monsieur Brown et les deux hommes échangèrent une franche poignée de main.

- ravi de te revoir.
- ravi d’être de retour.
- comment ça va ? Tu as fait bon voyage ?
- tout s’est bien passé. Et au chantier, tu t’en sors ?
- Finn et Hailey sont toujours aussi incontrôlables mais on s’y fait.
- j’imagine, dit-il, avec le sourire.

Danny accorda ensuite toute son attention à BJ, qui ne cessait de tirer sur la manche de sa veste.

- alors, on va toujours au match demain soir, hein ? T’as promis !
- je sais, champion, et je n’ai pas oublié. C’est pour ça que je suis là.
- trop cool ! Et comment que c’est à New York, alors ? Tu préfères ici, nan ?
- j’aime bien les deux.
- menteur !

Danny secoua la tête d’un air amusé. Ce gamin ferait vraiment un parfait agent fédéral !

*************

Blackout (partie 9)

Publié le 23/02/2010 à 00:40 par danieletbetty
now I don't believe in nothing anymore
cause love is permanent not temporary
and it's driven straight into our chests, then buried
much too deep to just pull out like weeds in a garden
it's permanent, I’m sorry…

Son paquet de mouchoir à portée de main et sa compilation des duos les plus déprimants de l’année tournant en boucle sur la chaîne hi-fi du salon, Tess porta une nouvelle fois à sa bouche, sa cuillère remplie de glace à la fraise. Il lui fallait au moins six boules glacées sur une assiette Stitch en carton pour la consoler cette fois. L’heure était grave. Son mariage n’avait plus lieu d’être et la pilule était vraiment difficile à avaler.

so lately I've been going crazy
trying to get you off my mind
cause thoughts of you hang just like pictures
and gather dust over the time
well we hung them up just like real lovers
and drove our nails into the wall
cause we thought they'd be there forever
but we weren't permanent at all..

Complètement avachie sur le canapé, portant un simple jogging et son fameux maillot 7 des Steelers, pour une fois, elle remerciait le ciel que la décision la plus difficile qu’elle devait prendre à l’instant serait quel parfum de glace, elle engloutirait en premier. Elle avait pour habitude de toujours garder son préféré de côté pour le déguster en dernier donc la boule stracciatella était éliminée d’entrée, mais pour la boule melon, banane, pistache, fraise ou citron, la question se posait toujours.

…and it's getting much too hard to see you now …

Elle releva la tête vers la porte d’entrée en entendant retentir la sonnette d’alarme. Qui pouvait bien venir la déranger à cette heure-là ? Elle n’avait pas l’intention de bouger d’un pouce mais à son grand dam, son visiteur insista. Elle se mit à soupirer et quitta alors le divan à contre-cœur, elle détestait déjà celui qui venait la déranger dans sa soirée en tête-à-tête avec … avec … avec … et bien, avec elle-même, en réalité. Carrément pathétique, se dit-elle.

- c’est bon, j’arrive ! J’arrive !

Love is permanent not tempor…

Juste le temps de couper la chaîne, de ramasser la dizaine de mouchoirs traînant sur le sol pour les cacher sous la table basse, puis elle se précipita à l’entrée pour regarder par le judas qui était son fameux visiteur.

- c’est pas vrai …

Elle n’en croyait pas ses yeux et accueillit son ex-fiancé et ami de toujours à la porte avec surprise. Elle n’aurait jamais pensé retrouver Thomas Bauer sur son palier ce soir alors qu’elle l’avait eu au téléphone le matin même. Ils avaient pour habitude de discuter durant de longues minutes et systématiquement en français, ce qui faisait un bien fou à Tess de pouvoir s’adresser à lui dans sa langue maternelle. Son pays natal lui manquait.

- Tommy … qu’est-ce que …
- je venais voir si ça allait.

Elle ne put réprimer un sourire en entendant sa réponse. Il avait dit cela d’une manière si spontanée alors qu’il venait juste de traverser tout l’Atlantique rien que pour la revoir et s’assurer de son moral. Elle trouvait son geste adorable et son naturel toujours aussi désarmant.

- tout va bien, rassure-toi.
- parfait, dans ce cas, je peux faire demi-tour alors !
- mais nan, entre au lieu de dire des sottises !

Elle le retint en l’agrippant par un bras puis le guida jusqu’au salon, et lui fit signe de prendre place sur le divan. Ce dernier déposa alors son sac de voyage dans le coin du canapé alors que Tess ne cessait de se répéter qu’elle devait vraiment faire pâle figure à côté de lui, dans son jogging et son large maillot de football américain alors que le français arborait un joli costume stylé sans en avoir l'air, une chemise claire entrouverte, ses yeux d’un bleu intense la fixant toujours avec attention.

- désolé, je n’ai pas eu le temps de ranger, s’excusa-t-elle, en balayant la pièce du regard.
- c’est rien. C’est moi qui suis le plus bordélique de nous deux, tu te souviens ?
- je me souviens, sourit-elle, avec nostalgie.

Elle s’en rappelait comme si c’était hier. Ils vivaient encore ensemble en France lorsqu’elle avait appris la triste nouvelle de l’accident de son frère et qu’elle avait pris le premier avion en partance pour New York en urgence. Tellement de choses s’étaient déroulées depuis ce moment. Elle aurait aimé que ce drame ne se produise jamais, même si elle ne regrettait pas cette vie entièrement dévouée à ses quatre enfants.

- je te sers quelque chose, tu veux de la glace ?
- non, ça va, merci. J’ai tout ce qu’il me faut ici.

Il ne la quitta pas des yeux et elle porta une nouvelle fois à sa bouche sa cuillère de glace à la fraise, gêné par ce regard à la fois pénétrant et charmeur. Elle se retrouvait face à lui sur le fauteuil et attendait avec impatience qu’il relance la conversation, entre deux bouchées.

- comment vont les enfants ? Ils se portent bien ?
- très bien. Ty a appris à danser la tecktonik à son frère et il adore ça !

Thomas sourit franchement à la confidence de son amie, toujours ravi d’entendre les dernières péripéties de son filleul. Il n’en manquait pas une miette.

- ils dorment ?
- oui, Maggie et Nathan. Ty joue à la console chez le voisin et Bianca est allée au cinéma entre copines.
- est-ce qu’ils sont au courant ?

Sa question était restée évasive mais tous les deux savaient de quoi il était question. Le visage de Tess se rembrunit aussitôt et Thomas regretta tout de suite d’avoir mis le sujet sur le tapis.

- non, pas encore, mais on s’est mis d’accord pour que ce soit lui qui leur annonce.
- il leur a menti pour Houston alors ?
- il leur a simplement dit qu’il allait revoir les Brown, il tente tant bien que mal de retarder l’échéance.
- quand est-ce qu’il rentre ?
- dans une semaine. Il est sûrement entrain de faire un gosse à sa maîtresse à l’heure où je te parle.

Son agacement quant au sujet abordé n’échappa pas à Thomas, qui lui adressa un regard compatissant.

- désolé, je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie.
- non, ne t’excuse pas. C’est la stricte vérité. Et puis, il faut voir le côté pratique des choses, tu peux prendre sa chambre au lieu de squatter le canapé !

Il savait bien qu’elle tentait de faire bonne figure devant lui mais ce n’était pas ce qu’il désirait. Il était là pour elle, pour qu’elle traverse cette situation difficile avec le moins de fracas possible et qu’elle se livre à lui sans concession.

- on y va ? Tu me suis ?

Elle le guida alors jusqu’à la chambre de Danny, à l’étage, et Thomas reposa son sac de voyages devant le lit, il se sentait déjà comme chez lui dans cette maison.

- je te laisse t’installer, fais comme chez toi … quoi ?

Le français lui fit signe de le rejoindre sur le lit en tapotant doucement sur les draps et Tess s’exécuta.

- dis-moi comment tu te sens.
- ça va, dit-elle, d’une petite voix.
- Tess … pas à moi. Je te connais.
- à ton avis, comment tu veux que je me sente ? Réagit-elle, sous le coup de l’émotion. Il nous a oublié, il n’y a rien à dire d’autre !

Surprise par sa propre colère, elle se passa une main sur le visage puis se mit à soupirer, elle détestait se comporter de la sorte et reporter ses griefs sur des innocents.

- désolée.
- c’est rien. Je comprends.

En guise de réconfort, il posa sa main sur la sienne et lui adressa un petit sourire en coin qui se révéla bienfaiteur et contagieux.

- on se voit demain, ok ?
- ça marche, répondit Thomas.

Il suivit du regard la jeune femme lorsqu’elle quitta la pièce et inspecta ensuite les lieux avec attention. Il n’avait vraiment pas à se plaindre, la chambre de Danny contenait tout le confort nécessaire pour qu’il s’y adapte facilement.
Il alluma en dernier recours, la lampe de chevet pour vérifier qu’elle fonctionne correctement puis ouvrit le tiroir d’en dessous et fut surpris d’y découvrir plusieurs albums photo.
Son choix se porta sur celui des vacances au ski de la famille Taylor à Aspen durant l’hiver dernier. Il tourna ainsi les pages attentivement, le sourire aux lèvres la plupart du temps parce que Bianca et Tyler avaient le chic pour trouver les poses les plus invraisemblables et les grimaces les plus immondes qu’il n’ait jamais vues.
Il trouvait Tess resplendissante avec son petit ventre rond et rien qu’en captant ces regards qui en disaient long sur leurs sentiments, il pouvait mesurer tout l’amour que Danny portait à sa femme à cette époque. Avant qu’un certain Miguel Mancini ne vienne leur retirer tout ce bonheur.
Il rangea finalement l’album photo à sa place, l’air décidé. C’était à lui de rendre le sourire à Tess dorénavant, et il comptait bien prendre cette mission très à cœur.

***********

- tu es venu.

Blair accueillit son visiteur à l’hôpital psychiatrique avec le sourire. Elle reposa immédiatement le livre qu’elle tenait dans ses mains quelques secondes plus tôt sur le banc où elle avait pris place, puis releva la tête pour admirer l’allure de son compagnon, qu’elle trouvait terriblement sexy dans ce simple jean, ce polo bleu marine et ses Ray-Ban qu’il avait remonté sur sa tête.

- je n’allais pas rater ta fameuse promenade dominicale.
- c’est ça, moque-toi.

Il se pencha légèrement pour venir happer ses lèvres, et Blair approfondit volontiers leur baiser, ce contact lui avait tellement manqué. Depuis leur coup de fil à la fête foraine, ils avaient mis les choses à plat et leur relation était repartie sur des bases saines. Danny ne lui en voulait plus de ne pas lui avoir révélé qu’elle savait pour sa véritable identité, et de son côté, la jeune femme ne lui tenait pas rigueur non plus de ne pas avoir osé lui avouer de lui-même l’existence de Tess et des enfants.

- ça fait du bien de te revoir.
- à moi aussi, affirma Danny, en prenant place à ses côtés. Dis-moi comment tu te sens aujourd’hui.
- comme d’habitude, j’ai hâte de pouvoir sortir et de retrouver enfin ma liberté.
- il faut que tu continues à t’accrocher, bébé, ça ne devrait plus être long maintenant.

Il posa une main sur sa cuisse en guise d’encouragement et Blair laissa reposer sa tête sur le creux de son épaule pour profiter de son odeur.

- alors, vous êtes allé au match, hier ?
- oui, les Los Angeles Galaxy ont perdu mais Beckham était sur la pelouse, alors BJ était quasiment euphorique, dit Danny, avec le sourire en repensant à leur soirée de la veille.
- j’imagine.

Elle sema quelques baisers dans le creux du cou de son homme, qui encercla sa taille et la serra encore plus contre lui.

- j’ai eu ta lettre, Venus me l’a donné avant-hier.
- alors ? Qu’est-ce que t’en dis ?
- que tu n’as pas un aussi beau papier à lettres que le mien.

Elle lui donna un petit coup de coude dans le ventre, ce qui le fit sourire de plus belle.

- Dannyyy …je suis sérieuse.

Un silence gênant s'installa alors entre eux. Blair redoutait la réponse de son compagnon, elle avait un mauvais pressentiment.

- ... je ne peux pas.

Il mit fin au suspense et chercha à capter son regard, il craignait sa réaction après son refus de venir s’installer à Houston avec elle après sa sortie de l’hôpital.

- je n’ai pas envie d’être un père à mi-temps, seulement deux fois par an, pendant les vacances d’été et les fêtes de Noël. Je veux être là pour eux, comme je l’ai été durant ces cinq dernières années.
- je comprends. Si on m’offrait cette chance de tout recommencer à zéro avec Brennan, je n’hésiterai pas une seconde.
- je suis désolé.
- ne le sois pas. Ils sont encore petits, ils ont besoin de toi.

Il déposa un tendre baiser sur sa tempe. Cela comptait vraiment pour lui qu’elle respecte sa décision.

- je sais que tu veux bien faire et que tu espères que tout se passe pour le mieux dans ta famille, mais est-ce que tu penses sincèrement que ce soit faisable ?
- comment ça ?

Il fronça immédiatement les sourcils, il sentait qu’il n’allait pas apprécier ce qu’elle allait dire.

- je ne pense pas que ta femme sera d’accord avec cet arrangement alors qu’elle est au courant pour nous deux, affirma-t-elle, avec scepticisme.
- elle ne m’empêchera jamais de les voir.
- c’est ce qu’elle dit maintenant, mais peut-être que …
- non, Tess n’est pas comme ça. Elle n’utilisera jamais les enfants pour se venger de moi.

L’air décidé et la voix assurée, il refusait catégoriquement d’envisager cette possibilité alors Blair n’insista pas.

- bien …

Leur chemin s’arrêtait donc là et elle préférait lui dire au revoir maintenant, mais avant qu’elle ne puisse prononcer un mot, il la surprit encore une fois par sa spontanéité.

- quand ton séjour ici sera terminé, tu viendras vivre avec moi, à New York.
- quoi ? Mais c’est de la folie !
- pourquoi ? Plus rien ne te retient ici.

Il lui prit la main et Blair se laissa faire, comme absente et il réalisa la cruauté de ses propos alors que son mari ainsi que son fils avaient perdu la vie dans cette même ville.

- je suis désolé, Blair, je n’aurais pas dû dire ça.

Elle fit non de la tête plusieurs fois de suite et lui serra enfin la main en retour. Elle n’avait plus personne à Houston, Danny avait raison.

- c’est rien … mais tu es sûr que c’est bien ce que tu veux ?

Le sourire en coin, le jeune agent colla ses lèvres sur les siennes une nouvelle fois et l’embrassa avec passion, en soutenant sa nuque d’une main musclée. Elle avait sa réponse.

*************

Danny s’avança jusqu’au comptoir situé derrière le chantier et fut surpris de ne pas y trouver son ancienne collègue, la tête plongée dans un magazine people, ses écouteurs sur les oreilles et ses jambes nonchalamment posées sur une autre chaise. Il trouva cela suspect, elle qui ne quittait jamais son poste d’habitude. Il s’apprêtait donc à faire demi-tour lorsqu’une voix familière provenant d’en dessous du comptoir lui revint jusqu’aux oreilles.

- … AIE !
- Hailey ?
- Manny ? C’est toi ?
- oui, je venais dire bonjour.

Il s’avança de quelques pas et pencha légèrement la tête pour la passer de l'autre côté du comptoir, ce qui provoqua les foudres de la jeune femme rousse.

- NAN ! NE ME MATE PAS !
- quoi ?
- si tu te penches encore une fois pour me mater, t’es un homme mort, pigé ?
- ok. Je ne regarde pas, tu peux sortir.

Le sourire aux lèvres, Danny se redressa et attendit qu’elle se relève pour la darder du regard avec suspicion.

- on peut savoir ce qui t’arrive. Pourquoi tu te caches sous le comptoir ?
- heu je … je me changeais, j’ai fait une tâche sur mon tee-shirt « I love Sextonik ».

Elle portait maintenant un haut moulant noir à manches courtes avec un petit chien dessiné en blanc au centre et l’inscription « cherche compagnon » marqué juste en dessous.

- pourquoi tu n’es pas allée dans les vestiaires ? Ça aurait été plus pratique.
- ah ben oui, c’est vrai ! J’suis bête ! J’y penserai pour la prochaine fois, tiens !

En plus, les toilettes sont insonorisés, pensa-t-elle, le sourire en coin.

- la prochaine fois ? S’étonna Danny, se doutant de quelque chose.
- oui, je me tâche souvent. Un vrai porc ! Alors, dis-moi comment ça va ! C’est la grande forme à c'que j’vois !

Elle déposa une petite tape amicale sur son épaule, le ton toujours aussi enthousiaste.

- sérieux, t’as vraiment une mine superbe, mon coco !
- je préfère Danny.
- et bien, c’est sympa de prévenir ! Heureusement que je me suis pas encore fait tatouée Manuel 4 ever sur la fesse gauche, parce que j’s’rai bien dans la merde maintenant, tiens ! Au fait, qu’est-ce que tu fiches là ? J’croyais que t’avais disparu de la circulation pour de bon quand tu t’es tiré d’ici !
- je viens donner un coup de main à monsieur Brown pour la journée. Tu es sûre que ça va ? Insista-t-il, l’air soupçonneux.
- ben ouais, pourquoi ?
- tu as l’air bizarre depuis que je suis arrivé.
- et c’est maintenant que tu le remarques ?

Sa plaisanterie le fit sourire, c’est vrai qu’Hailey avait toujours eu ce franc-parler et cette optimisme à tout épreuve mais elle lui cachait quelque chose, il en mettrait sa main à couper.

- alors, raconte-moi tout. Ça fait quoi de se retrouver à vivre H 24 avec des inconnus dont on a absolument aucun souvenir alors que ce sont ses propres enfants, la chair de sa chair, sauf pour les deux plus grands bien sûr, mais c’est comme si c’étaient les tiens, nan ?
- pas comme, ce sont les miens.
- ben ouais, c’est c’que j’te dis ! Mais j’imagine que c’est pas facile, hein ?
- et toi, raconte-moi, rien de nouveau depuis mon départ ? Demanda-t-il, en changeant sournoisement de sujet.
- non, je ne vois pas.
- tu es sûre ?
- mais oui, j’suis sûre ! Tu m’saoûles avec tes quest…
- ’tchoummm !
- qu’est-ce que c’était ? On dirait que ça vient d’en dessous du comptoir.
- mmmh ? Quoi donc ? Demanda innocemment Hailey, en haussant un sourcil en direction de Danny.
- quelqu’un vient d’éternuer.
- ah bon ? J’ai rien entendu, moi !

Elle avait beau faire comme si de rien n’était, son regard soucieux n’échappa pas à la vigilance du jeune agent et il se mit à sourire lorsqu’elle asséna discrètement un violent coup de pied à l’enrhumé sous son comptoir.

- aieuuuuu ! Ça fait mal ! Se plaignit la voix dans un soupir frustré.

Cette fois, Danny reconnut clairement ce léger accent qu’il devinait d’Australie et se mordilla la lèvre inférieure afin de retenir le rire qui lui brûlait les lèvres à cet instant.

- je vais te laisser. Tu m’as l’air très occupée, dit-il, le regard malicieux.
- c’est tout ? Tu m’as même pas ramené de souvenir ? Tu crains là !
- si, il est dans mon casier. C’est un tee-shirt bl…
- y a une inscription dessus, j’espère ?
- oui, « l’abus de câlin avec un australien est mauvais pour la santé » !

Il lui adressa un sourire moqueur et reprit la direction du chantier sous le regard vexé d’Hailey.

- pfff … n’importe quoi … ça te va bien de dire ça ! C’EST MÊME PAS MOI QUI FUME D’ABORD !

Danny ne se formalisa pas de sa remarque et quitta les lieux avec le sourire, heureux de sa surprenante découverte. Il pourrait encore taquiner Hailey sur sa nouvelle relation durant toute la durée de son séjour à Houston, pour son plus grand plaisir.

- c’est bon, il est parti, amour ?

Une bouche des plus sexy et le torse totalement nu laissant découvrir quelques carrés de chocolat qui en feraient pâlir plus d’une, Finn sonda Hailey du regard comme pour lui demander son autorisation.

- ouais, la voie est libre, tu peux sortir.

Sa chemise hawaïenne encore dans la main et son jean en bas des chevilles, l’australien sortit de sa cachette, le sourire aux lèvres.

- j’vois pas c’qui te fait marrer ! Comment tu nous a fait repérer, j’y crois pas ! Tu pourrais être un peu plus discret, s’il a la bonne idée de nous balancer à mister B, on est grillés, j’te signale !
- ça ne me dérange pas de devoir quitter la ville si besoin, j’ai une femme dans chaque port, beauté !
- ah oui et combien ? J’suis sûre que j’te bats !
- tu es très conciliante, mon chou, j’adore ça.
- non, nuance, je suis prévoy… attention, mister B s'ramène ! Planque-toi !

Avant même que le jeune australien n’ait eu le temps de réagir, Hailey poussa avec violence sur sa tête et il se remit alors à genoux pour retrouver sa cachette, il aurait dû se rhabiller plus rapidement, bien mal lui en avait pris !

- Haynes, où est Finn ?

La mine sérieuse et une voix des plus imposantes, Monsieur Brown attendait la réponse d’Hailey avec impatience alors que cette dernière fuyait son regard sciemment.

- aucune idée, je ne l’ai pas vu. Mais je le mettrai au jus que vous le cherchez, si je le vois. Promis. Vous pouvez comptez sur moi, j'assure !
- je n'en doute pas, répondit-il, avec une pointe d'ironie dans la voix.

Le père de BJ repartit alors dans la direction inverse, peu satisfait du résultat de ses recherches alors qu’Hailey se sentait soulagée que ce cher Manny n’ait pas vendu la mèche. Il mériterait vraiment qu’elle se fasse tatouer son nom sur les fesses finalement !

************

Lorsque Danny franchit le seuil de l’entrée, il ressentit une certaine appréhension à se retrouver en face-à-face avec sa future ex-femme. On ne pouvait pas dire que leur dernière conversation ait été des plus chaleureuses et il redoutait sa réaction surtout qu’elle savait pertinemment qu’il avait aussi vu Blair à Houston.

- hey … doucement … doucement ma grande.

Les petits sauts de Lady à hauteur de ses genoux le sortirent finalement de ses pensées et il se pencha légèrement pour caresser avec douceur la petite chienne westie qui semblait ravie du retour de son maître.

- alors, t’as bien monté la garde en mon absence, j’espère ?

Le sourire aux lèvres, il reprit alors son sac de voyages en main et alluma la lumière du salon lorsqu’il entendit marmonner un homme allongé de tout son long sur le divan, un homme qu’il ne connaissait ni d’Eve, ni d’Adam, et qui releva la tête vers lui, les cheveux en bataille et les yeux explosés de fatigue.

- ah ! Te voilà ! On ne t’attendait plus ! Je croyais que ton avion devait atterrir il y a trois heures déjà ?

Son caleçon et son tee-shirt à manches sur lui, Thomas se libéra de la couverture sous laquelle il se trouvait et s’assit confortablement sur le canapé, se passant une main sur le visage, tout en baillant effrontément.

- qui êtes-vous ?

La voix métallique, Danny sonda le français d’un œil inquisiteur, en attente d’une réponse de sa part. Thomas le fixa d’un air incrédule à son tour, Tess n’avait pas exagéré sur son état, il ne se souvenait vraiment de rien.

- Thomas Bauer, un ami de longue date de la famille et le parrain de Nathan. On s’est rencontrés en France avec Tess, ça fait un bail maintenant.
- génial, mais ça ne me dit toujours pas ce que vous faites ici.

Le ton de Danny se voulait désagréable au possible. Visiblement, il n’appréciait guère que Tess lui ait caché un fait aussi important. D’autant plus, qu’il avait eu Bianca et Tyler à plusieurs reprises au téléphone durant son séjour au Texas, et qu’aucun d’entre eux n’avaient osé vendre la mèche.
Il déposa une nouvelle fois son sac de voyages au sol, se tenant toujours debout devant le français qui ne paraissait en rien gêné par la situation. Apparemment, il se sentait comme chez lui dans cette maison.

- je ne comptais passer que quelques jours à New York, mais Tess m’a généreusement invité à rester chez vous. J’espère que ça ne te dérange pas ?
- où est-elle ?
- tout le monde est couché, les enfants s’en sont donnés à cœur joie aujourd’hui. Ils nous ont carrément épuisé.

Ce « nous » résonna dans la tête du jeune agent et il se mit à crisper la mâchoire sans même s’en rendre compte. Pour qui est-ce que ce type se croyait ? Personne ne lui avait demandé de s’occuper de ses enfants, sa femme et lui étaient là pour le faire !

- comment c’était à Houston ? T’as passé un bon séjour ?

Danny n’en revenait pas du culot de son visiteur et haussa un sourcil en sa direction, tout en mettant les bras en croix.

- comme je te l’ai dit, ça fait longtemps qu’on se connaît avec Tess. On ne se cache rien.

Le jeune agent se mit à inspirer profondément pour retrouver son calme. Sa femme avait le droit d’inviter qui elle voulait dans leur maison, même si ce n’était pas l’envie qui lui manquait en cet instant de corriger ce petit insolent et de lui clouer le bec une bonne fois pour toutes !

- alors, c’était comment ?
- on avait beau temps, répondit Danny, avec une pointe d’ironie dans la voix.
- qui ça, on ? L’interrogea Thomas, l’air moqueur.

Il n’y avait plus de doute. Ce petit morveux se jouait bel et bien de lui et comptait utiliser toutes les confidences que Tess lui avaient faites sur sa relation avec Blair pour le provoquer. Danny ne se laissa pas avoir, ça ne servait à rien d’entrer dans son jeu. Il était plus malin que cela.

- ben, tu t’en vas déjà ?

L’air faussement surpris, Thomas vit le jeune agent reprendre calmement son sac de voyages à la main et faire sagement demi-tour vers sa chambre.

- comme tu l’as dit, mon vol avait du retard, railla Danny. Je suis crevé.
- bonne nuit alors ?

Pas de réponse de la part du jeune agent. Le sourire aux lèvres, Thomas se dit qu’il l’avait bien cherché tout compte fait.

- attention, fais gaffe à la marche. Je me suis déjà fait avoir plusieurs fois.

Le français pointa du doigt, la seule marche qui séparait le salon du couloir de l’entrée alors que Danny fit mine d’être reconnaissant de cet avertissement et s’autorisa également un petit conseil amical au passage.

- et toi, au tapis, dit-il, en désignant clairement ce dernier d’un geste de la main. Ce serait dommage que tu te prennes les pieds dedans.

Tout en s’affrontant du regard, les deux hommes se saluèrent d’un sobre signe de tête avant de rejoindre chacun leurs quartiers, les hostilités avaient bel et bien commencé !

**************

Danny passa juste sa tête à travers la porte du salon et vit ses deux fils assis sagement sur la moquette, le dos appuyé contre le bas du canapé et le téléviseur pour seul compagnon. Tyler tenait son portable dans les mains et était en plein écriture d’un SMS alors que Nathan s’amusait à tirer la queue de Lady, entre deux éclats de rire prononcés.

- ça va, les garçons ?

Le jeune agent adressa son plus beau sourire à ses deux enfants alors que son aîné releva la tête vers lui, la mine étonnée.

- t’es là depuis quand ? On t’a même pas entendu rentrer ?
- je suis revenu hier dans la s…
- PAPAAA !

Danny n’eut même pas le temps de finir de répondre à Tyler que déjà Nathan, dans son pyjama Lilo et Stitch, se précipitait dans sa direction avec enthousiasme. Le jeune agent le souleva alors immédiatement à sa hauteur, ravi de ses retrouvailles, et l’enfant serra le cou de son père avec ses petits bras alors que ce dernier déposait maintenant plusieurs baisers sur la tempe de son fils tout en dégageant quelques mèches rebelles qui retombaient sur ses yeux couleur azur.

- alors, les Brown vont bien ? Poursuivit Tyler, après avoir envoyé son fameux SMS.
- oui, ils …
- et le match avec BJ ? Le coupa l’adolescent. C’était comment ?
- il s’est déroulé dans une ambiance survoltée, tu aurais détest… aie !

Toujours dans les bras du jeune agent, Nathan s’amusait à tirer sur le pouce de son père dans le but de laisser le plus d’espace possible entre son index et son pouce alors que Danny venait d’esquisser une légère grimace au passage, exprimant sa douleur.

- papa y a mal ?

Les grands yeux ébahis de Nathan le fixaient avec attention, et Danny lui répondit à voix-basse, avec douceur.

- un peu.

Sans plus tarder, Nathan s’empara alors du pouce de son père avec ses deux petites mains et souffla ainsi à l’extrémité de ce dernier, à l’endroit exact où se situait la coupure du jeune agent. Danny avait plus senti passer les postillons de son fils que de l’air à cette occasion, mais l’enfant semblait content de lui et surtout fier de sa propre initiative.

- papa pu mal ! Dit-il, avec le sourire.
- c’est vrai, merci mon grand.

L’air faussement impressionné, Danny embrassa son fils sur la joue et le déposa au sol lorsqu’il sentit que ce dernier commençait à agiter les jambes alors qu’il se trouvait encore dans ses bras.

- où est ta sœur ?

Alors que Nathan regagnait sagement sa place sur la moquette du salon, à côté de son grand frère, Danny interrogea Tyler du regard et ce dernier se contenta de lever les yeux au ciel, lui faisant comprendre que la réponse était évidente. Danny hocha la tête de manière compréhensive, Bianca en aurait certainement encore pour plusieurs heures à se préparer dans la salle de bain en cette belle matinée.

- c’est le jour de surveillance de Gabriel, ajouta Tyler, comme vague explication.

Danny se mit à grincer des dents dès qu’il entendit prononcer le nom du mexicain. Il se demandait encore lequel de ce dernier ou du français, il détestait le plus. Le léger bip du téléphone de son fils le sortit finalement de sa rêverie et il observa la réaction de ce dernier, visiblement il semblait pressé de lire son nouveau message.

- comment va Dolores ?

Le regard malicieux, Danny pariait que l’expéditrice de ce SMS était à coup sûr l’adolescente qui avait accompagné Tyler à la fête foraine il y a quelques semaines et au sourire gêné de son fils, il était sûr d’avoir vu juste.

- elle aimerait venir manger un soir chez nous, tu crois qu’y aurait moyen d’organiser ça un de ces quatre ?

Danny écoutait son fils avec attention, en déduisant au passage que cette chère Dolores n’avait pas changé d’un poil. C’était toujours elle qui disait quoi faire à Tyler et ce dernier obéissait comme un brave petit toutou. Décidément, les femmes leur feraient vraiment faire tout ce qu’elles désiraient.

- elle mange pas beaucoup, tu sais, argumenta Tyler.
- qu’est-ce que ta mère en dit ? Se renseigna Danny, en retenant un sourire après la remarque de son fils.
- ben justement, j’lui ai pas encore demandé alors si tu pouvais m’arranger le coup et lui en toucher deux mots pour moi, ce s’rait bien.

L’air pensif, Danny ne se considérait pas vraiment en meilleure position pour pouvoir influencer une quelconque décision de Tess, surtout après leur dernière dispute avant son départ à Houston, mais rien ne l’empêchait d’essayer.

- je vais voir ce que je peux faire mais …
- cool !
- attention, je ne te promets rien, Ty. Elle est dans la cuisine, c’est ça ?
- ouais, avec oncle Tommy.

Son visage se rembrunit aussitôt à la nouvelle. L’air sarcastique, Danny poussa un soupir frustré, le contraire l’aurait étonné !

- très bien, j’y vais.

Avant de quitter la pièce, il posa sa main avec douceur sur la tête de son fils qui semblait captivé par les images du dessin-animé qui défilaient sur l’écran de télévision.

- Nathan ? Bisou ?

Il se pencha à sa hauteur mais l’enfant ne broncha pas, ce qui fit sourire Tyler. L’air amusé à son tour, Danny embrassa son fils sur la tempe et quitta le salon alors qu’un nouveau bip se fit entendre dans la pièce. Tyler allait sûrement utiliser tout son forfait pour cette chère Dolores, pensa son père, avec humour.
De francs éclats de rire lui parvinrent jusqu’aux oreilles alors qu’il arrivait dans la cuisine, et la première chose qui le frappa fut le sourire éclatant de Tess, le premier depuis plusieurs semaines. Il était heureux de la voir aussi rayonnante mais son visage se rembrunit aussitôt lorsqu’il vit la petite Maggie Rose dans les bras de Thomas, le jeune homme lui donnait son biberon assis à table, sur la chaise voisine à celle de Tess alors qu’ils discutaient tous deux dans leur langue maternelle.

- bonjour, dit-il, d’un ton neutre.

Tess et Thomas relevèrent la tête en même temps vers lui et le français lui adressa un sourire que le jeune agent savait des plus hypocrites.

- ça va, ce matin ? Lui demanda ce dernier.
- et vous ?

Danny arrêta plus particulièrement son regard sur Tess mais cette dernière se mit à fuir le sien, et resta silencieuse, au lieu de ça, ce fut Thomas qui reprit la parole.

- bien, j’ai dormi comme un bébé. Votre canapé est très confortable, madame.

Il avait prononcé cette dernière phrase en français, histoire d’écarter encore plus Danny de leur conversation. Il adressa un clin d’œil complice à Tess au passage, qui secoua la tête, l’air amusé.

- café ? Demanda-t-elle, en observant le mug vide de son ami.
- non, merci, répondit Thomas, le sourire aux lèvres.
- j’en veux bien, affirma Danny.

La française releva alors la tête vers lui et lui désigna du menton la cafetière qui se trouvait derrière lui près de l’évier. Le message était clair. S’il voulait du café, monsieur devait se servir tout seul ! Un brin déstabilisé par sa réaction, Danny se servit sagement une tasse et prit place en face de Tess alors que Thomas donnait toujours le biberon à leur fille.

- mais c’est une vraie morfale ! S’étonna le français, tout sourire.

Le biberon de Maggie se retrouvait vide en à peine quelques secondes et Tess prit alors sa fille dans les bras pour lui faire faire son rot sous le regard attentif de Danny. Il ne savait plus du tout quel comportement adopter avec elle et préférait éviter toute cohabitation hostile, même si le fait qu’elle semble totalement ignorer sa présence ne le réjouissait guère.

- je peux ? Demanda Danny, en désignant sa fille d’un simple signe de tête.

Toujours sans que son visage ne démontre la moindre émotion, Tess passa Maggie à son père sans sourciller et ce dernier commença à bercer religieusement son bébé, tout en chantant à voix basse avec douceur.

- como una promesa eres tú, como una mañana de verano, como una sonrisa eres tú …

Tess regardait cette scène se jouer sous ses yeux avec émotion, ne voulant pas en manquer une miette. C’était cette même chanson que Danny chantait à Nathan lorsqu’il était bébé. Elle sentait les larmes se former petit à petit au coin de ses yeux et souffla avec discrétion pour les retenir.

- toda mi esperanza, eres t…

Danny s’arrêta en plein refrain, car à sa plus grande surprise, Maggie Rose se mit à pleurer et Tess quitta alors sa chaise dans l’intention de la reprendre lorsque Thomas intervint en posant une main sur l’avant-bras de son amie.

- nan laisse, je m’en charge.

Le français s’avança alors devant Danny et le jeune agent lui rendit sa fille à contre-cœur, devant le sourire toujours aussi hypocrite de ce vaurien, qui se mit à chantonner à son tour.

- bonne nuit cher enfant, dans tes langes blanches, repose joyeux en rêvant des cieux …

Les pleurs de Maggie Rose disparurent presque aussitôt, et Thomas adressa un franc sourire à Danny qui le fixait d’un air agacé.

- je crois qu’elle préfère le français à l'espagnol.

Le jeune agent acquiesça sans grande conviction, ce type et son air suffisant lui tapaient vraiment sur le système de plus en plus, et ça n’allait pas en s’arrangeant !

*************

- TY, TU DESCENDS ? C’EST BIENTÔT PRÊT !

Les deux mains posées sur la rampe d’escalier, Tess commençait à s’impatienter alors qu’elle savait son fils dans sa chambre avec Dolores depuis la fin de l’après-midi.

- TYYYYYY !

Toujours pas de réponse. Elle se mit à soupirer lorsque la sonnette d’entrée la fit sursauter et elle regagna la cuisine en courant.

- et merde, merde, merde ! J’ai pas encore fini ! Vas-y ! Va leur ouvrir !

Totalement paniquée, elle croisa le regard amusé de Thomas qui se délectait de la voir dans un tel état.

- calme-toi, ce n’est pas …
- allez, grouille !
- c’est bon, j’y vais, j’y vais.

Joignant le geste à la parole, le français se dirigea vers l’entrée et accueillit leurs trois invités avec enthousiasme.

- bonjour, je suis Thomas, l’ami de Tess. Et vous êtes Gabriel, c’est ça ?
- c’est bien ça.

Les deux hommes échangèrent une franche poignée de main avant que le jeune mexicain ne passe amoureusement un bras autour de la taille de sa compagne.

- je vous présente ma fiancée…
- Marion, le coupa l’intéressée. Enchantée.

Thomas la salua à son tour lorsque l’adolescent qui se tenait près d’eux balaya l’endroit du regard, la mine impressionnée du haut de ses seize ans.

- sympa la baraque.
- voici Sergio, mon petit frère, réagit enfin Gabriel, qui n’avait d‘yeux que pour sa future femme.
- petit ? Le taquina Thomas.

En réalité, Sergio avait quasiment la même taille que son « grand » frère.

- plus jeune, rectifia le jeune agent, avec le sourire.
- TYYYYYY ! Hurla Tess. TU VEUX UNE INVITATION ?

L’agacement dans sa voix était perceptible, ce qui fit sourire tous ses invités qui l’avaient entendue de la cuisine.

- c’est bientôt prêt, leur annonça Thomas. Je vous en prie, entrez.

Gabriel, Marion et Sergio suivirent alors leur guide jusque dans le salon et purent s’apercevoir que Tess n’avait laissé aucun détail au hasard. Elle avait mis les petits plats dans les grands, les couverts étincelaient, des serviettes pliées en éventail décoraient huit coupes de champagne et plusieurs boissons ainsi que différents sortes d’apéritifs salés étaient à leur disposition.

- installez-vous, je vais voir si elle s’en sort. N’hésitez pas à vous servir.

Gabriel et sa fiancée prirent ainsi place l’un à côté de l’autre alors que Sergio s’assit à la droite de sa future belle-sœur et piocha avec nonchalance sa main dans la petite corbeille remplie de cacahuètes.

- alors, où elle est ? Demanda-t-il, en portant une nouvelle fois sa main à sa bouche.
- Bianca ? Je pense qu’elle ne va plus tarder, supposa Gabriel.
- j’te préviens que si c’est un boudin, j’me tire d’ici en moins de deux.
- j’te préviens que si tu fais ça, tu …
- on se calme.

Le sourire aux lèvres, Marion posa avec douceur sa main sur celle de son fiancé qui la serra dans la sienne en retour.

- la déco est magnifique, leur fit remarquer la jeune femme.
- mouais, prions que pour la bouffe, ce soit pareil, espéra Sergio.

Gabriel toisa son frère d’un regard agacé une nouvelle fois et Marion préféra changer de sujet pour apaiser les tensions naissantes entre les deux hommes.

- c’est bizarre, mais ton collègue préféré n’a pas l’air d’être présent, observa-t-elle, avec ironie. J’imagine qu’il ne devait pas être ravi d’apprendre que tu dînais dans son salon et qu’il a pris ses jambes à son cou.
- c’est fort possible.
- bébé …
- quoi ?

Elle n’en croyait pas un mot. Il avait ce regard malicieux qui ne trompait pas et elle ne mit pas longtemps avant de deviner le fin mot de l’histoire.

- tu ne lui as rien dit, n’est-ce pas ?
- je voulais lui faire la surprise, dit-il, le sourire victorieux.
- bien sûr, commenta Marion, l’air amusé.
- c’est sa femme qui nous a invités, il n’a rien à voir là-dedans.
- tu n’as pas pu t’empêcher, hein ?
- et c’est pour ça que tu m’aimes.
- ah bon ? Je t’aime, tu es sûr de ça ?
- certain.

Les futurs mariés ne se quittaient plus des yeux en cet instant. Gabriel approcha lentement son visage de celui de sa fiancée et colla ses lèvres tout contre les siennes, leur baiser se voulait à la fois doux et langoureux.

- y a des chambres pour ça, se plaignit Sergio, en levant les yeux au ciel.

Le sourire aux lèvres, le couple mit fin à son étreinte et eut le plaisir de voir Tyler arriver dans le salon à ce moment précis.

- Salut Gabe ! Ça gaze ?

L’adolescent et le jeune agent mirent leur poing contre l’autre pour se saluer et le jeune mexicain se chargea une nouvelle fois de faire les présentations. Pendant ce temps, la petite copine de Tyler se tenait debout en silence juste à côté de lui et poussa un raclement de gorge très peu discret pour lui faire remarquer son erreur.

- heu … oui … c’est Dolores. On est dans la même classe.

Tous les invités la saluèrent chaleureusement avant de piocher tour à tour dans les apéritifs proposés alors que les deux adolescents prenaient place à table.

- madame Taylor va me servir une assiette à part parce que je suis végétarienne, annonça fièrement Dolores. Elle est cool, hein ?

Ses interlocuteurs acquiescèrent d’un hochement de tête en chœur alors que Sergio profitait que Tyler soit son voisin à table pour l’interroger du regard.

- tu sais, où est ta sœur ?
- pourquoi ?
- pour rien, marmonna Sergio, de plus en plus impatient de rencontrer Bianca.

Il fut bien obligé alors de reporter toute son attention sur Dolores qui ne cessait d'importuner Marion et Gabriel avec des tirades interminables sur son principal centre d’intérêt, au grand désarroi du couple qui faisait de son mieux pour ne pas paraître ennuyé par ses propos.

- et vous êtes au courant que si le réchauffement de la planète atteint les 2°C, la nourriture des baleines de l’océan Antarctique se fera plus rare ? Les pauvres, elles n’auront plus rien à manger.

Malgré le fait qu’ils compatissaient à l’engagement sincère de l’adolescente et qu’ils trouvaient cette cause des plus nobles, leur ventre commençait à crier famine et ils peinaient à garder leur niveau de concentration intact.

- moi, je fais des dons à la WWF tous les mois, se vanta Tyler.
- c’est bien, répondit poliment Gabriel.

Une lueur d’espoir put se lire dans ses yeux lorsque Tess fit enfin son apparition dans le salon, suivi de peu par Thomas, mais au grand dam du jeune agent, ils venaient tous deux les mains vides.

- bon, on mange ou quoi ? J’ai la dalle, moi !

Gabriel sourit à la remarque de l’adolescent. Il ne faisait que dire ce que tout le monde pensait tout bas.

- une minute, on va quand même attendre ta sœur, Ty, lui signifia gentiment Tess.
- encore un peu de patience, mon grand, ajouta Thomas, en posant une main réconfortante sur son épaule.
- ah ben, quand on parle du loup !

Tous les yeux des sept invités se dirigèrent vers la porte d’entrée et Ty sursauta avec entrain lorsqu’il vit Bianca s’approcher de la grande table du salon.

- désolée, j’ai pas vu l’heure passer et j’avais pu de crédit pour t’envoyer un message.
- c’est rien, la rassura sa mère. Je vais chercher les plats, assieds-toi.
- où ça ?

Tess et Thomas disparurent aussitôt dans la cuisine, laissant Bianca dans le doute sur sa place à choisir, il y avait encore trois chaises de libre.

- pourquoi pas là ? Proposa Sergio, se voulant charmeur.

Il bénissait le ciel que la chaise voisine à la sienne soit laissée vacante et sourit à l’adolescente quand elle prit place à ses côtés.

- Sergio, le frère de Gabriel.
- Bianca, la fille de ma mère, plaisanta-t-elle.

Les deux adolescents se dévoraient des yeux et Bianca ne semblait pas se soucier du tout de la complicité amoureuse de Gabriel et Marion, qui, le sourire béat, se susurraient des petits mots doux à l'oreille, et avaient toujours l’un envers l’autre de nombreuses attentions ainsi que des caresses.
Quelques minutes plus tard, Tess et Thomas rejoignirent leurs invités avec chacun, un plat de lasagnes dans les bras, qu’ils déposèrent avec précaution au centre de la table.

- bon appétit !

Thomas servit une part égale à chaque invité sauf à Dolores qui savourait son assiette de salade composée en silence.

- je suis désolée pour le retard, s’excusa Tess. J’espère que ce n’était pas trop long.
- non, grâce à Dolores, on a appris plein de choses sur notre planète, la rassura Gabriel, avec humour.
- je n’en doute pas, railla-t-elle. Alors, si je comprends bien, c’est vous la fameuse fiancée cachée ?
- cachée ? S’étonna Marion, en haussant un sourcil en direction de son interlocutrice.
- oui, je tannais votre fiancé pour que vous veniez dîner mais il trouvait toujours une excuse pour se défiler.
- tu m’avais caché ça, beau brun.

Marion passa amoureusement sa main dans les cheveux en bataille de son homme, le toisant avec amusement.

- je voulais te garder rien que pour moi, répondit Gabriel, la voix rauque.
- mouais, tu parles, il a besoin de son petit frère pour le chaperonner, plaisanta Sergio, entre deux bouchées.

Les rires fusèrent dans toute la pièce et Tess relança la conversation en s’adressant directement à Marion.

- ça avance les préparatifs du mariage ?
- ne m’en parlez pas, si j’avais su, j’aurais dit non, mais ce monsieur a usé de tous les stratagèmes pour pouvoir me convaincre. J’espère que vous viendrez ?
- avec plaisir.

Les deux jeunes femmes se sourirent chaleureusement alors que Danny franchit le seuil de la maison juste à ce moment-là. Il s’avança jusqu’au salon et fut surpris de voir toutes ces personnes à table. Toutes sauf lui. Non seulement, il n’avait pas été convié à ce dîner, mais Tess s'était bien gardée de le prévenir qu’ils recevaient du monde ce soir.

- ah ben, tu viens pile au bon moment ! Dit Tyler, avec entrain. On mange des lasagnes, c’est le plat préféré d’oncle Tommy !
- et moi, j’ai mes salades ! Ajouta Dolores, sur le même ton enjoué.

Alors que Danny dirigeait mal d’avoir été évincé de la sorte, Nathan lâcha brusquement l’index de son père pour courir vers sa mère, sa petite barquette de frites tenue fermement dans ses deux petites mains.

- regade, regade, maman ! C’est papa qui m’a acheté !

Il tira sur la manche du chemisier de Tess plusieurs fois de suite et cette dernière reposa ses couverts sur la table, accordant de ce fait toute son attention à son fils.

- alors, c’était comment votre promenade ?

Trop tard. L’enfant venait de mettre l’extrémité d’une longue frite en bouche, sa mère devrait donc repasser pour la suite de l’interrogatoire. Sans dire un mot même s’il n’en pensait pas moins, Danny libéra Maggie Rose de sa poussette pour la prendre avec délicatesse dans ses bras. Il venait de s’apercevoir qu’il était devenu persona non grata dans sa propre maison et ce cruel constat était difficile à accepter.

- ben où tu vas ? Tu manges rien ?

Entre deux bouchées, Bianca releva la tête vers son père et marqua sa surprise qu’il ne vienne pas les rejoindre à table et s’apprêtait au contraire, à prendre un autre chemin.

- j’ai déjà mangé.

Ce fut en homme blessé et la voix fébrile que le jeune agent se réfugia dans la cuisine pour donner le biberon à sa fille. Il n’était plus le bienvenue dans cette maison, il ne comptait pas s’incruster !

************

Blackout (partie 10)

Publié le 23/02/2010 à 00:43 par danieletbetty
Leur soirée touchait maintenant à sa fin, et pendant que Gabriel et sa fiancée discutaient tranquillement avec la maîtresse de maison dans le salon, Bianca avait obtenu l’autorisation de sa mère pour aller regarder un film en streaming dans sa chambre, laissant le choix du titre à l’appréciation de ce cher Sergio.

- oh la vache ! Dit-il, avec humour, en pointant un poster précis du doigt.

Le regard du frère de Gabriel venait de se poser sur le poster situé juste au-dessus du lit de Bianca qui montrait la tête d’une vache en gros plan, avec un bonnet sur la tête et des fleurs plein la bouche. L’adolescente sourit à sa plaisanterie puis alluma son ordinateur et fut surprise de voir Sergio s’installer sans gêne sur sa chaise de bureau.

- c’est quoi ton mot de passe ?

Sa main droite déjà posée sur la souris, il toisait Bianca avec attention et cette dernière remarqua immédiatement qu’il avait les mêmes yeux que Gabriel. Un mélange subtil et élégant de marron doré puis d’émeraude qui contournait son iris, elle était totalement sous le charme. Il n’y avait plus aucun doute, Sergio Garcia venait bel et bien de faire son entrée officielle dans la catégorie « beaux gosses » et mériter sans la moindre contestation possible le surnom de Sex Mex numéro deux. En parlant de Sex Mex justement … elle se sentit immédiatement embarrassé à l’idée qu’il devine la vraie signification de son mot de passe. Pourvu qu’il n’en fasse rien.

- c'est GG, avoua-t-elle, avec appréhension.
- c’est les initiales de qui ?

Piqué dans sa curiosité, le jeune mexicain l’interrogea du regard, elle devait trouver une parade et vite.

- non, c’est pas … enfin, oui mais non …enfin, pas tout à fait…
- c’est oui ou non ? J’ai pas tout saisi.

Son regard se voulait malicieux. Il trouvait cela amusant qu’elle s’emmêle les pinceaux de cette manière, fort heureusement, elle retrouva finalement ses esprits.

- en fait, c’est pas pour une personne, c’est pour Gilmore Girls, la série télé. J’ai toutes les saisons en DVD.

Elle le sonda du regard avec attente, il hocha la tête de manière compréhensive. Mission réussie ! Elle pouvait être fière de la rapidité de son mensonge.

- ah cool, y z’ont l’incroyable Hulk, je voulais le voir justement, affirma Sergio, le ton enjoué.

Ses yeux scrutaient l’écran d’ordinateur, et Bianca passa sa tête juste au-dessus de l’épaule du garçon de seize ans, humant son parfum avec délectation.

- c’est avec Edward Norton ? Demanda-t-elle, en lisant son nom sur l’affiche.
- ouais, et Liv Tyler aussi. Alors, ça te dit ?
- vas-y, mets-le.

Ni une, ni deux, Sergio cliqua alors sur l’affiche du film, appuya sur « lecture » une fois que la vidéo s’afficha puis vint s’installer sur le lit de Bianca, juste à ses côtés, ne manquant pas au passage, de décaler légèrement l’écran de son ordinateur sur la droite, pour qu’elle ait une vue pleine sur celui-ci. Elle trouvait ce petit geste adorable de sa part et lui adressa un sourire reconnaissant.
Les premières minutes du film venaient de s’écouler et Bianca ne put s’empêcher d’observer les réactions de son voisin du coin de l’œil… zut ! Elle venait de se faire prendre en flagrant délit de matage intensif, mais le sourire délicieux de Sergio la rassura aussitôt. Peut-être bien qu'il avait craqué aussi ...

- elle dort à poing fermés, tu devrais aller la coucher, dit Thomas, d’un ton moralisateur.

Il était venu déposer plusieurs saladiers dans la cuisine et Danny ne prit même pas la peine de relever la tête quand il reconnut sa voix. Le regard conquis, il préférait observer avec attention la respiration paisible de Maggie Rose, qui avait trouvé repos dans ses bras, tel un vrai petit ange. À dire vrai, c’était plutôt la réaction de Tess qui le laissait perplexe. Elle aussi avait fait des allers-retours incessants dans la cuisine au cours du dîner mais à aucun moment, elle ne lui avait adressé la parole. Il en avait donc fait de même et était resté muré dans son silence, pour le bien de tous. En réalité, il préférait ne pas envenimer les choses ou risquer de dire ce qu’il pourrait regretter la seconde d’après.

- BONSOIR !
- shhhh …

Dolores fit une entrée très peu discrète dans la cuisine et Danny mit immédiatement son doigt devant sa bouche, en désignant sa fille du menton, heureux de voir que Thomas avait bel et bien quitté la pièce.

- oups … désolée.

Le jeune agent balaya les excuses de la petite amie de son fils d’un revers de la main, et avant qu’il ne lui propose de s’asseoir, l’adolescente avait déjà pris place sur la chaise voisine à la sienne.

- ohhhh … elle est trop mignonne.

Le regard émerveillé, elle laissa reposer sa tête sur sa main fermée en poing qui prenait appui sur un bout de la table et observa avec attention la bouille adorable de Maggie Rose.

- ah ben t’es là ! J’t’ai cherché partout !

Soulagé de voir sa petite amie assise tranquillement dans la cuisine avec son père, Tyler ouvrit sans tarder la porte du réfrigérateur et se tint debout devant ce dernier pendant plusieurs secondes d’affilée.

- t’as trouvé ton bonheur ? Lui demanda Danny, l’air taquin.
- mmmh …je sais pas trop, je sais pas quoi prendre.
- ben dépêche-toi, parce que si tu laisses la lumière allumée trop longtemps, tu vas user trop de courant, et ça, c’est pas bon pour l’environnement ! Pesta Dolores, sans ménagement.
- ok, c’est bon ! Je la referme !

Une fois sa bouteille d’1,5 litres de coca en main, Tyler ferma la porte du réfrigérateur en urgence. Un sourire moqueur s’afficha aussitôt sur le visage de Danny à cet instant, son fils obéissait vraiment au doigt et à l’œil à sa nouvelle petite amie. Il faudrait peut-être qu’il lui demande son secret, pensa-t-il, avec humour.

- tu veux un verre, Dolores ?
- vous faites le tri dans vos déchets ? Demanda-t-elle, en ignorant son petit ami.

Danny haussa un sourcil en direction de l’adolescente, surpris qu’elle lui pose une telle question, mais ravi de se prendre au jeu.

- oui, et on ne prend jamais de bain, que des douches.
- c’est bien, dit-elle, avec satisfaction. Faut continuer comme ça.
- alors, j’te sers un verre ou pas ?

Sa main droite se tenant encore à la porte de l’armoire, Tyler commençait sérieusement à s’impatienter.

- si tu v…nan !
- t’es sûre ?
- ouais.

L’adolescent s’empara alors d’un seul verre, le posa sur la table de la cuisine, ouvrit la grande bouteille en plastique de coca, et s’amusa à verser sa boisson gazeuse en éloignant l’extrémité de la bouteille du verre, de plusieurs centimètres, puis à la rapprocher, alternant les deux distances avec jeu.

- Tyyyyy, le menaça Danny, dans un soupir.

Il savait parfaitement que ce geste agaçait son père au plus haut point, mais ça ne l’empêchait pas de le faire pour autant. Il prit ensuite place juste à côté de Dolores et porta son grand verre de coca à ses lèvres, puis en profita pour relancer la conversation sur le sujet favori de sa petite-amie.

- est-ce qu’elle t’a raconté pour les baleines ?
- …non, répondit Danny.
- vas-y, dis-lui.

Tyler exhorta Dolores à parler, en lui assénant un petit coup d’épaule complice au passage. Si Danny avait toujours le sourire à cet instant, c'est parce qu'il ignorait que c’était une véritable conférence sur le milieu marin qui l’attendait.

**************

Sucker love is heaven sent.
You pucker up, our passion's spent.
My hearts a tart, your body's rent.
My body's broken, yours is bent.

Carve your name into my arm.
Instead of stressed, I lie here charmed.
Cuz there's nothing else to do,
Every me and every you.

Les premières images du film de son choix défilant sur l’écran de télévision, Tess étira ses jambes de tout son long et les laissa reposer sur le divan. Cela avait été une nouvelle journée harassante, et elle avait rêvé de se retrouver au calme depuis ce matin. Et voilà, elle y était, enfin.
Malheureusement pour elle, ce moment de détente fut de courte durée quand elle vit approcher Thomas dans son pantalon jogging et son tee-shirt blanc à manches, il allait sûrement se coucher. À contre-cœur, elle s’apprêtait donc à lui laisser la place sur le canapé lorsqu’il balaya sa tentative d’un revers de la main.

- nan, reste.

Au lieu de ça, il s’assit bien sagement à ses côtés et remonta naturellement les jambes de la jeune femme à hauteur du canapé puis les posa délicatement sur ses genoux.

- qu’est-ce que tu regardes ? Demanda-t-il, ses yeux scrutant l’écran du téléviseur avec attention.
- c’est Cruel Int… nan, arrête !

Tess fut prise d’un fou rire nerveux lorsqu’elle sentit les mains de Thomas se poser sur ses pieds nus et commencer par effectuer un léger massage circulaire. Elle retira ses jambes aussitôt et le français se mit à sourire d’un air moqueur.

- tu sais très bien que je n’aime pas ça.
- j’ai vu ça. Remets-les, je serai sage cette fois.
- promis ?

Toujours le sourire aux lèvres, Thomas leva la main droite et la toisa d’un regard malicieux.

- promis.

Tess hésita quelques secondes puis obtempéra. Mais le français était visiblement d’humeur taquine ce soir et avec deux de ses doigts posés sur une des chevilles de la jeune femme, il descendit plus encore jusqu’à atteindre ses orteils une nouvelle fois.

- mais arrêteuuu !

Tess dégagea ses jambes immédiatement alors que son ami riait de bon cœur. Cette fois, elle ne se ferait plus avoir !

- t’avais promis ! C’est du joli, monsieur Bauer !
- désolé, mais c’était trop tentant, s’excusa Thomas, avec humour.

Comment pouvait-elle en vouloir à ce sourire craquant et ces yeux pétillants ? Depuis qu’il s’était installé avec eux, elle se sentait bien mieux et voyait son moral s‘améliorer de jour en jour. Ils pouvaient parler absolument de tout ensemble et c’est justement ce dont elle avait besoin. Thomas restait son ami le plus fidèle et un très bon confident. Elle savait qu’il serait là pour elle en n’importe quelle circonstance, qu’il la soutiendrait coûte que coûte, dans tous ses choix, et elle lui était reconnaissante pour ça.

I am colour...blind
Coffee black and egg white
Pull me out from inside
I am ready
I am ready
I am ready I am

Taffy stuck, tongue tied
Stuttered shook and uptight

« je suis impressionnée »
« et moi, je suis amoureux »

Pull me out from inside
I am ready
I am ready
I am ready I am...fine

Tess ne quittait pas l’écran des yeux pendant cette scène à l’aéroport entre Annette et Sebastian, probablement sa préférée de tout le film.

- c’est triste, qu’ils se soient séparés, j’adorais ce couple moi, commenta-t-elle, avec sérieux. Mais Reese sort avec Jake Gyllenhaal maintenant. Tu sais, l’acteur de Brokeback Mountain.
- merci pour cette info capitale, ironisa Thomas. Toujours accro à People magazine à ce que je vois.
- et oui, qu’est-ce que tu veux ? On se refait pas !

Ce sourire délicieux, ce teint de porcelaine, ces yeux d’un bleu azur, il ne s’apercevait même pas qu’il la dévorait du regard en cet instant mais lorsqu’il vit Tess fuir le sien d’un air gêné, il s’était rendu compte de son erreur. Quel imbécile ! Il aurait dû la jouer plus finement, la laisser venir à lui, tout naturellement.

- tu sais s’il compte parler aux enfants ? Demanda-t-il, innocemment.

Tess se crispa aussitôt en entendant sa question. Elle n’avait pas envie de parler de son mari ce soir. Pourquoi avait-il fallu qu’il mette le sujet sur le tapis ?

- oui, mais quand, ça reste encore à voir.

La voix métallique et les yeux dans le vague, son visage s’était rembruni d’un seul coup et Thomas sut qu’il avait atteint son but. Elle allait avoir besoin de son soutien à présent. C’était à lui de jouer et de se montrer à la hauteur de ses attentes.

- hey …

Il s’approcha d’elle puis caressa délicatement son avant-bras du bout des doigts. Elle se laissa faire et releva la tête vers lui, au bord des larmes.

- dis-moi ce qu'il y a.

Tess put lire toute la sollicitude dans le regard de son ami et elle en fut touchée. Elle inspira profondément puis lui confia ce qu’elle avait vraiment sur le cœur depuis plusieurs jours déjà.

- je me demande si je n’aurais pas mieux fait de lui demander de s’installer ailleurs dès son retour de Houston, je crois que j’ai fait une belle erreur en lui permettant de rester.
- la première fois, tu veux dire ?
- non, la deuxième.

Thomas acquiesça en silence et posa délicatement sa main sur la cuisse de la jeune femme, attendant patiemment qu’elle reprenne la parole, sans la brusquer.

- de le voir comme ça tous les jours, c’est …

Sa voix se brisa sous le coup de l’émotion et Thomas vint chercher sa main en guise d’encouragement.

- il est quasiment pareil qu’avant avec les enfants, c’est comme si rien n’avait changé. C’est que je me surprends parfois à penser, mais la réalité me rattrape aussitôt.

Le constat était douloureux. Quelque chose s’était cassé entre eux, ce lien si particulier qui les avait fait traverser tellement d’épreuves ensemble. Elle n’était pas guérie de son odeur, de sa voix, de son sourire, elle ne souhaitait qu’une seule et unique chose, que son mari la prenne dans ses bras et lui dise que tout irait bien, mais ça ne marchait pas comme ça.

- viens là.

Thomas la fit venir tout contre lui, et passa un bras musclé autour de sa taille. Tess trouva alors refuge dans le creux de son cou, laissant reposer sa tête tout contre son épaule.

- shhhh …

Il caressait doucement son front, la parsemant de petits baisers sur la tempe et en profitait pour humer sa chevelure qui sentait l’abricot.

'Cause it's a bittersweet symphony this life
Trying to make ends meet, you're a slave to the money then you die
I'll take you down the only road I've ever been down
You know the one that takes you to the places where all the veins meet, yeah
No change, I can't change, I can't change, I can't change,
but I'm here in my mold , I am here in my mold
But I'm a million different people from one day to the next
I can't change my mold, no, no, no, no, no

- j’adore cette chanson.

Le générique de fin défilait maintenant sur l’écran et Thomas chuchota ces quelques mots à l’oreille de Tess qui ne réagit pas. Le français secoua alors légèrement son épaule droite, et la tête de la jeune femme suivait le rythme et il sourit quand il l’entendit grommeler au même moment. Les yeux fermés, elle dormait profondément et visiblement, elle ne voulait pas être dérangée. Thomas s’empara alors du plaid qui se trouvait juste en-dessous d’eux pour les couvrir jusqu’aux épaules, il était ravi de ne pas dormir tout seul et trouva le sommeil rapidement cette nuit-là.

Lorsque les premiers rayons du soleil firent leur apparition le lendemain matin, Thomas et Tess ouvrirent les yeux avec difficulté, mais en rien perturbés de se retrouver dans les bras l’un de l’autre, sur le divan du salon. La jeune femme se mit à bailler une nouvelle fois alors que son ami se passait une main dans ses cheveux en bataille, puis quand leurs regards se croisèrent finalement, ils échangèrent un sourire complice.

- bonjour.

Thomas tenait toujours fermement sa taille, et lui parla d’une voix rauque, la dévorant du regard. Elle releva la tête vers lui, leurs visages n’étaient alors qu’à quelques centimètres l’un de l’autre, elle se sentait en sécurité dans ses bras.

- bonjour.

C’était maintenant ou jamais. Il savait qu’il ne devait pas laisser passer sa chance cette fois. Il se pencha alors tout doucement vers elle, Tess le fixait d’un regard intense à son tour et leurs lèvres commencèrent tout juste à s’effleurer lorsqu’un bruit de claquement de bois retentit dans l’entrée et les deux amis sursautèrent sur l’instant puis échangèrent un regard suspicieux avant que la jeune femme ne quitte le divan. Elle se dirigea tout droit vers l’entrée et retrouva au sol les deux sabots de Lorraine que Thomas lui avait ramenés en souvenir et qui servaient de décoration sur le petit meuble dans le couloir de l’entrée. Elle les ramassa aussitôt et contre toute attente, elle fut soulagée de voir qu’ils étaient toujours entiers.
Encore essoufflé par sa course éclair dans les escaliers, de l’entrée jusqu’à sa chambre, Danny laissa reposer sa tête sur la porte fermée de cette dernière. Il avait interrompu leur baiser sans réfléchir, instinctivement, c’est comme s’il y avait été poussé, cette réaction était comme ancrée en lui et il ne saurait l’expliquer.

- comment c’est arrivé ? Demanda Thomas, les bras en croix.

Il s'exprimait d'un ton sec, visiblement frustré qu'on ait gâché ce moment intime entre eux.

- je ne sais pas.
- ils ne sont pas tombés tout seuls quand même !

Tess partageait son avis mais ne s’en formalisa plus lorsqu’elle vit l’heure tardive qu’affichait la pendule murale de l’entrée.

- mince !

Sans plus tarder, elle se dirigea alors dans la cuisine, suivi de près par son ami, Nathan allait se réveiller dans quelques minutes et elle voulait que son petit-déjeuner soit prêt à temps. Sa tasse de café encore fumante dans les mains, Thomas prit place sagement à table, plus décidé que jamais à faire la lumière sur ce fâcheux incident, qui n’aurait pas pu tomber à un aussi mauvais moment !

************

Your eyes seek conclusion, in all this confusion of mine
Though you and I both know, it's only the warm glow of wine
That's got you to feeling this way, but I don't care,
I want you to stay
Just to hold me, and tell me
you'll be here, to love me today

Thomas savait qu’il jouait serré depuis le début de la semaine et même s’il n’avait toujours pas de preuves irréfutables que Danny soit bien le tombeur des sabots Lorrains, il ne voulait prendre absolument aucun risque. À partir du moment où le jeune agent s’interposerait entre eux, il savait qu’il n’aurait plus aucune chance avec Tess. Danny avait déjà gagné une fois contre lui et il ne se laisserait plus avoir.
Pour ce faire, il comptait donc sortir le grand jeu à son amie et cela commençait par cette invitation à dîner des plus chics, dans un grand hôtel restaurant de Manhattan.
Les murs ornés de toiles de talentueux artistes locaux, l'espace se voulait à la fois vaste et agréable, avec une arrière-salle ouverte sur un adorable petit jardin clos décoré de tonnelles. Le cadre était égayé par un orchestre de jazz qui jouait de grands classiques et créait une ambiance ainsi des plus intimistes, quasi parfaite pour que le jeune homme puisse arriver à ses fins.

Children are dancin', the gamblers are chancin' their all
The window's accusing the door, of abusing the wall
But who cares what the night watchmen say
The stage has been set for the play
So just hold me, and tell me
you'll be here, to love me today

- qu’est-ce qui vous ferait plaisir, mademoiselle ?

Le ton séducteur, Thomas adressa un regard charmeur à son invitée qui lui répondit par un sourire éclatant.

- j’hésite encore. Et toi, t’as choisi quoi ?
- je me laisserai bien tenté par du poulet au romarin.
- mmmh … pas mal. Et ce qui est bien, c’est qu’ici au moins on est sûrs d’arriver à lire le menu, dit-elle, en voyant qu’il ne contenait que des mots écrits français. Même pas besoin des numéros à côté !
- est-ce que je t’ai dit que tu étais ravissante, ce soir ?

Pour donner plus de poids à son compliment, Thomas posa délicatement sa main sur celle de la jeune femme qui prit la chose à la légère alors que ses joues rosies trahissaient son trouble.

- oui, ça fait trois fois au moins mais continue surtout.

Ils ne se quittaient plus des yeux en cet instant et il fallut l’intervention du serveur pour les faire sortir de leur rêverie. Cette soirée s’annonçait vraiment sous les meilleures auspices pour le français et comme Hannibal Smith l’aurait dit, il priait pour que « son plan se déroule sans accroc ».

The moon's come and gone, but a few stars hang on to the sky
The wind's runnin' free, but it ain't up to me to ask why
But the poets are demanding their pay
And they've left me with nothin' to say
'cept hold me and tell me
you'll be here to love me today
Just hold me and tell me
that you'll be here to love me today
Just hold me and tell me
that you'll be here to love me today

- t’es toute seule ?

Le ton peu enthousiaste après cette nouvelle journée infructueuse concernant l’affaire Manuel Mancini, Danny haussa un sourcil en direction de Bianca qui squattait le canapé pour la soirée, sa télécommande en main et un paquet entier de pistaches à proximité.

- ouais, Ty dort chez Duncan ce soir, et je viens de coucher Maggie et Nate.

La démarche nonchalante, Danny prit place sur le divan à côté de sa fille qui lui proposa gentiment de piocher dans son sachet de pistaches. Il se servit volontiers puis en ouvrit une avant de la mettre dans sa bouche.

- merci.
- de rien. Alors c’était comment ta journée ?
- et la tienne ?
- super, les profs nous ont donné un tas de devoirs pour lundi, ça me déprime rien que d’y penser. Et toi ?
- t’en fais pas, je suis sûr que tu vas très bien t'en sortir ... quoi ?

Sa fille le sondait du regard, visiblement agacée par sa réponse.

- rien.
- si, dis-moi.

Il lui donna une petite tape sur son avant-bras en guise d’encouragement.

- et bien, tu fais toujours ça. J’te demande comment s’est passée ta journée, et toi, au lieu de répondre, tu m’interroges sur la mienne et finalement, quand j’ai fini de t’en parler, bah, je sais quand même rien sur la tienne !
- c’est vrai, je fais ça ? T’es sûre ? Plaisanta-t-il, l’air taquin.
- papaaaaa, soupira Bianca.
- ok, vas-y. Interroge-moi. Qu’est-ce que tu veux savoir ?

Préalablement avachi sur le canapé, il se mit assis correctement et lui accorda toute son attention.

- ben, j’en sais rien, ce qui te semble important.
- Jack s’est acheté une nouvelle cravate, elle est superbe.

Bianca secoua la tête d’un air amusé. Mieux valait en rire. Elle savait qu’elle n’obtiendrait rien de plus de sa part.

- ta mère n’est pas là ?
- nan, elle est partie avec oncle Tommy.

Il venait de lui poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis son arrivée et son visage se rembrunit aussitôt en entendant sa réponse. Il crispa immédiatement la mâchoire, sentant la colère s’insinuer petit à petit en lui sans qu’il n’y puisse rien. Il inspira profondément pour se donner une contenance et ne rien laisser paraître devant sa fille.

- où ça ?
- je sais pas, ils voulaient lui montrer un endroit en dehors de la ville, ils vont sûrement pas revenir avant demain.

Il sentait son cœur battre fort dans sa poitrine. Il avait un mauvais pressentiment et faisait grise mine en cet instant.

- tout va bien ?

Bianca l’interrogea du regard, piquée dans sa curiosité. La réaction pour le moins étrange de son père éveillait ses soupçons.

- je vais me chercher un verre. Tu veux quelque chose ?

L’adolescente fit non de la tête puis s’empara de la grande bouteille de coca qu’elle avait laissée traîner sur la moquette, à l’extrémité du divan et lui montra fièrement.

- j’ai sorti un bol aussi pour mettre mes coquilles de pistache ! Dit-elle, en pointant ce dernier du doigt sur la table basse.

La mine impressionnée, Danny se mit à sourire puis rejoignit la cuisine, réfléchissant à une excuse crédible pour faire revenir sa femme de sa « lune de miel » avec le français. L’air pensif, il attrapa ensuite son téléphone, c’était à lui de jouer.

- restaurant chez Napoléon, j’écoute ! Plaisanta Tess.

Il s’agaça tout de suite du ton enjoué de son interlocutrice à l’autre bout du fil, elle devrait vraiment passer une soirée digne de ce nom en compagnie de l’autre énergumène pour avoir un moral de la sorte.

- allô ? Y a quelqu’un ? Parlez, bon sang !
- c’est moi, s’annonça-t-il, d’un ton neutre.
- qu’est-ce que tu veux ? Demanda-t-elle, en soupirant.

Le ton était sec, preuve de leur communication rompue depuis plusieurs jours, et il ne pouvait pas dire qu’il avait fait des efforts pour la rétablir.

- j’ai une urgence au bureau, je ne peux pas rester avec les enfants ce soir, il faut que tu rentres.
- il faut que je rien du tout ! S’énerva-t-elle aussitôt. Je me suis déjà arrangée avec Bianca, c’est elle qui les garde ce soir !
- et si elle fait venir son mexicain, on fait quoi ?

Contrarié par son refus, le ton de Danny était devenu aussi désagréable que celui de son épouse même s' il n’avait pas haussé la voix, contrairement à cette dernière.

- je viens te le dire, je ne peux pas rester pour les surveiller.
- je viens te le dire, on s’est arrangées entre nous ! Bianca m’a donné sa parole, Sergio ne viendra pas !
- et ça te suffit ?
- et bien, oui !
- voyons, Tess, elle a quinze ans, à sa place, crois-moi que …
- et bien, c’est l’occasion idéale de savoir si elle est digne de confiance ou pas, non ?
- dis plutôt que ça t’arrange.
- ah mais oui, c’est vrai, je laisse une chance à notre fille de s’envoyer en l’air toute la nuit avec un garçon qu’elle connaît à peine juste pour pouvoir prendre du bon temps de mon côté !
- ce n’est pas ce que je voulais dire.
- alors qu’est-ce que tu voulais dire ? Explique-toi !
- … rien.
- sûr ? C’est bon ? Je peux raccrocher ? L’interrogatoire est fini, agent Taylor ?

Il la sentait sur la défensive depuis le début et ne préférait rien ajouter, de peur d’envenimer encore plus les choses. Tess raccrocha alors, furieuse. Son cher et tendre l’avait mise sur les nerfs pour la soirée. Elle secoua la tête, d’un air agacé.

- nan, mais tu le crois ça ? Mais pour qui il se prend d’abord ? Tout est fini entre nous ! Est-ce qu’il l’a déjà oublié ? Je n’ai aucun compte à lui rendre ! Comment ose-t-il ? Il n’a aucun droit de me juger ! Et ses insinuations foireuses, il peut se le garder !
- calme-toi, Tess.

Thomas posa délicatement sa main sur celle de la jeune femme, qui inspira profondément afin de reprendre ses esprits.

- t’as raison. Il n’en vaut pas la peine. Alors, où on en était ?
- tu me disais que lorsque la lumière s’y prêtait, je ressemblais à Brad Pitt, plaisanta Thomas.

Mais sa tentative pour détendre l’atmosphère n’eut pas l’effet escompté, et il voyait maintenant son invitée s’amuser à placer ses petits pois sur sa viande, l’air pensif.

- tu sais quoi ? Il m’a coupé l’appétit.
- Tess …
- non, je t’assure, faut que je prenne l’air, sinon je vais exploser, suis-moi !

Elle lui laissa juste le temps de régler l’addition puis agrippa son bras d’un geste brusque et Thomas sourit en voyant où elle comptait l’emmener. Sans même le vouloir, Danny lui avait grandement facilité la tâche.
Ils perdirent ainsi tous deux pied dans le doux confort d’une des suites de l’hôtel restaurant, leurs caresses reprenant toujours de plus belle à leur sortie de l’ascenseur. Avec sa main droite, Thomas lui soutenait l’arrière de la tête alors que Tess avait collé sa bouche violemment contre les lèvres affamées du français. Il la trouvait encore plus sexy lorsqu’elle était en colère.
Leurs baisers se faisaient de plus en plus sauvage, fiévreux, jusqu'à ce qu'ils reprennent leurs souffles en même temps, leurs poumons brûlant encore de cet effort. La main de Tess frôla sans la moindre retenue le haut des fesses de son partenaire, qu’elle tâtait maintenant avec jeu. Sa poitrine s'écrasa ensuite tout contre son torse, elle était si proche de lui à présent qu’elle pouvait sentir la bosse à travers son pantalon. Sans attendre, elle y fit courir ses doigts afin d’accentuer son érection.
Elle le poussa ensuite sur le lit de la chambre et se mit à califourchon sur lui. Le rythme jusqu’alors plutôt lent de leurs va- et-vient augmenta, se faisant plus violent, lorsqu’elle se mit à se mouvoir avec beaucoup plus de vigueur. Elle laissa échapper un cri strident, enfonçant bien ses ongles et ses doigts délicats dans le creux du dos de Thomas et s’arquant vers lui, comme pour révéler l’intensité du plaisir qu’elle prenait.
Ses yeux brillant de convoitise, il la fit basculer ensuite sur le côté, se retrouvant sur elle à son tour. Ils gémirent ensemble pendant qu'il la pénétrait avec rudesse, tenant ses poignets de chaque côté de sa tête.
Leurs regards restèrent fixes tout du long, elle réclama ses lèvres voracement alors que ses mouvements à lui se faisaient toujours plus brusques. Son corps se mit à trembler lorsqu’il vit ses cuisses agripper le contour de ses hanches. Ce ne fut qu’après de puissants coups de reins, que son propre cri s'était mélangé au sien, tous les deux trouvant écho dans la suite de l’hôtel.
Elle s’était donnée à lui sans retenue. Sa mission était couronnée de succès.

************

- … j’ai une urgence au bureau, je ne peux pas rester avec les enfants ce soir, il faut que tu rentres … et si elle fait venir son mexicain, on fait quoi ? … je viens te le dire, je ne peux pas rester pour les surveiller … et ça te suffit ? … voyons, Tess, elle a quinze ans, à sa place, crois-moi que … dis plutôt que ça t’arrange … ce n’est pas ce que je voulais dire … rien.

Danny raccrocha son portable en soupirant, cette conversation n’avait fait qu’empirer les choses entre eux, il le sentait. Il s’empara alors de la bouteille de jus d’orange qui se trouvait au centre de la table dans l’intention de l’emporter jusqu’au salon mais quand il se retourna, il s’arrêta net dans son élan, croisant le regard perplexe de sa fille qui le fixait droit dans les yeux.

- Bianca, lâcha-t-il, en grimaçant. Ça fait longtemps que tu es là ?
- tu téléphonais à qui ?

Elle connaissait déjà la réponse, mais le testait pour voir ce qu’il allait dire.

- ta mère, je voulais savoir comment se passait sa soirée. Ça a plutôt l’air d’aller.

Malgré sa volonté de paraître le plus normal possible, elle le trouvait étrangement nerveux dans ses réponses, trop.

- si c’est le cas, pourquoi t’inventes une excuse pour la faire revenir ?
- comment ça ?

Il fronça les sourcils, est-ce qu’elle avait deviné que ça n’allait plus dans leur couple ? Et comment prendrait-elle la chose ? Toutes ces questions le terrifiaient.

- je sais ce que j’ai entendu.
- ce n’est pas …
- qu’est-ce qui se passe ? Vous avez des problèmes, c’est ça ?
- je te sers un jus d’orange ? Demanda-t-il, en lui montrant la bouteille qu’il tenait toujours dans les mains.
- traduction : mêle-toi de ce qui te regarde, Bianca !

Le ton employé était clairement celui du sarcasme, et voyant l’air perdu de son père, elle se radoucit aussitôt et parla d’une voix plus calme.

- tu sais, je ne suis plus une petite fille. Avec Ty, ça fait longtemps qu’on a capté qu’il y avait des tensions entre vous. C’est à peine si vous vous dites bonjour ces derniers temps.

Danny partageait son avis. Il reconnaissait qu’ils n’avaient pas été des plus discrets pour cacher leur ressentiment l’un envers l’autre.

- alors, qu’est-ce qui se passe ? Dis-moi.
- assieds-toi.

Il lui désigna d’une main, la chaise la plus proche puis lorsqu’elle fut bien assise, elle releva la tête vers lui, les yeux écarquillés.

- est-ce que j’ai vu juste ?

Danny acquiesça d’un simple signe de tête, prit place à ses côtés puis lui raconta toute la vérité, ni plus, ni moins. Ils discutèrent jusque tard dans la nuit, il la voyait retenir ses larmes, essayant vainement de comprendre comment deux personnes qui semblaient s’aimer autant ne supportaient même plus d’être dans la même pièce à présent. Elle avait encore du mal à réaliser la situation. À la fois sous le choc et peinée, elle se posait une centaine de questions et Danny essayait tant bien que mal d’y répondre.

- vous allez divorcer ?

Il ne la quitta pas des yeux, son silence valait plus que tous les mots.

- alors, tout est fini pour de bon, vous ne vous aimez plus du tout ?
- c’est un peu plus compliqué que ça.
- tu vas retourner à Houston ?
- non, mais j’ai besoin de temps loin de cette maison, pour faire le point.
- combien de temps ?

Il haussa les épaules, signe de son impuissance à répondre à la question. Elle ne l’en blâma pas et contre toute attente, se montra compréhensive à son égard. Elle avait tellement craint de l’avoir définitivement perdu lors de son enlèvement durant ces trois horribles mois d’attente, qu’elle préférait le savoir loin d’eux mais sain et sauf.

Ce fut une fois seule dans sa chambre, qu’elle pleura à chaudes larmes, la tête enfouie dans son oreiller pour étouffer ses pleurs. Il fallait qu’elle entende sa voix, il n’y avait que lui qui pourrait la faire se sentir mieux. Elle s’empara alors de son téléphone portable posé sur sa table de chevet puis composa son numéro. Pourvu qu’il réponde, se dit-elle nerveusement en fermant les yeux.

- ouais, allô ?
- salut, c’est moi … Bianca.
- salut.

Il n’avait pas l’air particulièrement heureux de l’entendre, ou alors, il le cachait bien.

- j’te dérange pas ?
- nan, j’reviens de chez un pote-là. Quoi de neuf ?
- rien et toi ?
- que du vieux. T’es sûre que ça va ?
- pourquoi ?
- j’sais pas. T’es bizarre.

La voix de son interlocutrice se faisait tremblante, et peu assurée, comme si elle venait de pleurer toutes les larmes de son corps quelques minutes auparavant.

- je viens d’apprendre une mauvaise nouvelle, c’est pas vraiment la joie.
- …
- Sergio ? T’es toujours là ?
- ouais. Je t’écoute.

Le silence s’installa entre eux. On ne pouvait pas dire que Sex Mex deux lui facilitait la tâche pour relancer la conversation.

- tes parents sont toujours ensemble ?
- nan, mais ça les empêche pas d’être sur mon dos 36 heures sur 24, pourquoi ?
- pour rien.
- t’as un problème avec tes vieux, c’est ça ?
- on peut dire ça.
- tu sais, ma puce, j’suis pas très calé en devinettes.

Par cette simple phrase, il lui faisait comprendre qu’elle devait en dire plus mais elle ressentait encore un pincement au cœur après qu’il l’ait qualifiée de ce doux surnom, son cœur battait la chamade, elle sentait ses joues rosir peu à peu.

- c’est une longue histoire. Je risque d’utiliser tout mon crédit si je commence à t’en parler.
- ouais, ça craint là. Tu veux pas que je passe plutôt ? Ça te coûtera rien, plaisanta Sergio.
- à cette heure-là, vaut mieux pas. T’as qu’à venir demain.
- ok, ça marche.

Il n’avait pas l’air vexé de son refus et elle en était soulagée.

- passe une bonne nuit.
- toi aussi. Et te prends pas la tête, quelque soit le blème, j’suis sûr que ça va se régler rapidos.
- j’espère.

Elle ne put réprimer un sourire dans sa réponse, elle trouvait vraiment adorable de sa part de lui remonter le moral ainsi, c’était vraiment gentil à lui.

- salut, Sergio.
- ciao.

Elle attendit quelques secondes, afin de l’entendre raccrocher mais il n’en fit rien.

- salut Sergio, répéta-t-elle, avec malice.
- ciao.

Elle patienta à nouveau quelques secondes et se mit à sourire en l’entendant toujours à l’autre bout du fil.

- tu raccroches pas ? Demanda-t-elle, le ton amusé.
- si, si. À demain.
- à demain.

Ce fut elle qui prit finalement l’initiative. Sinon, ils en auraient eu pour des heures et elle était plutôt juste au niveau de son forfait.

**************

- qu’est-ce que tu fais ?
- devine.

Sentant les lèvres de Thomas parsemer de multiples baisers le creux de son cou et ses mains encercler fermement sa taille, Tess l’arrêta immédiatement dans son élan.

- arrête, on pourrait nous voir.

Ils se trouvaient juste devant la porte de sa maison et il y avait des endroits plus discrets pour flirter avec son amant, pensa-t-elle alors. La grimace du français ne se fit pas entendre, il n’avait pas l’air franchement ravi qu’elle le repousse une nouvelle fois. Cette situation avait un air de déjà-vu qui ne lui plaisait guère.

- je préfère y aller en douceur, expliqua-t-elle, calmement. Les enfants ne savent rien encore.
- et je me demande si ton futur ex-mari compte leur annoncer un jour.
- je sais bien, mais sois patient, tu veux ?

Elle releva son menton comme elle aurait fait avec son petit garçon et le vit acquiescer d’un simple signe de tête, à contre-cœur. Elle ne s’en formalisa pas, préférant ne pas relancer la conversation sur ce sujet délicat. Elle franchit le seuil de l’entrée et se dirigea alors sans tarder vers la cuisine, retrouvant Danny en bout de table avec Maggie Rose dans ses bras, alors que Nathan, Tyler et Bianca avaient pris place sur les trois chaises à sa gauche. Le silence régnait dans la pièce, ce qui éveilla tout de suite les soupçons de la française, elle avait un mauvais pressentiment.

- et bien, c’est le calme plat, par ici !

Le ton enjoué, elle tentait de faire bonne figure devant eux et vit tout de suite Nathan courir en sa direction.

- MAMANNN !

Elle le porta dans ses bras, le couvrant de tendres baisers sur la tempe.

- ça va, mon ange ?
- regade, c’est ma birque !

L’enfant lui montra fièrement sa brique de lait au chocolat qu’il tenait dans ses deux petites mains, et Tess fit mine d’être impressionnée par sa dernière trouvaille. Elle déposa ensuite son fils au sol, le laissant regagner la table où son chocorem l’attendait.

- alors, vous avez passé une bonne soirée ? Demanda Tess, la voix enjouée.

Elle prit place en face de Bianca qui la sondait du regard d’un air perplexe alors que Thomas avait préféré resté debout, appuyé tout contre le mur, il se faisait discret pour une fois.

- et toi ? Demanda Tyler. Vous étiez où ?
- non, vous d’abord ! Racontez-moi ! Je veux tout savoir !
- c’était cool. On s’est bien amusés avec Duncan, répondit l’adolescent.
- mais pas autant que toi avec oncle Tommy, je suppose.

L’allusion était à peine voilée, le ton était cassant, Bianca fusilla Thomas du regard, laissant Tess dans une profonde confusion.

- oui … c’était … commença la française, avec hésitation.
- je préfère pas savoir, marmonna l’adolescente, sur le même ton désagréable. Tu viens Nathan ? Tes dessins-animés vont commencer.

Elle quitta alors brusquement la table, prenant au passage son petit frère dans ses bras. Tess se leva à son tour en la retenant par l’épaule droite, mais sa fille l’ignora complètement.

- attendez, je viens aussi !

Tyler les suivit avec hâte jusqu’au salon, alors que Tess, se tenant debout à l’autre bout de la table, venait de croiser les bras, toisant Danny d’un air contrarié.

- j’espère que t’es fier de toi.

Le jeune agent évitait de croiser le regard furieux de son épouse, préférant encore observer Maggie Rose vider son biberon avec précipitation.

- il n’y a pas de quoi être fier, répondit-il, innocemment.
- ça je te le fais pas dire. Bianca est au courant, n’est-ce pas ?
- je lui ai tout dit, oui.
- tout ? Ta version des faits, tu veux dire !
- libre à toi de lui donner la tienne.

Il releva enfin la tête vers elle, la toisant d’un air insolent avant de défier Thomas du regard, qui en avait autant à son compte. Tess demanda alors à son amant d’un simple signe du menton de quitter la pièce, de peur que la situation ne dégénère entre les deux hommes. Le français s’exécuta sans protester, rejoignant les enfants dans le salon.

- tu l’as bien dressé, railla Danny.

Tess préféra ignorer sa remarque, il avait lancé les hostilités, il allait être servi !

- j’étais d’accord pour que tu parles toi-même aux enfants, mais t’aurais pu t’abstenir de dire à ma fille que …
- quoi donc ? Que tu te tapais son oncle ? C’est pas la vérité peut-être ?

Sa voix était métallique, même s’il n’avait pas haussé le ton.

- on a été fiancés avec Thomas, on a un passé ensemble.

Elle observa sa réaction lorsqu’elle prononça cette dernière phrase, c’est comme s’il apprenait la nouvelle. L’autre énergumène s’était bien gardé de le mettre au courant de ce fait important lorsqu’il l’avait retrouvé sur le canapé du salon à son retour de Houston. Selon Thomas, Tess était une « amie de longue date », « une amie », tu parles !

- je ne lui ai rien dit à propos de ça. C’est une fille intelligente. Vous n’êtes pas rentrés de la nuit, elle en a fait ses propres déductions.
- et bien sûr, tu t’es fait une joie de confirmer.
- crois-moi, Tess, absolument rien dans cette histoire ne me fait plaisir.

Pour la première fois, elle sentit que ça le touchait au plus profond de lui-même de voir la famille qu’ils avaient construite durant ces cinq dernières années, voler en éclats de la sorte. Mais c’était fini, ce temps-là. C’était bel et bien fini. Elle ne se laisserait plus avoir par ce regard ténébreux, c’était lui qui les avait mis dans cette situation, il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même ! Il ne faisait que récolter ce qu’il avait semé !

- je suis surpris de te voir encore ici, je pensais que tu prendrais le premier avion pour Houston pour rejoindre ta princesse de contes de fée maintenant que Bianca sait tout.
- j’en avais bien l’intention mais j’ai dû faire le petit-déjeuner de nos enfants puisque tu tardais à revenir avec ton prince charmant.
- parfait ! Et bien, je suis là maintenant ! Libre à toi de partir !
- je n’attendais pas ta permission.

Ils se défiaient tous deux du regard, essayant l’un et l’autre d’avoir le dernier mot.

- un conseil, ne tarde pas trop, parce que tu n’es plus le bienvenu ici.
- t’en fais pas, mes bagages seront prêts dans quinze minutes.
- enfin une bonne nouvelle ! Ironisa Tess.

Joignant le geste à la parole, Danny s’avança alors d’un pas nonchalant vers son épouse et s’arrêta à seulement quelques centimètres de celle-ci, elle se demandait ce qu’il comptait faire et le toisait alors d’un air curieux, lorsqu’il lui passa délicatement Maggie Rose pour qu’elle la prenne dans ses bras à son tour.

- passe le bonjour à Blair de ma part quand tu la verras.
- je n’y manquerai pas.

Il lui répondit sur le même ton sarcastique puis quitta la pièce sans un mot, bien décidé à ne plus remettre les pieds dans cette maison. Ce temps-là était révolu.

*************

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